On ne manque pas d’images du conflit de Gaza.

Nous avons vu les décombres, les enfants palestiniens morts, les Israéliens courir aux abris pendant les attaques de roquettes, les manœuvres israéliennes et les images fournies par l’armée israélienne des militants du Hamas sortant de tunnels pour attaquer les soldats israéliens.

Nous n’avons pratiquement pas vu aucune image d’hommes armés du Hamas à Gaza.

Nous savons qu’ils sont là : il y a bien quelqu’un qui doit se charger de lancer les roquettes sur Israël (plus de 2 800) et de les tirer sur les troupes israéliennes dans Gaza. Pourtant, jusqu’à maintenant, les seules images que nous avons vues (ou dont nous avons même entendu parler) sont les vidéos fournies par l’armée israélienne de terroristes du Hamas utilisant les hôpitaux, les ambulances, les mosquées, les écoles (et les tunnels) pour lancer des attaques contre des cibles israéliennes ou transporter des armes autour de Gaza.

Pourquoi n’avons nous pas vu des photographies prises par des journalistes d’hommes du Hamas dans Gaza ?

Nous savons que le Hamas ne veut pas que le monde voit les hommes armés palestiniens en train de lancer de roquettes ou utilisant des lieux peuplés de civils comme des bases d’opération. Mais si l’on peut voir des images des deux côtés pratiquement dans toutes les guerres, en Syrie, en Ukraine, en Irak, pourquoi Gaza fait-elle figure d’exception ?

Si des journalistes sont menacés et intimidés lorsqu’ils essaient de documenter les activités du Hamas dans Gaza, leurs agences de presse devraient le dire publiquement. Elles ne le font pas.

Mardi, le New York Times a publié un article du photographe Sergeï Ponomarev sur ses journées à Gaza. Voici ce que Ponomarev écrit :

C’était une guerre de routine. On part tôt le matin pour voir des maisons détruites la veille. Ensuite on va aux funérailles, ensuite aux hôpitaux parce que plus de personnes blessées arrivent et dans la soirée on retourne voir plus de maisons détruites.

C’était la même chose chaque jour, en passant simplement de Rafah à Khan Younis.

Y-a-t-il des tentatives de documenter les activités du Hamas ?

Si, comme moi, vous vous demandez si le New York Times a envoyé un autre photographe pour couvrir cet aspect de l’histoire : le New York Times n’a pas publié de photos de combattants du Hamas à Gaza, point final. En regardant les trois dernières séries de reportages photographiques du journal sur le conflit, sur un total de 37 images, il n’y en a pas une seule sur un combattant du Hamas.

Dans la série de reportage photo du L.A Times, sur plus de 75 photographies du conflit, il n’y a pas non plus une seule image de combattants du Hamas, selon le Comité américain pour la Précision du reportage au Moyen Orient.

Pour de nombreux spectateurs, le récit de cette guerre doit apparaître très clair : le puissant Israël bombarde des Palestiniens sans défense. C’est compréhensible lorsque l’on ne voit presque aucune photographie des agresseurs palestiniens.

Dans un article du Washington Post de William Booth datant du 15 juillet, l’utilisation du Hamas de l’hôpital Al-Shifa dans la ville de Gaza comme une base opératoire est mentionnée, mais on consacre seulement une demi-phrase dans le huitième paragraphe de l’article.

Le ministre a été refoulé avant qu’il ne puisse atteindre l’hôpital qui est devenu de facto un quartier général pour les dirigeants du Hamas, comme on peut le voir dans les couloirs et les bureaux.

Comme l’a noté Tablet, c’est ce que l’on appelle noyer le poisson.

Dans la même logique, une agence de presse palestinienne a annoncé cette semaine que le Hamas a exécuté des dizaines de Palestiniens suspectés d’avoir collaboré avec Israël la semaine dernière. Le JTA a repris cette information, mais elle n’a pas été mentionnée par les grandes agences de presse.

Soit les journalistes et les rédacteurs de chef ne sont pas intéressés à raconter cette partie de l’histoire qui montre ce que le Hamas fait dans Gaza soit ils n’en sont pas capables. Arrêtons-nous sur cette dernière possibilité.

On a beaucoup parlé du côté des soutiens d’Israël d’une décision de Nick Casy du Wall Street Journal d’effacer un tweet au sujet du mode d’utilisation du Hamas de l’hôpital Shifa comme une base d’opérations. On peut supposer que Casy a effacé le tweet à cause des menaces du Hamas soit sur sa personne ou sur sa capacité à continuer à couvrir le conflit.

Un article du Times of Israel suggérait déjà cela plus tôt dans la
semaine :

Plusieurs journalistes occidentaux travaillant actuellement à Gaza ont été harcelés et menacés par le Hamas pour avoir documenté des cas de l’implication par le groupe terroriste de civils dans sa guerre contre Israël, ont déclaré des officiels israéliens en exprimant leur indignation que certains média internationaux se laissent apparemment intimider sans même évoquer ce type d’incidents.

Le Times of Israel a confirmé plusieurs incidents au cours desquels des journalistes ont été interrogés et menacés. Cela incluait des cas où des photographes qui avaient pris des photos de terroristes du Hamas dans des circonstances compromettantes, des hommes armés préparant des tirs de roquettes dans des structures civiles, et/ou des combattants en habits civils, et qui avaient été approchés par des hommes du Hamas, menacés physiquement et on leur avait pris leurs équipements. Un autre cas impliquant un journaliste français avait tout d’abord été annoncé par le journaliste impliqué, mais le récit avait ensuite été retiré d’Internet.

Après avoir quitté Gaza, la journaliste indépendante Gabriele Barbati, dans une série de tweets condamnant le Hamas pour un incident récent avec des victimes civiles, avait soutenu les déclarations que le Hamas menaçait des journalistes :

Sorti de #Gaza loin des représailles du #Hamas : tir de roquette manqué a tué des enfants hier à Shati. Témoin : des militants se sont précipités pour enlever les débris (29 juillet).

Pourquoi peut-on seulement lire des articles sur l’intimidation dans des médias juifs ou israéliens, ou sur des blogs, mais pas dans les grands médias occidentaux ?

Sur son blog Powerline, l’avocat Scott Johnson demande aux agences de presse de remédier à cela :

Les menaces du Hamas ne sont pas responsables de l’ignorance et de la stupidité de la couverture des hostilités à Gaza, mais elles sont en partie responsables. Les journalistes et les médias employeurs coopèrent avec le Hamas non seulement en passant sous silence des histoires qui ne servent pas la cause du Hamas, mais aussi en ne parlant pas des conditions restrictives dans lesquelles ils travaillent.

Ce n’est pas un détail. L’opinion publique est un élément crucial dans ce conflit. Elle va jouer un rôle pour déterminer quand les combats cesseront, à quoi ressemblera le cessez-le-feu et qui portera en priorité la responsabilité pour la mort d’innocents.

Si les grands médias suppriment les images des terroristes du Hamas utilisant des civils comme des boucliers et utilisant des écoles et des hôpitaux comme des bases d’opérations, alors les gens autour du monde auront naturellement du mal à voir les Israéliens comme autre chose que des agresseurs et les Palestiniens comme autre chose que des victimes.

Ils n’ont pourtant qu’une partie de l’histoire. Et d’où je viens, une demi-vérité est considérée comme un mensonge.