A huis-clos, des officiels du Likud blâment Netanyahu, incertains de l’avenir
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Analyse

A huis-clos, des officiels du Likud blâment Netanyahu, incertains de l’avenir

Certains responsables du parti estiment que la carrière politique du Premier ministre touche à sa fin mais ils se taisent - au moins pour le moment

Shalom Yerushalmi

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle aux médias à la Knesset de Jérusalem, le 29 mai 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle aux médias à la Knesset de Jérusalem, le 29 mai 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

A huis-clos, certains hauts-responsables du Likud émettent des critiques dures – et sans précédent – contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses manœuvres politiques des dernières semaines qui ont entraîné la dissolution de la Knesset et de nouvelles élections.

Dans l’incapacité à mettre un terme à ses problèmes politiques et judiciaires qui montent en flèche, Netanyahu a trébuché cette semaine, faisant chuter le système entier avec lui, et il pourrait bien dorénavant toucher du doigt la fin de sa carrière politique, soupirent les membres du parti dans les couloirs du pouvoir.

« Pourquoi a-t-il été nécessaire que nous nous retrouvions dans une situation pareille ? », se demande un haut-responsable en colère.

« Après tout, il était clair pour tout le monde que Netanyahu avait des limites dans ses options de formation d’une coalition. Il n’avait pas de marge de manœuvre parmi les partis de droite. Si moi, ou qui que ce soit d’autre, étions à la tête du Likud , nous assemblerions un gouvernement en deux jours. Toutes les portes nous auraient été ouvertes. Pour lui, toutes les portes sont fermées. »

« C’est une affaire compliquée », ajoute un autre responsable du Likud. « On pensait que Netanyahu était un atout. C’est vrai qu’il en est un. Il est le seul parmi nous à pouvoir ramener 35 sièges, mais qu’est-ce qu’il en a fait ? Que valent ces sièges ? »

Les députés du parti du Likud rencontrent le Premier ministre Benjamin Netanyahu avant le vote de dissolution de la Knesset, le 29 mai 2019 (Crédit : Likud)

« On a vu Netanyahu la nuit dernière, en plénière. Ça a été le moment le plus dur de sa carrière politique. Je pense que ce qui lui est arrivé à lui – et à nous – c’est bien pire que d’avoir perdu des élections. C’était une fausse victoire, en fait », a confié le responsable à Zman Yisrael, le site en hébreu du groupe Times of Israel.

Le sentiment qui prévaut parmi les responsables du Likud, après le bouleversement de la semaine dernière, est que Netanyahu est proche de la fin de sa carrière politique. Ils en parlent avec calme – et l’explication est raisonnée.

Selon eux, le Premier ministre peut remporter les élections du 17 septembre mais il se trouvera dans l’incapacité de rassembler une coalition avec la législation sur l’immunité qu’il cherche désespérément pour pouvoir éviter une inculpation dans trois affaires de corruption.

Le coup porté à son moral, les critiques publiques, son statut ébranlé et le fait qu’il ait accepté de renoncer à la loi sur l’immunité dans le cadre d’un accord avec le chef du parti travailliste Avi Gabbay qui n’a pas connu de suite – tout cela annonce une partie perdue, affirment-ils.

Le chef du parti Travailliste Avi Gabbay arrive à une réunion avec des membres du parti d’opposition avant le vote sur la dissolution de la Knesset, le 27 mai 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ce qui fait naître la possibilité d’une résistance au sein du parti du Likud.

« Le Likud va obtenir au mieux 40 sièges mais Netanyahu a encore besoin de partenaires pour former une coalition. Ce n’est pas une situation qui permet une coalition avec des réformes », estime un responsable de la formation.

« Ce qui est arrivé lors de ces derniers mois a amené Netanyahu à un point si bas qu’il est dans l’incapacité de disposer d’une manœuvre politique. Tous les partenaires de coalition paraissent être des dirigeants souverains profitant de la prison virtuelle de Netanyahu pour l’essorer et obtenir ce qu’ils veulent. Tous les partenaires ont la clé en main et ils ne laissent pas sortir Netanyahu de sa cellule », ajoute-t-il.

Et maintenant ?

« Le système judiciaire va continuer à travailler. Netanyahu ne va pas pouvoir empêcher ça. Il finira frappé d’incapacité même s’il est élu. Et au Likud, les gens vont finir par se lever pour dire que ça peut pas fonctionner », explique le responsable.

« Tout le monde sait que ça va se terminer avec un arrangement judiciaire et que Netanyahu rentrera chez lui. Avigdor Liberman attend ça, lui aussi. Il a dit que le Likud, ce n’était pas seulement Netanyahu ».

Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu à la Knesset, à Jérusalem, le 29 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le drame à suspens qui s’est déroulé au cours des derniers jours a fait sombrer les législateurs de la Knesset dans la dépression, y-compris les nouveaux députés du Likud. Mercredi, immédiatement après le vote de dissolution du parlement, Keren Barak et Keti Shitrit, de nouvelles recrues du parti, ont fondu en larmes.

Et, dans tout ce chaos, l’accord d’union pour les prochaines élections qui a été signé entre Netanyahu et Moshe Khalon – déterminant des places réservées à Koulanou sur la liste du parti – est fustigé en coulisses.

Pour les responsables, Kahlon ne mérite pas une telle générosité.

Certains membres demandent que la convention soit présentée pour approbation au comité central de la formation mais ils travaillent encore en sous-marins – jusqu’à ce que tout éclate enfin en plein jour.

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