21 élus israéliens: la solution à 2 Etats, « beaucoup plus dangereuse » que le BDS
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21 élus israéliens: la solution à 2 Etats, « beaucoup plus dangereuse » que le BDS

Des députés israéliens ont appelé leurs homologues américains à éviter d'appeler à la création d'un Etat palestinien

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Une fille brandit un drapeau palestinien alors qu'un autre garçon palestinien tient une clé en bois symbolisant le retour, alors qu'ils se tiennent aux côtés d'autres personnes devant le fil barbelé marquant la frontière entre la bande de Gaza et Israël à l'est de la ville de Gaza le 13 mai 2018. (AFP/Mahmud Hams)
Une fille brandit un drapeau palestinien alors qu'un autre garçon palestinien tient une clé en bois symbolisant le retour, alors qu'ils se tiennent aux côtés d'autres personnes devant le fil barbelé marquant la frontière entre la bande de Gaza et Israël à l'est de la ville de Gaza le 13 mai 2018. (AFP/Mahmud Hams)

Lundi, un groupe d’élus israéliens de droite, dont deux assistants de ministres, a envoyé une lettre à quatre élus américains les prévenant que les appels à une solution à deux Etats sont « beaucoup plus dangereux pour Israël » que tous les efforts visant à boycotter l’Etat juif. La lettre les invite à éviter de lancer de tels appels à l’avenir.

Signée par 21 élus de la Knesset, la lettre suit de près une résolution adoptée à une majorité écrasante le mois dernier à la Chambre américaine des représentants qui rejette le mouvement BDS contre Israël et qui appelle aussi clairement à la création d’un Etat palestinien.

« Israël remercie tous nos merveilleux amis au Congrès qui se tiennent à nos côtés sur de nombreux fronts. Pourtant, nous voudrions vous faire part de notre préoccupation concernant la résolution anti-BDS (H. Res. 246) », pouvait-on lire dans la lettre.

« Nous pensons qu’elle contient une grave erreur puisqu’elle exprime, entre autres choses, son soutien à ce que l’on a qualifié de ‘solution à deux Etats’, ce qui signifie la création d’un Etat palestinien en plein coeur d’un minuscule Israël … Nous voudrions clairement exprimer notre position, à savoir que la création d’un Etat palestinien serait beaucoup plus dangereuse pour Israël que le BDS ».

Assermentation des députés à la Chambre des représentants lors de la séance d’ouverture du 116e Congrès au Capitole à Washington, DC, le 3 janvier 2019. (Brendan Smialowski/AFP)

La lettre a été envoyée aux bureaux de quatre élus américains qui ont co-soutenu la résolution – Brad Schneider, Lee Zeldin, Jerry Nadler et Ann Wagner. Elle a été écrite et envoyée à l’initiative du chef du Conseil régional de Samarie Yossi Dagan, le groupe de la Terre d’Israël à la Knesset et la Conférence nationale du Likud, un groupe informel très à droite au sein du parti au pouvoir.

La lettre a été signée par Tzipi Hotovely, vice-ministre des Affaires étrangères du Likud, Eli Ben Dahan, vice-ministre de la Défense (Droite unie) et les députés du Likud Avi Dichter, Gideon Saar, Yoav Kisch, Uzi Dayan et d’autres.

La résolution 246 de la Chambre des Représentants, qui appelle également à un renforcement de l’aide sécuritaire pour Israël, a été adoptée avec 398 voix pour et 17 voix contre, et cinq abstentions.

Elle vise à s’opposer au BDS, « y compris les efforts pour cibler des entreprises américaines qui sont impliquées dans des activités commerciales légales selon le droit américain, et tous les efforts pour délégitimer l’Etat d’Israël ».

La résolution exprimait « un soutien fort pour une solution négociée au conflit israélo-palestinien avec deux Etats – un Etat démocratique juif d’Israël, et un Etat démocratique palestinien viable, vivant côte-à-côte en paix, en sécurité et en reconnaissance mutuelle ».

Une capture d’écran du C-Span à la fin d’un vote à la Chambre des Représentants pour condamner le mouvement de boycott d’Israël le 23 juillet 2019.

Dans la lettre, les élus israéliens avancent l’argument selon lequel la pression des Etats-Unis pour établir un État palestinien contredit la position du président américain Donald Trump, qui a déclaré, à de nombreuses reprises, que le conflit israélo-palestinien peut uniquement être résolu à travers des négociations entre les deux parties.

« La résolution s’oppose à la position du gouvernement d’Israël et s’oppose à la position de la majorité du public en Israël. Tout cela est dû au fait que cette demande est à la fois injuste et qu’elle met sérieusement en danger le sécurité de l’Etat d’Israël », selon le courrier.

Créer un État palestinien dans la région mettrait « gravement en danger » à la fois la sécurité nationale d’Israël et des Etats-Unis, ont déclaré les élus israéliens.

Ils ont continué en appelant leurs collègues américains à éviter de soutenir l’idée d’une solution à deux Etats à l’avenir.

« En tant que politiciens, nous comprenons que ces résolutions sont accompagnées de nombreux compromis afin d’obtenir un texte que la majorité accepte, ont-ils écrit. Pourtant, l’affirmation du soutien à la création d’un Etat palestinien est tellement dangereuse que nous vous demandons respectueusement de prendre cela en considération, et, à l’avenir, d’éviter de déterminer que la création d’un autre État arabe sur le territoire qui est la Terre d’Israël fait partie de la solution au conflit ».

Dagan, l’un des partisans les plus actifs du mouvement des implantations, a rendu responsable l’influent groupe de lobby l’AIPAC du soutien de membres du Congrès à une solution à deux Etats.

Yossi Dagan s’exprime pendant une manifestation aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem en soutien à un jeune suspect juif dans une enquête de sécurité majeure dont les détails ont été placés sous embargo, le 5 janvier 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

« Malheureusement, ces dernières années, l’AIPAC a promu de manière indépendante la solution à deux Etats. L’AIPAC conseille mal des officiels américains et présente la solution à deux Etats comme étant dans l’intérêt des Israéliens et comme la position de l’Etat d’Israël, même si la solution à deux Etats n’est pas sa position », a-t-il dit dans un communiqué de presse.

La résolution anti-BDS « ne sert à rien », a-t-il poursuivi, en supposant que les membres du Congrès se basaient sur l’AIPAC et qu’ils ont suivi, à leur insu, un appel à un Etat palestinien. « C’est un scandale ».

Yishai Fleisher, un porte-parole pour la communauté juive de Hébron qui a aidé à soutenir la lettre, a déclaré au Times of Israël que les partisans d’Israël ont la possibilité de prendre leurs distances d’une solution à deux Etats.

« Les choses sur le terrain ont changé, tout comme la réalité politique. Il est temps de ré-examiner les idées du passé qui ont échoué et de ne pas donner plus de pouvoir à une Autorité palestinienne corrompue et djihadiste », a-t-il dit.

« Les amis d’Israël au Congrès doivent savoir qu’il y a d’autres meilleures options, dans lesquelles Israël conservera la souveraineté en Judée, et qui mèneront à la coexistence et à la sécurité ».

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