La décision annoncée mercredi par M. Trump de reconnaître « officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël » et de transférer l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv vers cette ville a suscité une vague de condamnations internationales, à l’exception d’Israël.

La Russie s’est dite jeudi « très inquiète » après la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, appelant les parties prenantes au conflit israélo-palestinien à la « retenue » et au dialogue.

« Moscou est très inquiet de la décision qui a été annoncée à Washington », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué, disant craindre des conséquences funestes pour la région dans son ensemble.

« Un règlement juste et sûr du conflit israélo-palestinien doit être atteint sur une base juridique internationale prenant en compte les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations unies, qui prévoient le règlement de tous les aspects du statut définitif des territoires palestiniens, y compris la question sensible de Jérusalem, lors de négociations directes israélo-palestiniennes », poursuit le ministère.

« Nous appelons toutes les parties prenantes à la retenue et à renoncer à des actions incontrôlées et lourdes de conséquences », ajoute le ministère russe, appelant également à se pencher sur le problème de « l’accès libre de tous les croyants aux lieux saints de Jérusalem ».

La Russie, membre du Conseil de Sécurité de l’ONU et du Quartet pour le Proche-Orient, prône « une existence sûre et pacifique d’Israël au sein de frontières reconnues internationalement, ainsi que la réalisation des espoirs du peuple palestinien en la création d’un Etat indépendant propre ».

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov, à gauche, et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, avant une conférence de presse conjointe de leurs présidents au Kremlin, à Moscou, le 28 mars 2017. (Crédit : Sergei Karpukhin/Pool/AFP)

La cheffe de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini, a estimé que la reconnaissance de Jérusalem comme la capitale d’Israël par le président américain Donald Trump pouvait « nous ramener à des temps encore plus sombres que ceux que nous vivons aujourd’hui ».

« L’annonce du président Trump sur Jérusalem a un impact potentiel très inquiétant. Le contexte est très fragile », a jugé Mme Mogherini lors d’une brève conférence de presse à Bruxelles, appelant tous les acteurs à « la sagesse » et à une « désescalade ».

« L’Union européenne a une position claire et unie », a insisté Mme Mogherini. « La seule solution réaliste au conflit entre Israël et la Palestine est basée sur deux Etats, avec Jérusalem comme capitale à la fois de l’Etat d’Israël et de l’Etat de Palestine », a-t-elle ajouté.

« La priorité la plus urgente est désormais que tous les acteurs pertinents évitent une escalade plus forte sur place. Et il est très important que le président Trump, dans son discours, ait reconnu que le statu quo des lieux saints doit être préservé », a-t-elle jugé.

« Le pire qui pourrait arriver serait une escalade des tensions autour des lieux saints et dans la région », a averti la Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères.

Mme Mogherini recevra vendredi matin à Bruxelles le ministre jordanien des Affaires étrangères Aymane Safadi. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est attendu lundi matin au siège de l’UE pour un petit-déjeuner « informel » avec les chefs de la diplomatie des 28 Etats membres.

Ce rendez-vous était prévu avant l’annonce du président américain mercredi soir, qui a suscité une vague de condamnations dans le monde. Le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a appelé à un nouveau soulèvement populaire palestinien, une « troisième intifada », en réponse à cette décision.

« Nous voulons que toutes les manifestations et toutes les actions soient pacifiques », a réaffirmé à ce propos Mme Mogherini. « Nous devons éviter que la situation aille du mauvais au pire », a-t-elle plaidé.

Federica Mogherini, chef de la politique étrangère de l’Union européenne, s’adressant aux journalistes à Bruxelles, en Belgique, le 19 octobre 2017 (Crédit : Dan Kitwood / Getty Images via JTA)

« Pour moi, l’initiative de Trump, c’est verser de l’huile sur le feu », a dénoncé jeudi l’ex-garde des Sceaux François Bayrou au lendemain de la décision du président américain de reconnaître Jérusalem capitale de l’Etat d’Israël.

