Les organisations juives se mobilisent pour les réfugiés
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Les organisations juives se mobilisent pour les réfugiés

Longtemps limitées par un manque de fonds, les organisations juives internationales d’aide espèrent attirer l’empathie, et les donations, pour de nouveaux programmes en Europe

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Dr Georgette Bennett, chef de l'Alliance multiconfessionnelle pour les réfugiés syriens, avec une famille dans le camp de réfugiés de Jordanie Zaarati en février 2015. (Crédit : Autorisation)
Dr Georgette Bennett, chef de l'Alliance multiconfessionnelle pour les réfugiés syriens, avec une famille dans le camp de réfugiés de Jordanie Zaarati en février 2015. (Crédit : Autorisation)

Comme le fameux boulevard parisien, l’artère principale jordanienne se compose d’une rangée de magasins et de vendeurs de nourriture. Mais au lieu de Louis Vuitton, Guerlain ou Lacoste, on voit dans le camp de réfugiés syriens des baraques à thé et des stands de falafel, des cabanes avec des objets créatifs de fabrication locale fournissant des services allant de la location de robe de mariée (10 dinars) aux réservations de voyage.

Situé dans la pleine du désert de Jordanie, aujourd’hui Zaatari est le foyer de 80 000 à 85 000 réfugiés syriens, dont 80 % sont des femmes et des enfants.

Il s’est formé presque à partir de rien en juillet 2012 comme un espace de tentes prévu pour 100 familles par le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (UNHCR). Mais rapidement, des milliers de personnes sont venues s’y installer aprèx avoir fui une guerre civile syrienne semblant interminable depuis qu’elle avait commencé l’année précédente.

Maintenant, avec environ 80 bébés nés chaque jour, Zaatari a l’honneur douteux d’être le deuxième plus grand camp de réfugiés dans le monde (le premier est au Kénya) et s’est rapidement développé dans la quatrième zone la plus peuplée de Jordanie.

Zaatari est divisé approximativement en 12 districts, dont seulement trois ont des écoles, et est servi par de nombreuses d’ONG fournissant différentes formes de soutien et d’aide.

Et, dans ce mélange de souffrance et de survie, de nombreuses organisations juives aident ouvertement les réfugiés majoritairement musulmans, et financent plusieurs autres projets en secret.

La chef de l’Alliance inter-religieuse pour les Réfugiés syriens, Dr Georgette Bennett, se trouvait à Zaatari en février. Dans une conversation téléphonique avec le Times of Israël lundi, elle a décrit les rangées sans fin de tentes et les caravanes en métal bon marché parsemant le paysage désertique.

Vue du camp de réfugiés syriens Zaatri d'un hélicoptère transportant le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre jordanien des Affaires étrangères Nasser Judeh, le 18 juillet 2013. (Département d'État/Public Domain)
Vue du camp de réfugiés syriens Zaatri d’un hélicoptère transportant le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le ministre jordanien des Affaires étrangères Nasser Judeh, le 18 juillet 2013. (Département d’État/Public Domain)

Les « boutiques », a-t-elle déclaré, sont des structures impromptues formées de plusieurs matériaux généraux qui sont utiles seulement par leur qualité de ne pas être soudés. Mais elle a qualifié ce district commercial de « très, très important » en ce qu’il « restaure la dignité » aux marchands et un sentiment de normalité dans le camp. Et, dans le même temps, ces micros propriétaires d’affaires construisent une tentative d’économie avec les subventions limitées des résidents.

Bennett prend personnellement à coeur la question des réfugiés. Née à Budapest en 1946 de survivants de l’Holocauste, elle et sa famille se sont échappés du régime communiste hongrois en 1948 et se sont dirigés vers Paris. De là, ils sont partis pour les Etats-Unis en 1952 où son père est mort peu après.

Seule dans un pays étranger avec un enfant en bas âge, sa mère a dû recommencer leurs vies et Bennett a déclaré qu’il ne faisait aucun doute que l’histoire de sa famille de réfugiés joue un « rôle très important » dans sa volonté d’aider les autres aujourd’hui.

Elle était en Jordanie et en Israël en février pour un tour d’inspection à Zaatari et a participé à une série de rencontres avec des partenaires syriens et juifs de l’Alliance Inter-religieuse.

Même si l’alliance comprend principalement des organisations juives, et est financée par de l’argent juif, elle inclut aussi des musulmans, des chrétiens, des Sikhs et des personnes de toutes confessions.

Bennett a déclaré que durant sa visite en février à Zaatari, elle avait demandé à des familles si elles voulaient être relogées ailleurs. Le but principal des réfugiés était de retourner en Syrie, mais si on leur donnait le choix entre être déplacés ailleurs ou rester dans le camp, ils choisiraient le camp.

