A la rencontre du voyageur de Baltimore dont les tricots ont ému la Toile
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'Je pensais que si j’allais à un certain endroit, je pourrais aussi bien porter un chandail assorti au lieu, ça serait élégant'

A la rencontre du voyageur de Baltimore dont les tricots ont ému la Toile

Les selfies des pulls de Sam Barsky, amateur de tricot de longue date, ont atteint un niveau de célébrité improbable en seulement quelques heures.

La nouvelle vedette d'Internet Sam Barsky pose avec son chandail à motif dolmens en Angleterre.  (Autorisation/Facebook)
La nouvelle vedette d'Internet Sam Barsky pose avec son chandail à motif dolmens en Angleterre. (Autorisation/Facebook)

BALTIMORE — Sam Barsky est un homme modeste qui habite le Maryland et qui, jusqu’à présent, se contentait de tricoter dans le privé des chandails improbables. Mais un samedi, alors que Shabbat venait de se terminer, il s’est rendu sur son ordinateur. Il y a découvert qu’il est était devenu l’un de ces phénomènes de célébrité rares et qui appartiennent au 21e siècle – l’incarnation humaine d’un mème sur Internet.

Barsky, membre de plusieurs groupes d’amateurs de tricots dans le secteur de Baltimore, tricote des petits bonnets pour les nouveaux-nés à l’hôpital.

Et pour lui, il se confectionne des chandails graphiques et colorés. Alors que la majorité des tricoteurs utilisent des modèles imprimés, Barsky crée lui-même ses motifs, utilisant son imagination comme seul et unique guide de ses confections.

Comment sont donc nés ces pulls dont les photos sont devenues virales depuis ? Lors d’un entretien accordé au Times of Israel, Barsky a expliqué s’être d’abord donné des objectifs.

Il a ainsi créé des chandails pour chaque fête juive, en commençant par sa préférée, Souccot. Une page Facebook est par ailleurs consacrée à ses créations et il reconnaît aimer y discuter avec les amateurs de tricot du monde entier.

Alors qu’il tricotait des pulls dont les motifs représentaient des endroits qu’il avait visités dans le passé, il a finalement décidé de placer la barre encore plus haut.

Donc, dorénavant, il tricote d’abord les sites qu’il espère découvrir puis se rend sur les lieux et, une fois sur place, se prend en photo tout en portant le chandail assorti.

Mais quelque chose a changé la semaine dernière lorsque “Desmond the Potato” a posté une série de photos des créations de Barsky — en majorité les photos de pulls de voyage – sur Imgur, un site qualifié de « communauté de partage d’images en ligne et d’hébergement ».

Le chandail du Pont de Londres de Barsky reflète le site emblématique de Londres dans tous ses détails (Autorisation/Facebook)
Le chandail du Pont de Londres de Barsky reflète le site emblématique de Londres dans tous ses détails (Autorisation/Facebook)

Probablement pour donner à ce site fréquenté par de nombreux trolls une nouvelle raison de se manifester, Desmond a intitulé son poste « Ce gars tricote des chandails qui représentent des lieux puis il se fait photographier dans ces endroits ». Mais cette galerie de photos a largement dépassé les attentes.

Avec presque 1,2 million de vues sur Imgur, les nouveaux fans ont perçu dans le personnage de Barsky, souriant timidement derrière ses lunettes, une sorte de héros populaire.

“Si ce type ne se ressaisit pas, je ne sais pas qui pourra le faire”, écrit un internaute sous le nom de “vilecomfort.”

« Il a trouvé un hobby et il adore ça. C’est vraiment extra. Il est binoclard et il n’en a pas honte. On dirait bien que c’est un type qui a vraiment les pieds sur terre », écrit “mrantman.”

« Je ne sais pas pourquoi ça me fait sourire mais je souris. Eclate-toi, l’excentrique », écrit un autre.