« Qu’est ce qui est frappant dans le moment que nous vivons ? c’est qu’il y a des gens qui jouent avec des allumettes sur des barils de poudre. Si vous pensez à la Corée du Nord, si vous pensez à Trump, les deux ensemble, alors vous voyez qu’il y a d’immenses crises prêtes à exploser et qu’il y a des gens qui n’hésitent pas à allumer tous les détonateurs pour que l’explosion devienne de plus en plus critique », a asséné le président du MoDem lors de l’émission « Questions d’info » LCP-franceinfo-Le Monde-AFP.

« Pour moi, l’initiative de Trump, c’est verser de l’huile sur le feu (…) Ce n’est pas selon moi pour faire progresser une solution au Moyen Orient, c’est pour favoriser son propre statut dans la vie politique américaine et mobiliser des soutiens autour de lui », a-t-il renchéri.

« Si j’étais le président des Etats-Unis, ou si j’étais autour du président des Etats-Unis, je m’inquièterais pour l’image de l’Amérique dans cette région du monde et pour les Américains (…) Vous voyez bien les appels à l’intifada. Tout se met en branle. Je ne sais pas jusqu’où ira la réaction en chaîne (…) », a-t-il dit.

Interrogé sur sa vision du conflit, M. Bayrou plaide pour une solution à deux Etats: « il n y a d’avenir pour ce pays et cette région du monde (…) que dans la reconnaissance réciproque des deux entités qui sont dans cette tension extrême, il n y a d’avenir que comme ca. Cela se traduit dans la langue diplomatique française par la solution à deux États avec Jérusalem comme capitale unique ».

A Alger, le président français Emmanuel Macron a qualifié la décision américaine de « regrettable » et appelé à « éviter à tout prix les violences ».

Le président français Emmanuel Macron donne une conférence de presse lors de sa visite à Alger, en Algérie, le 6 décembre 2017 (Crédit : AFP / RYAD KRAMDI / RYAD KRAMDI)

Alors que la communauté internationale craint l’embrasement dans cette partie du monde, le mouvement terroriste du Hamas a appelé jeudi matin à une nouvelle Intifada, un soulèvement violent palestinien.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par son homologue américain Donald Trump, estimant que cette décision plongeait la région « dans un cercle de feu ».

« Prendre une telle décision met le monde, et spécialement la région, dans un cercle de feu », a déclaré M. Erdogan à la presse à Ankara avant de s’envoler pour la Grèce où il doit effectuer une visite officielle.

« Ô Trump, que fais-tu ? Quelle est cette approche ? Les responsables politiques doivent oeuvrer pour la réconciliation et non pas pour le chaos », a-t-il ajouté.

Dans une rupture spectaculaire avec ses prédécesseurs, M. Trump a reconnu mercredi Jérusalem comme capitale d’Israël, suscitant la colère des Palestiniens et des réactions de réprobation bien au-delà du Proche-Orient.

M. Erdogan avait averti mercredi que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Washington « ferait le jeu des groupes terroristes ».

Il a aussi invité les dirigeants des 57 pays membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) pour un sommet à Istanbul le 13 décembre axé sur la question de Jérusalem.

Mercredi soir, des centaines de personnes ont manifesté bruyamment devant le consulat américain à Istanbul contre la décision de M. Trump.

Environ 1.500 personnes se sont rassemblées près du Bosphore, à l’extérieur de l’enceinte diplomatique américaine très protégée. La police a bouclé la zone à l’aide de barricades.

Des jeunes Palestiniens ont mis le feu à des pneus lors d’une manifestation pour protester contre la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, dans la ville de Gaza, le 7 décembre 2017, (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

Le slogan « Palestine libre » a été peint au mur du consulat et des manifestants ont jeté des bouteilles en plastique vers le bâtiment. Un bout de papier avec une représentation du drapeau d’Israël a également été brûlé.

La Turquie et Israël ont normalisé leurs relations l’année dernière, après une crise diplomatique déclenchée en 2010 par un raid israélien contre un navire d’une ONG en direction de la bande de Gaza, qui a fait dix morts parmi les activistes turcs.

Les deux parties ont intensifié leur coopération, notamment dans le domaine de l’énergie, mais M. Erdogan, défenseur de la cause palestinienne, continue à critiquer régulièrement la politique israélienne.