Rechercher
Analyse

En reconnaissant un Etat palestinien, les alliés interpellent Netanyahu, au risque de renforcer le Hamas

Déçus, Macron, Starmer et Carney envoient un message à Israël tout en donnant au Hamas des motifs de refuser le cessez-le-feu ; il est probable que rien de bon n'en sorte

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, à gauche, et le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse conjointe à Londres, le 10 juillet 2025. (Leon Neal/Pool Photo via AP)
Le Premier ministre britannique Keir Starmer, à gauche, et le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse conjointe à Londres, le 10 juillet 2025. (Leon Neal/Pool Photo via AP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’enorgueillit de son sens aigü de la diplomatie. Dirigeant parmi les plus expérimentés de toute la scène mondiale, il a résisté à des administrations démocrates difficiles et il est parvenu à se concilier de nouveau les bonnes grâces du président américain Donald Trump après une importante crise. Il a signé des accords de normalisation avec des États arabes et il s’est trouvé de nouveaux alliés un peu partout dans le monde.

Pourtant, ces derniers mois, il a été défait sur le plan diplomatique par un dirigeant qui, dans l’ensemble, se montre faible et inefficace, le président sclérosé de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et les effets s’en font sentir aujourd’hui.

En avril dernier, un peu avant la conférence des Nations unies prévue en juin, co-organisée avec l’Arabie saoudite sur la question, le président français Emmanuel Macron avait annoncé son intention de reconnaître un État palestinien « dans les mois à venir ».

Avant la conférence – finalement reportée à cette semaine en raison de la campagne aérienne d’Israël contre l’Iran – Abbas avait écrit à Macron ainsi qu’au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane pour leur faire part des principales mesures qui, selon lui, devaient être prises pour mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza et pour établir la paix au Moyen-Orient.

« Le Hamas ne dirigera plus Gaza et il devra remettre ses armes et autres capacités militaires aux forces de sécurité palestiniennes », avait écrit Abbas.

Il s’était dit « prêt à inviter des forces arabes et internationales susceptibles d’être déployées dans le cadre d’une mission de stabilisation/protection sous mandat du Conseil de sécurité (de l’ONU) ».

« Nous sommes prêts à conclure, dans le cadre d’un calendrier clair et contraignant, et avec le soutien, la supervision et les garanties internationales, un accord de paix de nature à mettre fin à l’occupation israélienne et ç résoudre les questions en suspens, y compris le statut final », avait écrit Abbas.

« Le Hamas doit libérer immédiatement tous les otages », avait-il ajouté.

Abbas avait réaffirmé son engagement à réformer l’Autorité palestinienne et confirmé son intention d’organiser des élections présidentielles et générales « dans un délai d’un an » sous les auspices de la communauté internationale.

« L’État palestinien devra être le seul dépositaire de la sécurité sur son territoire, sans toutefois être un État militarisé. »

Macron, visiblement impressionné, a qualifié la lettre de « moment historique ».

Dans sa lettre du 24 juillet à Abbas annonçant sa décision de reconnaître sous peu un État palestinien, Macron a indiqué que c’était le courrier du chef de l’Autorité palestinienne et les engagements qu’il contient qui lui en avaient donné l’idée.

Netanyahu, en revanche, n’a fait que pousser Macron vers cette reconnaissance, contre la volonté d’Israël, malgré lui. Il a laissé la situation humanitaire à Gaza, et le récit qui l’entoure, échapper à tout contrôle.

Il n’a pas non plus réussi à faire appliquer la loi israélienne contre les extrémistes juifs en Cisjordanie, qui ont tué des civils palestiniens et allumé des incendies près des ruines d’une importante église du Ve siècle.

Des Palestiniens transportent de l’aide humanitaire à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 31 juillet 2025. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Il semble que personne, au sommet, n’ait eu l’idée de parler avec les commandants de Tsahal pour s’assurer que les unités tactiques sauraient comment se protéger sans pour cela tirer à balles réelles en direction des foules de civils de Gaza pressées d’accéder aux lieux de distribution de l’aide humanitaire. Personne n’a semblé préciser qu’il ne serait pas nécessaire de tirer à proximité de la seule et unique église catholique de la bande de Gaza. Un obus de char israélien a ainsi frappé le toit de l’église de la Sainte-Famille le mois dernier, en faisant trois morts parmi les civils et en blessant le prêtre.

Les Français sont particulièrement sensibles au sort des catholiques de Terre Sainte. Pendant quatre siècles, la France a joui d’un statut particulier de protectrice des commerçants et des prêtres chrétiens. Le pays a perdu ce statut à l’issue de la Première Guerre mondiale mais elle conserve quatre « domaines nationaux » en Israël et elle réaffirme ce rôle historique dès que l’occasion se présente.