Filer de l’or

Cet enthousiasme a débordé sur la page Facebook de Barsky, “Artistic Knitting of Sam Barsky,” où les commentaires ne cessent dorénavant de défiler depuis au moins quatre continents dans une myriade de langues.

Barsky, qui est un utilisateur insatiable des réseaux sociaux (en majorité dans des groupes de tricots) reconnaît avoir été choqué lorsqu’il a dû s’excuser pour ne pas être parvenu à répondre à tous les messages en raison de leur incroyable volume.

Il est arrivé au café, dans les faubourgs de Baltimore, avec l’un de ses chandails les plus chauds – une création safari avec des éléphants, des lions et des crocodiles se détachant sous le soleil africain. Il a amené avec lui une boîte Rubbermaid géante remplie à ras-bord de ces chandails qui ont « fait exploser Internet. »

Sam Barsky présente son 100ème chandail, une compilation des versions miniatures de ses précédents tricots (Autorisation /Facebook)
Sam Barsky présente son 100ème chandail, une compilation des versions miniatures de ses précédents tricots (Autorisation /Facebook)

Barsky explique avoir endossé le chandail du safari – plus chaud – avant de se rendre aux toilettes pour revêtir le 100e pull qu’il a tricoté – et qui arbore des versions miniatures de ses précédents tricots.

La majorité des convives semblent inconscients de la présence en ces lieux d’un individu devenu une star en quelques heures, mais au moins une femme âgée, souriante, intervient pour dire à Barsky — ainsi qu’à son compagnon – que c’est bien là l’amoureux du tricot dont elle lui a parlé.

“Je savais que je voulais que ça arrive un jour, mais c’est arrivé tellement soudainement – ma célébrité a été tellement soudaine”, indique Barsky.

« Je ne m’y attendais pas. Je n’étais pas prêt et je suis bouleversé par la masse de courriels, de messages et de différentes formes de communications que j’ai reçue, tout ça en moins de 24 heures ».

Barsky pense que son attrait réside dans son style assez unique, qui souligne l’image au-delà du modèle.

“Pour commencer, et pour autant que je le sache, je ne pense pas que qui que ce soit d’autre dans le monde tricote comme je le fais”, dit-il.

« Je connais plein de tricoteurs de talent et je ne pense même pas être le tricoteur le plus talentueux du monde. Quand les gens voient toutes ces choses colorées, ils trouvent ça vraiment attrayant et charmant ».

“Cela fait 17 ans que je n’ai pas tricoté à partir d’un modèle. Je compte un peu quand il le faut, mais il y a une grande part d’approximation seulement”, dit-il.

‘Je ne pense pas que qui que ce soit d’autre dans le monde tricote comme je le fais’

Ses chandails ont été reconnus à la Creative Alliance de Baltimore, à l’American Visionary Art Museum, et dans les cafés et bibliothèques locaux.

Mais cette vague de célébrité internationale, appuyée par la parution de multiples articles en différentes langues – notamment en portugais et en allemand – est sans précédent.

“Cela ne me dérange pas tant que rien de mauvais ne se dégage de ce phénomène”, dit Barsky en évoquant son nouveau statut de “mème” humain. Il rejette certains des commentaires les plus durs parus sur le site Imgur – dont la modération est souvent en roue libre et le public parfois juvénile.

“Ces gens sont des ratés de toute façon, et ils ne vont ni m’aider, ni me faire du mal. Ce sont des gens avec lesquels, même si j’étais amené à les connaître, je ne deviendrai pas ami de toute façon ».

Détricotage de l’histoire originale

Au début, les photos de voyage n’étaient pas véritablement un objectif.

« Tout d’abord, j’ai pensé que si j’allais à un certain endroit, je pourrais aussi bien porter un chandail qui soit assorti, que ce serait élégant », explique-t-il

“J’ai commencé à prendre des photos sans être conscient du chandail que je portais à ce moment-là, comme vous faires en prenant des photos de voyage sur un site visité. Et assez rapidement, j’ai eu une collection de photos de moi portant le pull que j’avais tricoté pour ce jour-là, peut-être 10 ou 15 comme ça ».

