Ce dimanche, 230 rassemblements ont été organisés dans toute la France en hommage aux 17 victimes des récents attentats à la rédaction du journal Charlie Hebdo et au supermarché Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris.

Selon les estimations, au moins 3,7 millions de Français y ont participé – plus de 2,5 millions en province et entre 1,2 et 1,6 million à Paris, bien que le décompte précis ait été rendu impossible en raison de l’ampleur de l’événement, comme l’a expliqué le ministère de l’Intérieur.

Ces derniers jours, 1,4 million de personnes s’étaient déjà rassemblées à travers le pays. Avec de tels chiffres, la mobilisation est devenue la plus importante de l’histoire de France depuis la Libération.

Supposée se tenir de la place de la République jusqu’à la place de la Nation, la « Marche républicaine » de Paris s’est pendant longtemps transformée en un rassemblement statique, tant il était impossible d’avancer en raison de l’affluence.

Plus de trois heures avant le début officiel de la mobilisation, la place était déjà noire de monde. Malgré la promiscuité, l’ambiance est restée joyeuse et bon enfant durant tout l’après-midi. Certains malaises sont néanmoins survenus, nécessitant une prise en charge par les secouristes.

De nombreux drapeaux de tous les pays – d’Israël, notamment – étaient agités dans la foule.

Les manifestants brandissaient aussi des Unes d’anciens numéros de Charlie Hebdo, des pancartes ornés du slogan « Je suis Charlie » ou des crayons, symbole de la liberté d’expression qui étaient si chère aux cinq dessinateurs tués.

Les slogans « Liberté d’expression ! », « Nous sommes qui ? Charlie ! » et la Marseillaise ont retenti à de très nombreuses reprises. Plusieurs hommages ont aussi été rendus aux policiers français pour leur travail pendant la traque des terroristes.

Roger Cukierman, Bernard-Henri Lévy, Jean-François Copé, Jean-Vincent Placé et Laurence Parisot ont été aperçus dans le cortège du CRIF.

Plusieurs célébrités du monde des médias et de la culture étaient aussi présentes à la marche, et notamment Patrick Bruel, Michel Drucker, Romain Duris, Franck Dubosc, Alexandre Arcady et Marek Halter.

« Ils se sont attaqués à des valeurs qui nous sont très chères, c’est pour cela que nous sommes si nombreux aujourd’hui », explique Françoise, magistrate à la retraite venue aujourd’hui avec son mari.

Interrogée sur les risques que peut poser une telle mobilisation alors que le plan Vigipirate vient tout juste d’être renforcé, elle explique « qu’il est important de rendre aux hommages aux morts et de ne pas se soumettre à la peur que ces criminels ont essayé d’instaurer. Nous devons tous nous lever contre la terreur. L’élan de solidarité auquel nous assistons aujourd’hui est plein d’espoir », ajoute-t-elle.

Selon Mickaël, 20 ans, « si les gens semblent surtout être venus pour les victimes de Charlie Hebdo, il ne faut pas oublier que d’autres personnes sont mortes dans les mêmes circonstances dramatiques ».

« Nous, la communauté juive de France, avons comme l’impression que ces victimes juives passent au second plan dans l’opinion publique même si, heureusement, nous avons reçu le soutien de la classe politique française », explique-t-il, se réjouissant aussi du renforcement de la protection des lieux juifs annoncé par le président quelques heures plus tôt.

Au même moment, non loin de la foule massée sur la place de la République, une cinquantaine de chefs d’État étrangers ont défilé pendant quelques minutes aux côtés du président François Hollande, du Premier ministre Manuel Valls et de nombreux autres responsables politiques, associatifs et religieux.

Devant les caméras, le président français a qualifié Paris de « capitale du monde » en ce jour, tant la planète entière avait les yeux rivés sur la ville.

Il a aussi chaleureusement salué l’équipe de Charlie Hebdo qui défilait avec lui. Étaient aussi présents le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et ses deux ministres Avigdor Liberman et Naftali Bennett.

