4e jour de protestations : Des Iraniens pénètrent dans un bâtiment gouvernemental
Les médias d'État iraniens annoncent l'arrestation du "chef des émeutiers", tandis qu'une vidéo de Fasa montre les forces de sécurité tirant sur les manifestants

Un bâtiment gouvernemental a été attaqué mercredi dans le sud de l’Iran, ont indiqué les autorités, après trois jours de rassemblements contre la cherté de la vie dans plusieurs villes du pays.
Le pouvoir a de nouveau mis en garde mercredi contre le risque d’une instrumentalisation de cette mobilisation à des fins de « déstabilisation », affichant sa « fermeté ».
« La porte d’entrée […] du bâtiment du gouverneur provincial a été endommagée lors d’une attaque perpétrée par plusieurs individus », a déclaré Hamed Ostovar, le chef du pouvoir judiciaire de la ville de Fassa, sans préciser les circonstances ni mentionner de manifestations.
Fassa est une ville de 100 000 habitants située à 780 kilomètres au sud de Téhéran, la capitale, où une mobilisation sociale initiée par des commerçants contre la vie chère a débuté dimanche, avant de s’étendre à au moins dix universités du pays.
Le procureur général de la République islamique, Mohammad Movahedi-Azad, a dit comprendre mercredi la tenue de « manifestations pacifiques » de personnes dénonçant la cherté de la vie.
Mais « toute tentative » visant à les transformer « en un outil d’insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l’étranger » sera « inévitablement suivie d’une réponse […] ferme », a mis en garde ce responsable, cité par la télévision d’État.
Fourth day of anti-establishment protests in Iran.
Video shows shots being fired at protesters in Fasa, Fars Province.
POV: 28.939888, 53.647732@GeoConfirmed pic.twitter.com/WbvtALSvie
— Ghoncheh Habibiazad | غنچه (@GhonchehAzad) December 31, 2025
L’agence de renseignement du Mossad, a appelé les protestataires, en farsi, sur le réseau social X, à intensifier leur mobilisation, affirmant être présent avec eux « sur le terrain ».
L’Iran, qui s’est retrouvé en guerre contre Israël en juin, accuse depuis longtemps cet ennemi de mener des opérations de déstabilisation sur son territoire et de sabotage contre ses installations nucléaires.
« Pour un bout de pain »
Ces manifestations sporadiques contre l’hyperinflation et le marasme économique ont débuté dimanche dans le plus grand marché de téléphones portables de Téhéran. Mardi, des étudiants ont manifesté dans des universités de Téhéran et de plusieurs autres villes iraniennes, selon les agences de presse Irna et Ilna.
Fourth day of anti-establishment protests in Iran.
Protesters gathered outside the Special Governorate of Fasa in Fars province and broke down the gate.
POV: 28.940218, 53.648815 @GeoConfirmed pic.twitter.com/1wgzJSyOJr
— Ghoncheh Habibiazad | غنچه (@GhonchehAzad) December 31, 2025
Le vice-président de l’Université de Téhéran, Mohammad Reza Taghidokht, a indiqué dans les médias que quatre étudiants avaient été arrêtés mardi, puis relâchés dans la nuit.
Mercredi, les écoles, les banques et les établissements publics ont été fermés dans la quasi-totalité du pays, sur décision des autorités qui invoquent le froid et la nécessité de réaliser des économies d’énergie.
À Téhéran, des universités ont également annoncé que leurs cours se tiendraient en ligne toute la semaine prochaine en raison du froid, d’après Irna.
Les autorités n’ont officiellement établi aucun lien avec les manifestations.
La capitale enregistre actuellement des températures négatives la nuit, ce qui n’est pas exceptionnel à cette période de l’année.
Depuis un an, la monnaie nationale, le rial, a perdu plus d’un tiers de sa valeur face au dollar, tandis qu’une hyperinflation à deux chiffres fragilise depuis des années déjà le pouvoir d’achat des Iraniens.
Selon le Centre de statistiques d’Iran, un organisme officiel, le taux d’inflation était de 52 % en décembre sur un an.
Certains produits de première nécessité deviennent ainsi inabordables pour une partie de la population, qui souffre des sanctions internationales contre l’Iran depuis quatre décennies.
« Tout le monde ici se bat pour un bout de pain », résumait un manifestant interrogé mardi par le quotidien Etemad.
Anxiété
La crainte d’un nouveau conflit avec Israël et le rétablissement, en septembre, des sanctions onusiennes contre l’Iran pour son programme nucléaire, sont des facteurs d’anxiété supplémentaires pour la population.
Un nouveau gouverneur de la Banque centrale, chargé de freiner l’inflation, a pris ses fonctions mercredi après la démission de son prédécesseur.
Ce mouvement de grogne est à ce stade sans commune mesure avec les grandes manifestations qui avaient secoué l’Iran fin 2022, après la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune Iranienne, arrêtée pour un voile prétendument mal ajusté.
Son décès en détention après son arrestation pour avoir soi-disant enfreint le code vestimentaire avait déclenché une vague de manifestations, dans laquelle plusieurs centaines de personnes avaient trouvé la mort, dont des dizaines de membres des forces de sécurité.
En 2019, des manifestations avaient également éclaté en Iran après l’annonce d’une forte hausse du prix de l’essence. La contestation avait alors touché une centaine de villes, dont Téhéran, et fait des dizaines de morts.