Sam Barsky pose aux côté de pylônes. Le chandail représente des pylônes israélien,s, plus esthétiques selon lui (Autorisation/Facebook)
Sam Barsky pose aux côté de pylônes. Le chandail représente des pylônes israélien,s, plus esthétiques selon lui (Autorisation/Facebook)

A ce moment-là, Barsky a décidé que les chandails feraient partie intégrante de la photographie, de manière très intentionnelle dorénavant.

“Et puis, à chaque fois que j’allais dans un nouveau lieu, je mettais un chandail assorti à l’endroit où j’allais. J’ai réalisé alors qu’il fallait que je fasse la même chose avec tous – il fallait davantage les mettre en valeur à chaque fois”, poursuit-il.

Il dément avoir un pull préféré, “mais je reconnais qu’il y en a certains qui sont mieux que les autres”, dit-il.

“Celui qui m’a servi quand je suis allé en Thaïlande et qui représente un tigre, c’est l’un de ceux que les gens aiment beaucoup parce que j’avais à ce moment-là un vrai bébé tigre entre les mains”, explique-t-il avec nonchalance, comme s’il s’agissait d’un loisir relativement courant.

« J’ai une liste de pulls que je veux faire photographier dans certains endroits. Je les raye frénétiquement l’un après l’autre une fois que la photo est faite”.

“J’ai pris plusieurs clichés avec mon chandail qui représente un pylône électrique, que j’ai porté devant des pylônes, ici et en Israël. Les pylônes, en Israël, ont un style très différent et ils sont vraiment plus intéressants à photographier”, dit-il.

Le chandail qui arbore un pylône – l’un de ses plus populaires en ligne – représente un pylône israélien. « Si vous en voyez un, vous constaterez qu’ils se présentent bien comme ça ».

Tricoter un pylône est un exercice qui réclame énormément d’attention pour en noter les détails.

“Je n’aurais jamais remarqué les différences entre les pylônes ici et en Israël si je n’avais pas tricoté le pull. Je fais plus attention maintenant aux détails après avoir tricoté ce chandail », dit-il.

Filer en Terre sainte

Ces pylônes sont loin d’être le seul site israélien à avoir été gravés dans le fil.

Barsky, qui rêve de s’installer en Israël, a pris une photo de lui dans un chandail représentant un tank sur le site du mémorial des unités de blindés de Latrun, dans un pull représentant le mur Occidental devant le site le plus saint du judaïsme, et dans plusieurs autres tricots décrivant des scènes naturelles à Banyas, près de la mer Morte, et dans les jardins de Bahai.

Le mur Occidental a été le premier site israélien à figurer sur un pull tricoté par Sam Barsky (Autorisation/Facebook)
Le mur Occidental a été le premier site israélien à figurer sur un pull tricoté par Sam Barsky (Autorisation/Facebook)

“Même si ce n’est pas un endroit juif, c’est un beau site. Je ne connais pas un Juif qui n’admire pas ce lieu », explique-t-il sur sa décision de tricoter le motif du sanctuaire de Haïfa.

En Israël, le mois dernier, Barsky a rencontré un réalisateur de film israélien ainsi qu’un certain nombre d’amateurs de tricot.

Ses camarades Sabra, dit-il, s‘intéressent moins aux chandails – probablement en raison d’un climat plus chaud. Barsky affirme qu’ils confectionnent plutôt des bonnets, des chaussettes et des petits objets, comme des sacs en laine.

Puis nous avons évoqué la collection des fêtes juives de Barsky, moins célèbre que ses chandails consacrés aux voyages, mais pas moins délicats à réaliser.

