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28e semaine de manifestation anti-réforme en amont d’une « semaine cruciale »

Yaïr Lapid promet de ne pas laisser la coalition "réaliser une prise de contrôle hostile de l'État d'Israël" en adoptant son projet de loi sur le "caractère raisonnable"

Des Israéliens manifestant contre les projets du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à réformer le système judiciaire, à Tel Aviv, le 15 juillet 2023. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)
Des Israéliens manifestant contre les projets du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à réformer le système judiciaire, à Tel Aviv, le 15 juillet 2023. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Les manifestants se sont rassemblés samedi soir dans tout Israël pour le 28e week-end consécutif de manifestations nationales contre la réforme du système judiciaire, les tensions politiques s’accentuant à mesure que la coalition accélère la mise en place d’une législation visant à affaiblir les pouvoirs des tribunaux.

Plus de 150 000 personnes ont participé au rassemblement principal rue Kaplan à Tel Aviv, selon les données de Crowd Solutions citées par la Treizième chaîne. Les manifestants ont écrit « Biden save us » (« Biden sauvez-nous ») sur la route, alors qu’ils cherchent à exercer une pression internationale sur la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans un contexte de critiques croissantes de la part de l’administration américaine au sujet du remaniement judiciaire.

Les manifestants anti-gouvernement ont intensifié leur opposition ces dernières semaines, alors que la coalition soumet un projet de loi qui empêcherait les tribunaux d’invalider ou même de discuter les décisions du gouvernement et des ministres sur la base de leur « caractère raisonnable ».

Le gouvernement cherche à faire passer le projet de loi avant la clôture de la session parlementaire estivale, le 30 juillet.

Les manifestations de samedi sont un prélude à la journée de mardi, au cours de laquelle les manifestants prévoient des rassemblements et des perturbations à l’échelle nationale et s’engagent à combattre le projet de loi avec tous les outils à leur disposition.

« Ils veulent un pays différent. Non plus sioniste, mais raciste. Des nominations politiques, plutôt que des gardiens [de la loi]. Le danger est ici et maintenant. Nous lutterons jusqu’à ce que nous gagnions », a déclaré Dan Meridor, un ancien député du Likud – qui a été ministre de la Justice de 1988 à 1992 et ministre des Finances de 1996 à 1997 – à la foule massée rue Kaplan, à Tel Aviv.

« Aujourd’hui, le gouvernement le plus extrémiste de l’Histoire d’Israël siège ici. Un gouvernement qui met en danger l’avenir du pays. Un gouvernement qui détériore notre économie en plein essor, qui mène les relations avec les États-Unis vers une crise des valeurs sans précédent, notre réputation internationale à un niveau dangereusement bas, et qui pose des dilemmes moraux aux meilleurs de nos soldats », a ajouté Meridor, en faisant référence aux commentaires de Biden au sujet de la coalition.

L’ancien ministre du Likud, Dan Meridor, s’exprimant lors d’une manifestation contre les projets de réforme judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv, le 15 juillet 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Le gouvernement est engagé dans la diffusion de mensonges, une incitation et la haine qui menacent de déchirer la société israélienne », a déploré Meridor.

Des rassemblements plus modestes ont également eu lieu samedi dans tout Israël, y compris devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, qui est proche de l’endroit où Netanyahu a vécu pendant les rénovations de son domicile.

Netanyahu n’était pas chez lui. Il a été hospitalisé toute la nuit suite à une déshydratation, vraisemblablement à la suite d’une excursion sur le lac de Tibériade.

« Pensez-vous qu’il soit raisonnable qu’une personne accusée d’actes criminels occupe le poste de Premier ministre ? Pensez-vous qu’il soit raisonnable que le ministre [de la Sécurité nationale] en charge de la police puisse être un criminel et un raciste ? », a demandé Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense de Netanyahu, lors de la manifestation de Jérusalem.

Yaalon faisait référence au procès pénal en cours du Premier ministre et aux condamnations pénales antérieures du ministre d’extrême-droite, Itamar Ben Gvir.

« Êtes-vous prêts à ce que ce gouvernement, en annulant le critère du ‘caractère raisonnable’, transforme Israël en dictature ? », a ajouté Yaalon.

Il a également souhaité à Netanyahu un prompt rétablissement, tout en l’accusant de nuire à la sécurité, à l’économie et aux relations internationales d’Israël.

« L’État d’Israël a plus que jamais besoin du critère du ‘caractère raisonnable’, car nous sommes dans une situation déraisonnable », a déclaré Yaïr Lapid, chef de l’opposition, aux manifestants à Hod Hasharon.

« Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, le député Simcha Rothman et le ministre de la Justice, Yariv Levin, tentent de prendre le contrôle de l’État d’Israël. Nous ne les laisserons pas faire. Nous sommes la majorité israélienne, nous ne sommes pas seulement là pour payer des impôts et envoyer nos enfants à l’armée. Ils ne nous feront pas taire », a ajouté Lapid, qui dirige le parti Yesh Atid.

