A Bahreïn, Kushner exhorte les Palestiniens à saisir « l’occasion du siècle »
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A Bahreïn, Kushner exhorte les Palestiniens à saisir « l’occasion du siècle »

Donnant le coup d'envoi du sommet de Manama, le gendre de Trump a assuré que le progrès économique est un prérequis pour la paix, que Washington n'a pas abandonné les Palestiniens

Jared Kushner, conseiller du président américain Donald Trump pendant son discours au sommet "Paix et Prospérité" à Manama,le 25 juin 2019. (Crédit : YouTube)
Jared Kushner, conseiller du président américain Donald Trump pendant son discours au sommet "Paix et Prospérité" à Manama,le 25 juin 2019. (Crédit : YouTube)

MANAMA, Bahreïn — Donnant le coup d’envoi de la conférence internationale pour la paix à Bahreïn mardi, Jared Kushner, conseiller et gendre du président américain Donald Trump, a affirmé que sa vision d’un règlement au Proche-Orient est « l’occasion du siècle » pour les Palestiniens, soulignant que le plan économique qu’il propose est une « condition préalable » à la paix.

« Accepter une voie de développement économique est une condition préalable afin de parvenir à régler ce problème politique auparavant insoluble », a affirmé Jared Kushner.

Bien que les questions politiques ne doivent pas être abordées au cours des deux jours de travaux à Manama, Jared Kushner a reconnu qu’elles devraient être traitées ultérieurement.

« Il faut être clair », a-t-il déclaré : « La croissance économique et la prospérité pour le peuple palestinien ne pourront être atteints sans une solution politique juste et durable, qui garantisse la sécurité d’Israël et respecte la dignité du peuple palestinien ».

Kushner a assuré que les négociations politiques suivraient, mais a demandé à son auditoire de se focaliser sur le potentiel économique de la région durant ce sommet.

« Imaginez un centre commercial et touristique animé à Gaza et en Cisjordanie, où des commerces internationaux prospèrent », a-t-il dit.

Kushner a accepté les critiques sur les intentions du président Donald Trump, qui a pris une position résolument pro-israélienne, notamment en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël.

Mais il a ajouté que les Palestiniens avaient été défavorisés lors des précédentes tractations de paix.

« Mon message direct au peuple palestinien est que (…) le président Trump et l’Amérique ne vous ont pas abandonnés », a-t-il encore dit.

Le secrétaire d’Etat américain Steven Mnuchin (d) arrive au sommet de Manama,le 25 juin 2019. (Crédit : Shaun TANDON / AFP)

Il a rejeté la description moqueuse de son plan de paix comme « l’accord du siècle », mais a estimé qu’il s’agissait davantage de « l’occasion du siècle, si les dirigeants ont le courage de l’entreprendre ».

Kushner a dit qu’il espérait que les parties présentes pourraient « se réunir et utiliser [cette conférence] pour changer le cours de l’histoire dans la région ».

Intitulé « De la paix à la prospérité », le volet économique du plan fait miroiter 50 milliards de dollars d’investissements internationaux dans les Territoires palestiniens et les pays arabes voisins sur dix ans.

« Pendant trop longtemps, le peuple palestinien a été coincé dans un cadre inefficace par le passé », a déclaré Kushner, criquant « l’intelligence conventionnelle » sur les négociations de paix.

« Rencontre après rencontre, conférence après conférence, j’ai entendu le même disque rayé sur la négativité et sur l’impossibilité de progresser », a-t-il dit.

Et les Palestiniens étaient laissés pour compte, a-t-il souligné.

Il a précisé que son objectif était de « faire repenser [aux participants] les défis de manière novatrice ».

La conférence dans le petit Etat du Golfe a été organisée sur fond de critiques et de doutes sur son potentiel succès.

Certains ministres des Finances arabes, directeurs d’organisations financières internationales, directeurs de business du secteurs privés et investisseurs d’une dizaine de pays étaient présents. Au moins cinq rabbins étaient également présents : les rabbins Marvin Hier et Abraham Cooper, du Centre Simon Wiesenthal ; le rabbin Marc Schneier, conseiller aux affaires interconfessionnels du roi de Bahreïn; le rabbin montréalais Mayer Gniwisch, propriétaire d’un fonds d’investissement qui injecte des fonds en Israël, et un rabbin qui a souhaité rester anonyme.

Mais les délégations israéliennes et palestiniennes ont brillé par leur absence, et de nombreuses autres délégations n’étaient pas emmenées par des ministres haut-placés.