Ce qu’a fait Israël et la décision française a achevé d’ouvrir les vannes.

Dans la foulée de Macron, c’est le Premier ministre britannique Keir Starmer qui a annoncé mardi dernier que le Royaume-Uni reconnaîtrait lui aussi un État palestinien en septembre prochain, à moins que le gouvernement israélien ne prenne des mesures substantielles pour mettre fin à la guerre et à la crise humanitaire à Gaza et ne remplisse plusieurs autres conditions, à commencer par un nouvel engagement en faveur d’un processus de paix viable.

D’autres pays occidentaux ont rapidement déclaré qu’ils envisageaient de leur emboiter le pas : Andorre, l’Australie, le Canada, la Finlande, le Luxembourg, la Nouvelle-Zélande, le Portugal, Saint-Marin et Malte.

« Pour l’heure, je me garde de parler de tsunami », expliquait mercredi dernier Maya Sion-Tzidkiyahu, experte des relations entre Israël et l’Europe à l’Institut Mitvim. « Mais nous sommes au bord du gouffre. »

Le sol s’effondre

Quelques heures après l’annonce de Starmer, Israël s’est davantage rapproché du vide diplomatique lorsque le Premier ministre, Mark Carney, a annoncé que le Canada, lui aussi membre du G7, le forum des principales économies mondiales, reconnaîtrait un État palestinien en septembre.

Le Premier ministre canadien Mark Carney quittant la salle après avoir pris la parole lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion du Cabinet consacrée aux négociations commerciales avec les États-Unis et à la situation au Moyen-Orient, au Théâtre national de la presse, à Ottawa, dans l’Ontario, au Canada, le 30 juillet 2025. (Crédit : Dave Chan/AFP)

Pour l’heure, d’autres pays importants comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande réaffirment leur « engagement inébranlable en faveur de la solution à deux États », une déclaration vague et non contraignante.

L’Allemagne, l’un des alliés les plus proches d’Israël, a déclaré qu’elle « n’avait pas l’intention de reconnaître un État palestinien dans le court terme ». La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a déclaré que cette décision serait « contre-productive ».

Les derniers récalcitrants occidentaux sont prudents, et pour de bonnes raisons.

« C’est une carte qui ne peut être jouée qu’une seule fois », explique Rémi Daniel, responsable du programme de recherche sur l’Europe à l’Institut d’études de sécurité nationale de Tel Aviv.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul (à gauche) et le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar assistant à une cérémonie de dépôt de gerbes au Mémorial de la Shoah à Berlin, en Allemagne, le 5 juin 2025. (Crédit : Markus Schreiber/AP)

« Je pense qu’il y a toujours, chez les dirigeants, le désir de ne pas aller trop loin avec Israël », souligne Daniel.

Il leur faut par ailleurs soupeser le risque qu’ils sont prêts à prendre en reconnaissant un État palestinien, les analystes affirmant que cette décision pourrait se retourner contre eux en exposant l’inefficacité de cette mesure.

« Si, en fin de compte, la reconnaissance internationale d’un pays comme la France ou la Grande-Bretagne ne change rien, n’affecte rien, ce sera la preuve criante de la faiblesse de ces pays », poursuit Daniel. « C’est pourquoi je pense que les dirigeants l’envisagent parce qu’ils ne veulent pas se retrouver dans une situation embarrassante. »

« Elles sont inefficaces, elles sont pathétiques et elles sont tragiques », dit Michael Oren, ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis, à propos de ces annonces, en rappelant que « plus de 140 pays ont déjà reconnu l’État palestinien, et cela n’a rien fait en faveur de l’État palestinien ».

« Ces pays avaient une voix, une voix sérieuse, dans les relations internationales », poursuit M. Oren. « Ce n’est plus le cas. Ce qui ne fait que montrer leur faiblesse. Cela montre qu’ils ne sont pas pertinents. »

Une photo distribuée par le Service de presse de l’Autorité palestinienne (PPO) montre le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, en train de présider une réunion du Comité central du Fatah, à Ramallah, le 19 février 2025. (Thaer GHANEM / PPO / AFP)

« Tout le monde sait que les Palestiniens avaient un État de facto à Gaza », confie un responsable israélien au Times of Israel. « Ils avaient un État de facto à Gaza depuis août 2005. Ce qui a rendu possibles les atrocités du 7 octobre 2023, le massacre de 1 200 personnes innocentes et l’enlèvement de 251 autres personnes innocentes dans les geôles du Hamas à Gaza. Le dirigeant français peut bien, une fois de plus, faire des courbettes aux terroristes, mais en ce qui concerne Israël, plus jamais veut dire plus jamais. »

Les dirigeants occidentaux admettent qu’il n’y aura pas d’État palestinien de sitôt, mais qu’ils souhaitent faire passer un message à l’actuel gouvernement israélien.