Fréquentant la synagogue de façon hebdomadaire, participant actif dans la vie juive de Baltimore, Barsky a voulu tricoter un chandail pour sa fête favorite, Souccot. Après Souccot, il est passé à Hanoukka, puis a continué à confectionner des pulls pour toutes les fêtes juives majeures.

Shavouot, dit-il, a été son plus gros défi. Il a depuis réalisé deux pulls supplémentaires pour Souccot, tous deux dépeignant la souccah de son enfance, qu’il voudrait reconstituer le plus exactement possible.

L'amateur de tricot de Baltimore Sam Barsky a revêtu son chandail aux motifs de Yom Kippour, arborant le blanson du Grand Prêtre (Autorisation /Facebook)
L’amateur de tricot de Baltimore Sam Barsky a revêtu son chandail aux motifs de Yom Kippour, arborant le blanson du Grand Prêtre (Autorisation /Facebook)

Après Souccot, Barsky a ajouté Shemini Atzeret et aussi Simha Torah.

Il prête une grande attention au détail dans chacun de ses chandails de fête. Les bougies, sur le pull tricoté pour Hanoukka, ont été réalisées à partir d’une laine qui brille légèrement dans le noir, et des petites abeilles dansent autour de l’une des manches de son chandail de Rosh HaShana, qui est assorti à une robe en laine de Nouvel An que Barsky a tricoté pour son épouse.

Une fois par an, Barsky enfile son chandail pour Yom Kippour – un pull à manches courtes sur fond blanc, conforme à la tradition de la couleur blanche en cette journée de repentir. Sur le devant, un fac-similé du plastron incrusté de joyaux du grand prêtre, une allusion au service de l’après-midi racontant la cérémonie des prêtres lors de Yom Kippour — et une allusion aussi au fait que Barsky est un fier Kohen.

Etroitement tissé

Barsky se rend dans des groupes de tricot presque tous les jours. Il y a, note-t-il, “très peu d’autres hommes” dans ces groupes, mais il ne déplore pas pour autant leur absence. « Il y a d’autres hommes qui tricotent, mais ils ne s’en vantent pas ».

Il n’a aucune idée du nombre de personnes qui ont aimé, suivi ou partagé les images devenues virales de ses tricots. Mais il a toujours été un membre actif des groupes d’amateurs de tricot sur Facebook, et il travaille avec environ 50 groupes, en hébreu et en anglais.

L'un des deux chandails de Pâque de Barsky’. 'Vous ne pouvez pas oublier les grenouilles', s'esclaffe-t-il. (Autorisation/Facebook)
L’un des deux chandails de Pâque de Barsky’. ‘Vous ne pouvez pas oublier les grenouilles’, s’esclaffe-t-il. (Autorisation/Facebook)

La passion de Barsky a commencé à un moment difficile de son existence, lorsque des problèmes de santé l’ont obligé à abandonner son école d’infirmiers au milieu d‘un trimestre.

“Même si j’ai ce trouble neurologique, je ne me réveille pas tous les jours en y pensant”, dit-il.

“Je me réveille tous les jours en pensant au tricot, ainsi qu’à d’autres choses qui comptent beaucoup pour moi, comme la famille et les amis, et tout ce que j’adore dans la vie. Quand vous avez un problème de santé, vous pouvez soit vous identifier à quelqu’un qui a aussi une maladie, quelle qu’elle soit, ou bien vous pouvez vous identifier à quelqu’un qui a une passion comme la vôtre ».

Barsky a-t-il – comme le suggèrent les photos sur Internet – trouvé un secret qui mène au bonheur ?

« Oui », dit-il sans un instant d’hésitation. « Profiter de ce que vous faites, c’est le secret du bonheur. Jouir de chaque moment ».

« Je pense à ce qu’avait dit Albert Einstein quand on lui avait demandé pourquoi il avait travaillé si dur. Il avait répondu qu’il n’avait pas travaillé dur et qu’il avait simplement adoré faire ce qu’il avait fait”.

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