« Si la notion du ‘caractère raisonnable’ est annulée, toutes les barrières seront franchies, toutes les limites seront franchies. Nous avons besoin de la clause de raisonnabilité parce que nous avons un gouvernement déraisonnable. Nous en avons besoin parce que le tribunal est notre dernière ligne de défense. »

S’adressant à quelque 2 500 manifestants au carrefour Karkur, dans le nord du pays, Shikma Bressler, l’une des principales dirigeantes du mouvement de protestation, a déclaré qu’il s’agissait du début d’une « semaine critique » dans l’histoire du pays.

« Nous devons élever la voix. Les gardiens de la loi doivent continuer à protester et à se battre afin d’empêcher le processus législatif en cours », a-t-elle déclaré.

Pendant ce temps, lors d’un rassemblement à Bat Yam, deux suspects, âgés de 22 et 32 ans, ont été arrêtés par la police pour avoir menacé et attaqué des manifestants.

Au carrefour Tzemach, près de Tibériade, des œufs ont été lancés sur les manifestants, a rapporté la Treizième chaîne.

Samedi, des militants ont également installé ce qu’ils ont appelé « le premier avant-poste de la démocratie », établissant un camp devant le tribunal de première instance de Herzliya qui comprend une tour de six mètres à laquelle est suspendue une copie de la Déclaration d’indépendance d’Israël.

« Cette semaine, le gouvernement va adopter une loi qui nous mettra au bord de la dictature », a déclaré l’activiste Dana Oren-Yania au site d’information Walla.

« Nous sommes dos au mur et nous avons donc décidé d’établir le premier avant-poste de la démocratie dans l’esprit de la ‘tour et de la palissade' », a-t-elle ajouté en référence à la méthode d’implantation utilisée par les pionniers sionistes dans la Palestine sous mandat britannique.

Des manifestants opposés à la réforme judiciaire de la coalition rassemblés à Kfar Saba, le 14 juillet 2023. (Crédit : Gabriel Melzer)

Les organisateurs de la manifestation ont déclaré que les rassemblements de mardi « marqueront le début d’une semaine sans précédent de résistance civile et de désobéissance à la réforme judiciaire ».

La décision du gouvernement de faire avancer le projet de loi sur le « caractère raisonnable » a également suscité de nouvelles mises en garde de la part des réservistes de Tsahal – notamment des pilotes et des unités de commando d’élite – qui ont déclaré qu’ils cesseraient de se présenter au travail si le projet de loi allait de l’avant.

Vendredi, ils ont été rejoints par l’Association médicale israélienne (IMA), qui a averti que les hôpitaux et les médecins pourraient se mettre en grève pour s’opposer au projet de loi.

L’association a tenu des discussions d’urgence jeudi pour discuter des ramifications de la loi et les membres ont convenu que « cela dévastera le système de santé, que ce n’est pas seulement une préoccupation théorique », a déclaré le président de l’IMA, le professeur Zion Hagay.

Les avertissements concernant les dommages causés au secteur médical s’ajoutent aux avertissements similaires émis par des employés du secteur de la high-tech, des économistes, des avocats et des responsables militaires, tous avertissant que la réforme – si elle est adoptée – nuirait à la démocratie, à l’économie et à la sécurité d’Israël.

La coalition s’est engagée à poursuivre les modifications du système judiciaire malgré les protestations, qui comprennent également des rassemblements quotidiens devant les maisons des politiciens et des actions de masse hebdomadaires destinées à paralyser le pays et à faire pression sur le gouvernement pour qu’il fasse marche arrière. Les détracteurs de cette réforme estiment qu’elle affaiblira radicalement les tribunaux et supprimera les contrôles du pouvoir gouvernemental, mettant ainsi en péril le caractère démocratique de la nation. Les partisans de la réforme affirment que les changements sont nécessaires pour mettre un frein à un système judiciaire trop activiste et politiquement partial.

Le président de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, Simcha Rothman, prévoit de faire passer son projet de loi sur le « caractère raisonnable » par sa commission cette semaine, la législation controversée devant devenir une loi la semaine suivante.

Le processus législatif, qui a repris après une interruption de plusieurs semaines pour permettre des négociations, continue de susciter des tensions entre le gouvernement et ses opposants. Selon un sondage réalisé vendredi par la Douzième chaîne, 67 % des Israéliens craignent une guerre civile. 29 % ont déclaré qu’ils ne la craignaient pas, tandis que 4 % ont dit ne pas savoir.

Parmi ceux qui ont voté pour le bloc gouvernemental de Benjamin Netanyahu à la Knesset, 56 % ont déclaré craindre une telle éventualité, tandis que 41 % ont dit ne pas la craindre. Dans le camp opposé, les chiffres sont respectivement de 85 % et 14 %.

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