L’armée israélienne a révisé ses règles d’engagement en Cisjordanie pour répondre aux actes de violence commis par des résidents des implantations juives, qui seront désormais traités de la même façon que les Palestiniens qui mettent en danger les soldats, des civils ou des biens.
 
Dans un contexte d’attaques par des militants juifs d’extrême-droite contre des Palestiniens, des bases et des véhicules de l’armée, et même contre des soldats, les nouvelles instructions demandent que les soldats ne fassent pas de distinction entre les assaillants palestiniens et les assaillants israéliens dans l’application de la loi, a rapporté lundi le site d’information Ynet.

Selon un officier supérieur de Tsahal cité dans l’article, les soldats qui refuseraient les ordres de se confronter ou de détenir des activistes juifs risquent de faire face à des poursuites judiciaires.

« Nous expliquons aux soldats qu’il n’y a aucune différence entre un Palestinien et un Juif qui ne respectent pas la loi ; il n’y a pas de procédure spéciale pour l’arrestation de suspects palestiniens [par rapport à celle des Juifs], » a expliqué l’officier.

« Un Juif qui enfreint la loi est un ennemi. Et un soldat qui reste passif nuit tout simplement à l’armée israélienne », a-t-il dit.

Selon la directive, les soldats doivent prendre des mesures si les militants juifs transgressent l’une des quatre « lignes rouges »: causer des dommages à des biens arabes ou commettre des violences contre des Palestiniens, jeter des pierres en direction des forces de sécurité, agresser verbalement des soldats ou des policiers, ou causer des dommages à des biens de Tsahal.

Les soldats ont toutefois noté que, bien que la directive soit parfois rappelée lors des séances d’information, elle n’est pas très appliquée, parce que les soldats qui se doivent de séparer les Palestiniens des manifestants juifs lors d’une émeute, ainsi que ceux qui sont pris pour cible par la violence de la part d’activistes juifs, sont souvent trop « confus » pour réagir.

« Il nous est difficile d’imaginer que nous devons traiter un Juif jetant des pierres de la même manière qu’un Palestinien jetant des pierres. Après tout, nous ne pouvons pas [saisir] que nous devons plaquer au sol [un résident juif des Territoires], le menotter, ou tirer en l’air quand il approche. Le maximum que nous ferions est de lui crier d’arrêter, puis d’appeler la police, » aurait reconnu un officier de Tsahal de la brigade Nahal, qui a servi en Cisjordanie.

Un autre soldat a signalé que de nombreux soldats habitant des implantations servent dans des unités de combat affectées en Cisjordanie et pourraient donc se retrouver face-à-face avec des membres de leur famille ou des amis.

« Il y a toujours des soldats religieux, dont certains vivent dans les implantations, et ils ne se sentent pas à l’aise dans ces situations dans lesquelles leurs proches ou leurs amis sont impliqués. Alors vous vous adressez au commandant, et au moment où il vous répond enfin, l’événement est terminé », raconte le soldat.

L’armée israélienne a cependant indiqué, qu’elle a jugé et continuera de juger en cour martiale les soldats qui n’interviennent pas ou refusent les ordres concernant l’arrestation et la détention d’Israéliens commettant des violences en Cisjordanie.

Dans un incident lors de la guerre de Gaza l’été dernier, des soldats postés à Hébron ont été jugés pour n’avoir pas empêché une jeune fille juive de lancer des pierres contre des Palestiniens. L’armée n’a pas précisé quelle peine ils avaient reçue.

L’année dernière, une brève tempête médiatique a éclaté après que des véhicules et des biens de Tsahal aient été vandalisés dans l’implantation de Yitzhar qui est considerée comme une poudrière, après quoi le ministre de la Défense Moshe Yaalon a imposé une présence militaire à la yeshiva de l’implantation.