« Ils savent bien qu’il s’agit d’une déclaration rhétorique », estime Emmanuel Nahshon, ancien ambassadeur en Belgique et directeur général adjoint du ministère des Affaires étrangères en charge de la diplomatie publique, « laquelle s’adresse avant tout au gouvernement israélien, pour lui dire son mécontentement et sa désapprobation des actions du gouvernement israélien à Gaza et des libertés accordées aux résidents d’implantations extrémistes en Cisjordanie. »

Des manifestants brandissent une banderole appelant à l’imposition de sanctions à Israël lors d’une manifestation de soutien aux Palestiniens de Gaza dans un contexte de craintes de famine dans le territoire en proie à la guerre, devant Downing Street, à Londres, le 29 juillet 2025. (JUSTIN TALLIS / AFP)

Et, bien sûr, la politique intérieure ne doit jamais être ignorée dans une démocratie.

« C’est une affaire interne au parti travailliste », assure le député conservateur britannique Bob Blackman, s’exprimant depuis la frontière de Gaza lors d’une visite avec l’European Leadership Network. « D’énormes pressions ont été exercées sur le Premier ministre afin qu’il reconnaisse un État palestinien. Les messages et médias que nous voyons au Royaume-Uni ne parlent que de la famine à Gaza, ce qui fait mécaniquement monter la pression sur [Starmer].

« Vous voyez les émeutes des Frères musulmans dans les centres-villes et sur les campus », rappelle le responsable israélien. « Vous savez aussi qui finance les campagnes. Toute l’histoire est là. Leurs déclarations n’ont pas grand-chose à voir avec de la politique étrangère, bien plutôt avec leurs problèmes intérieurs.

Un jour de l’indépendance palestinienne ?

Mus par des calculs politiques internes et par le désir de sanctionner Netanyahu, les dirigeants occidentaux pourraient rendre plus difficile la fin de la guerre à Gaza en enhardissant le Hamas.

Étrangement, Starmer a déclaré qu’Israël pourrait empêcher la reconnaissance d’un Etat palestinien par le Royaume-Uni en concluant un cessez-le-feu à Gaza. En d’autres termes, le Hamas ferait obstacle à la reconnaissance d’un État palestinien s’il acceptait une trêve avant septembre.

Des membres de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, participent à un défilé militaire dans une rue de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 19 janvier 2025. (BASHAR TALEB / AFP)

« Le Royaume-Uni et d’autres pays ont fait des déclarations pour faire pression sur Israël, ce qui a durci la position du Hamas », estime Blackman. « Cela a dit en substance au Hamas : ‘Eh bien, si vous continuez à tenir, à tenir, à tenir, nous reconnaîtrons l’État palestinien.’ Le Hamas se retrouve avec un État palestinien, sans obligation de libérer les otages, ce qui récompense les actes terroristes les plus perfides infligés au peuple d’Israël.

Depuis le début de la guerre, le Hamas est très attentif aux pressions internationales exercées sur Israël. Lorsque les alliés occidentaux donnent le sentiment d’imposer des concessions à Israël sans rien exiger de lui, alors le groupe terroriste se met en retrait dans l’attente d’une amélioration de sa position de négociation, tandis que celle d’Israël s’effondre.

Des manifestants réclamant un accord sur les otages défilant à Tel Aviv avant de se rendre à l’ambassade américaine, le 12 mai 2025. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Le Hamas n’a pas accepté de trêve, même lorsque la pression internationale s’est intensifiée contre lui, ces dernières semaines. Il est encore mois probable que cela se produise maintenant, à mesure que les coups pleuvent sur Israël.

Bien que les pays ayant annoncé leur intention de reconnaître un État palestinien soient convaincus de renforcer l’Autorité palestinienne, il reste que le Hamas a désormais de bien meilleurs arguments à faire valoir envers la rue palestinienne, à savoir qu’en dépit du lourd tribut, seule la violence contre Israël permet d’avancer sur la voie de la création d’un État et de la destruction d’Israël. Ils pourraient ainsi être nombreux à voir dans le massacre du 7 octobre le jour de l’indépendance de la Palestine.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.