Les Palestiniens ont dès le départ rejeté cette initiative, estimant qu’elle ne proposait pas d’indépendance à terme. Les responsables américains affirment que le volet politique du plan, qui portera sur les questions les plus épineuses, sera révélé à l’automne.

Seul un homme d’affaires palestinien, Ashraf Jabari, a participé à l’évènement. Il était accompagné de quelques autres Palestiniens, qui n’ont pas souhaité être interviewés, mais ont déclaré qu’ils soutenaient Jabari et sa décision de ne pas boycotter l’évènement.

Sans proposition sur les frontières, le statut de Jérusalem et le sort des réfugiés palestiniens, les Palestiniens estiment que ce plan économique est dénué de sens et ont organisé des manifestations contre le sommet.

Les Palestiniens à Gaza ont appelé à une grève générale et les magasins et institutions publiques étaient fermées pour protester contre cette rencontre. Des manifestants en Cisjordanie ont transporté un cercueil sur lequel était inscrit « Atelier de Bahreïn » et des panneaux clamant que « l’Accord du siècle est voué à l’échec ».

Une rue de Gaza vide pendant une grève générale pour protester contre le sommet à Bahreïn sur le volet économique du plan de paix proposé par l’administration Trump, le 25 juin 2019. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

En plus de l’opposition des bénéficiaires de la proposition, le plan a été vivement critiqué par d’anciens diplomates et autres personnes autrefois impliquées dans les efforts de paix. Ils l’ont jugé peu réaliste et imprécis sur l’origine du financement.

Trump, Kushner et le secrétaire d’Etat américain au Trésor Steven Mnuchin affirment que cette nouvelle approche est précisément nécessaire parce que toutes les initiatives précédentes ont échoué. Ils ont souligné que les directeurs du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale seront présents et prendront la parole lors dur sommet, ainsi que le directeur de la FIFA, et les gérants de grands fonds d’investissements.

Et pourtant, l’enthousiasme a été tempéré par le refus de l’administration Trump de soutenir la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est, la « solution à deux Etats » qui a longtemps était considérée par la communauté internationale comme la seule voie vers une paix durable.

Les Palestiniens ont rompu les liens avec la Maison Blanche après que Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre 2017. L’équipe de Trump pour le Moyen-Orient a récemment signalé qu’elle accepterait l’annexion israélienne de certaines parties de la Cisjordanie, ce qui a éveillé les soupçons des Palestiniens.

Même les délégations arabes présentes à Bahreïn ont associé leur participation à des assurances de leur soutien à un éventuel état palestinien.

L’Arabie saoudite, qui a envoyé à Manama son ministre des Finances, a dit soutenir « tous les efforts internationaux destinés à parvenir à la prospérité dans la région ». Mais elle s’est également prononcé en faveur d’une paix « totale et juste » et réitéré son soutien à l’établissement d’un Etat palestinien basé sur les frontières d’avant la guerre des Six jours.

Le ministre des Affaire étrangères bahreïni Khalid bin Ahmed Al Khalifa (g) parle au rabbin Marc Schneier et à Yitzhak Kreiss, directeur du centre médical Sheba u sommet de Manama,le 25 juin 2019. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

« Le Royaume réitère sa position ferme à l’égard de la cause palestinienne en accord avec l’Initiative de paix arabe, qui appelait à la création d’un Etat palestinien indépendant sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale », a déclaré le gouvernement saoudien dans un communiqué.

Le Qatari Ali Sharif al Emadi était le seul ministre des Finances à part Mnuchin, à prendre part à l’atelier. Son arrivée à Bahreïn a été remarquable, parce que les relations entre Manama et Doha sont tendues depuis un certain temps.

La Jordanie et l’Egypte, les deux seules nations arabes ayant signé un accord de paix avec Israël, ont envoyé à Manama des fonctionnaires et ont assuré qu’il exigeaient toujours la création d’un état palestinien.

Le Maroc participe également à l’atelier de Bahreïn, mais le ministère des Affaires étrangères a précisé que la délégation était emmenée par un membre du ministère des Finances. Dans un communiqué, le Maroc a réaffirmé la « position inchangée du Royaume du Maroc en faveur d’une solution à deux Etats, qui vivent côte-à-côte dans la paix et la stabilité ».

Le prince héritier Bahreïni Salman bin Hamad bin Isa Al Khalifa arrive au sommet de Manama,le 25 juin 2019. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Bahreïn, qui entretient de solides relations avec les Saoudiens, a été critiqué pour son rôle dans l’organisation de la conférence et a vivement limité le nombre de journalistes autorisés à couvrir l’événement, affirmant que son seul objectif était d’aider « ses frères palestiniens ».

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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