On lui a dit « Nous resterons ici, parce que nous respirons l’air de nos maisons, nous sommes les même peuples. Tant que nous sommes ici, nous sommes connectés à notre maison ».

Prêts pour le déploiement

Au centre des efforts juifs se trouve la Coalition juive pour les Réfugiés Syriens en Jordanie, un Comité Américain de Distribution Commune de 2013 qui a mis en place un partenariat avec 50 organisations juives qui financent et aident les réfugiés syriens à hauteur d’un demi-million de dollars.

Les partenaires de la coalition incluent de très nombreuses organisations juives majeures, comme le Fond de Soutien de Monde Juif du Royaume Uni, la Ligue Anti Diffamation (ADL) et les organisations générales juives. Leur travail est facilité par la Coalition juive du JDC pour un Soutien au Désastre.

Limités par un manque de fonds global et par le rationnement des produits de nécessité de base, les organisations de soutien juif international espèrent profiter de l’attention croissante des médias sur la crise des réfugiés syriens.

Ils mettent en place de nouveaux efforts visant à lever des fonds pour ceux qui sont parvenus à rejoindre l’Europe, et dans le même temps soulignent les projets existants en Jordanie où des éléments de vie destinés à être temporaires deviennent progressivement permanents.

Une réfugiée syrienne pousse une poussette dans le camp de réfugiés de Zaatari, près de la frontière jordanienne avec la Syrie, le 8 mars 2014. (AFP/KHALIL MAZRAAWI)
Une réfugiée syrienne pousse une poussette dans le camp de réfugiés de Zaatari, près de la frontière jordanienne avec la Syrie, le 8 mars 2014. (AFP/KHALIL MAZRAAWI)

Les partenaires de la coalition sont « indépendants, interconnectés et coordonnés », a déclaré Will Recant, l’assistant du vice-président, au Times of Israël cette semaine.

Dans de nombreux cas, la coalition donne des bourses pour les fournisseurs de service sur le terrain, y compris l’ONG israélienne IsraAid ou la Coalition Traumatisme Israël, travaillant actuellement tous les deux en Jordanie, pour doubler les efforts existants plutôt que de déployer leurs propres équipes sur le terrain.

Pourtant, dans le cas de l’Europe, l’association est déjà impliquée dans les communautés juives du continent.

Il y a quelques semaines, le personnel a eu la mission d’évaluer les besoins de la vague actuelle de réfugiés et de migrants alors que les membres de la coalition ont commencé à militer en faveur de l’expansion du mandat au-delà de la Jordanie, a déclaré Recant. Cette expansion a été approuvée et mercredi soir la coalition fera une visioconférence de coordination pour décider des prochaines étapes à suivre.

Lorsqu’on l’a interrogé sur le délai dont les travailleurs sociaux et le personnel de terrain auraient besoin pour commencer à travailler avec les réfugiés, Recant a répondu, « ils sont là ». Si les communautés juives veulent s’impliquer, le JDC les soutiendra.

La question a touché une corde sensible au sein des communautés juives, a déclaré Recant qui s’attendait à ce que l’attention des médias aiderait à une prise de conscience et, potentiellement, à obtenir des donations absolument nécessaires. Avec son mandat étendu, les coffres de la coalition partent de zéro.

Le Haut Commissaire aux réfugiés des Nations unies (UNHCR), Antonio Guterres, a déclaré cette semaine au Guardian, « si l’on observe ceux qui ont été déplacés par le conflit, cela représentait 11 000 personnes en 2010, l’année dernière ils étaient 42 000. Cela signifie une augmentation dramatique des besoins, en abris, en eau, en soin, en nourriture, en assitance médicale et en éducation ».

« Les budgets ne peuvent pas être comparés avec la hausse des besoins. Notre rentrée d’argent en 2015 sera d’environ 10 % de moins qu’en 2014. La communauté globale humanitaire n’est pas détruite, ensemble, ils sont plus efficaces que jamais auparavant. Mais nous sommes fauchés financièrement ».

Du transport d’enfant au transport en Syrie ?

Contrairement au cas de la plupart des partenaires juifs de la coalition, la crise des réfugiés a déjà atteint les frontières de la Grande-Bretagne. Le Soutien du Monde Juif (SMJ) a été fondé il y a quatre-vingt ans pour amener les réfugiés de l’Allemagne nazie sur des transports d’enfants. Cette semaine, il a lancé une campagne de levée de fonds pour les réfugiés syriens.