Dans la soirée, il a été révélé que le gouvernement français aurait tenté de faire pression sur le responsable israélien pour qu’il n’assiste pas à la marche pour des raisons de sécurité et en raison d’une divergence d’opinion.

Afin de pallier tout risque, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, avait annoncé la mise en place d’un dispositif de sécurité « exceptionnel » pour la marche.

Ainsi, selon la préfecture de police, 150 policiers en civil, 20 équipes des BAC parisiennes, des tireurs d’élite, 56 équipes motocyclistes, et 24 unités des forces mobiles étaient mobilisées. En outre, 2 300 policiers et 1 350 militaires étaient déployés à Paris pour « assurer la sécurité en dehors de la manifestation ».

Le rassemblement s’est dispersé dans le calme vers 21h, alors que la place de la République continuait à vibrer sous les Marseillaises des dernières personnes présentes.

Si beaucoup de manifestants avaient finalement rejoint la place de la Nation, comme le prévoyait le parcours officiel, de nombreux autres se sont rendus place de la Bastille, devant les locaux de Charlie Hebdo et porte de Vincennes, lieu de l’attaque du supermarché casher.

Dans plusieurs grandes villes étrangères, à l’unisson avec le peuple français, 100 000 personnes se sont également rassemblées.

Des manifestations ont eu lieu notamment à Londres, Madrid, Berlin, Beyrouth, Sydney, Ramallah et Jérusalem.

Lors de l’événement, Nir Barkat, maire de la capitale israélienne, a affirmé que « ce terrorisme [nous] visait tous, nous qui portons aussi les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ».

« Aujourd’hui, Jérusalem est Charlie », a-t-il ajouté. À Tel Aviv, un rassemblement était aussi organisé devant l’ambassade de France. La veille, un autre avait déjà rassemblé 250 personnes.

À 18h30, un office – auquel assistaient notamment Benjamin Netanyahu, Avigdor Liberman, Naftali Bennett, François Hollande, Manuel Valls, Nicolas Sarkozy, Haïm Korsia, Joël Mergui et Roger Cukierman – en hommage aux victimes a été organisé à la synagogue de la Victoire à Paris.

5 000 personnes avaient fait le déplacement – soit bien plus que la capacité d’accueil du bâtiment, qui a donc dû rapidement fermer ses portes.

Après avoir été accueilli chaleureusement sous les cris « Bibi ! [son surnom, NDLR] » et « Israël vivra, Israël vaincra ! », le Premier ministre israélien a, dans son discours traduit par Meyer Habib, félicité le président français et son Premier ministre pour leur « détermination à lutter contre le nouvel antisémitisme et le terrorisme ».

Il a aussi remercié Lassana Bathily, l’employé musulman de l’HyperCacher qui a sauvé 7 des otages en les conduisant dans les chambres froides du sous-sol.

« Aujourd’hui, la France a revendiqué le bonheur, à quant à lui affirmé le grand rabbin de France. Nous avons vu la fraternité à l’œuvre dans les rues. Aujourd’hui, Notre France était à l’image de la Jérusalem décrite dans la Bible. Aujourd’hui, il était important de redonner du sens au Triptyque de notre devise : liberté, égalité, fraternité. (…) Je nous souhaite à tous que nos jours de tristesse se transforment en jours de joie. »

17 bougies ont ensuite été allumées pour les 17 victimes des récentes attaques. Dans une intense émotion, la dernière a été est allumée par la mère de la famille Sandler – famille victime du terroriste Mohamed Merah en mars 2012, où 3 enfants et un adulte ont été assassinés.

Les obsèques des quatre otages juifs tués vendredi dernier auront lieu demain à Har Hamenouhot à Jérusalem. Celles des cinq dessinateurs de Charlie Hebdo et des autres victimes n’ont pas encore été annoncées.