Le grand rabbin Ephraim Mirvis a soutenu l’appel pour la collecte de fonds, déclarant qu’ »en tant que Juifs, beaucoup d’entre nous ont des membres de leur famille qui ont été des réfugiés et notre héritage doit nous aider sur la manière avec laquelle nous agissons face à la crise des migrants. C’est une urgence humanitaire tragique et profonde. J’encourage, du fond du cœur, les efforts vitaux du Soutien du Monde Juif qui cherche à soulager la souffrance, et incite notre communauté juive à fournir une réponse de compassion dans ce moment important de besoin ».

La coalition juibe, dont le SMJ est membre, a levé un demi-million de dollars en trois ans. Même si Recant du JDC qualifie cette initiative de « témoignage de la communauté juive », cela ne représente pas assez d’argent pour déboucher sur un changement radical.

Dans le même temps, le SMJ s’assurera que « chaque centime que les Juifs britanniques donnent sera utilisé pour le mieux », a déclaré le directeur des campagnes Richard Verber. Chaque somme compte et sa dépense doit être justifiée.

Les bourses doivent être données « à celui qui est le plus efficace quand des vies humaines sont en jeu », a déclaré Verber en affirmant que le SMJ continuera à travailler avec des partenaires plutôt que d’envoyer des équipes.

Pour se justifier auprès de ses donateurs, l’organisation identifie quelles sont les ONG les « plus fiables » et qui auront le plus d’impact. Elle les invite à déposer une candidature, qui correspond à une sorte de contrat pour frais de services, explique Verber.

A 30 ans, Richard Verber est le plus jeune vice-président senior du Conseil des députés des Juifs britanniques. (courtoisie)
A 30 ans, Richard Verber est le plus jeune vice-président senior du Conseil des députés des Juifs britanniques. (courtoisie)

Verber, âgé de 30 ans est aussi le plus jeune élu en tant que vice président de l’organisation britannique globale, le Comité des Assistants des Juifs Britanniques, a déclaré que les Juifs britanniques ne forment pas un seul bloc dans leurs points de vue sur la crise des réfugiés.

« C’est vraiment super que des Juifs britanniques se rassemblent pour essayer de trouver des solutions afin de changer la vie des gens », a déclaré Verber. « Il y a certainement des point de vue différents mais tout le monde est uni contre l’horreur et la violence. Tout le monde désire voir la souffrance réduite à zéro ».

Verber dit que parmi les Juifs britanniques, il y a différentes approches d’aide – soutenir les réfugiés là où ils sont pour les encourager à s’installer au Royaume-Uni et à apprendre « les valeurs britanniques, quelles qu’elles soient, » dit-il en riant.

Il ajoute, cependant, que parmi la communauté juive, « il y a une certaine question générale – ferions-nous venir des personnes devenues extrémistes ? »

Les liens qui unissent

Beaucoup parmi les communautés juives d’Europe craignent que l’afflux de réfugiés musulmans entraîne une augmentation des incidents antisémites.

Bennett de l’Alliance multiconfessionnelle, qui étudie et enseigne à l’échelle internationale sur la lutte contre les préjugés religieux, dit qu’elle doute que les réfugiés seront un catalyseur. Selon elle, les deux sortes de racisme sont en grande partie perpétrées par les mêmes – l’extrême-droite radicale.

En effet, les chiffres de la police métropolitaine de Londres publiés cette semaine montrent une hausse considérable à la fois de l’antisémitisme et de l’islamophobie en Grande-Bretagne. Depuis juillet 2014-15, la police a enregistré 499 incidents antisémites – une hausse de 93 % – et 816 infractions islamophobes, une augmentation de 70 %.

« Nous ne pouvons pas parler de ces réfugiés comme s’ils étaient un groupe monolithique, ils ne le sont pas, et si la haine [antisémite culturellement enracinée] peut être réelle dans certains cas, elle ne l’est certainement pas dans tous les cas », dit Bennett.

« Les données montrent que bien que l’implication musulmane dans l’antisémitisme augmente, la majorité des infractions sont toujours commises par des groupes de droite, » dit-elle en faisant référence à la montée des partis d’extrême-droite dans toute l’Europe.

Ces partis de droite sont mus par une idéologie xénophobe anti-immigrés, dit Bennett, ajoutant que dans le cas des juifs et des musulmans, « logiquement ils pourraient faire lutte commune pour cette raison… Je vois certainement un [partenariat] se profiler au Moyen-Orient. »

Ce qui a le plus touché Bennett dans son travail avec les réfugiés syriens, dit-elle, est l’occasion pour les deux peuples « ennemis » – Syrien et Israélien – de travailler ensemble et d’apprendre à se connaître pour la première fois.

« L’histoire la plus émouvante reste les partenariats qui se forment entre Israéliens et Syriens, travaillant ensemble, s’élevant au-dessus de la politique pour soulager de terribles souffrances, » dit-elle.

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