Accord avec Otzma Yehudit : Deborah Lipstadt quitte sa synagogue
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Accord avec Otzma Yehudit : Deborah Lipstadt quitte sa synagogue

L'historienne de la Shoah s'est distancée de Young Israel, estimant qu'elle ne peut s'associer à une organisation qui cautionne "des politiques racistes et immorales"

Deborah Lipstadt à Mishkenot Sha'ananim, Jérusalem, le 11 juin 2017. (Crédit :Renee Ghert-Zand/TOI)
Deborah Lipstadt à Mishkenot Sha'ananim, Jérusalem, le 11 juin 2017. (Crédit :Renee Ghert-Zand/TOI)

Deborah Lipstadt, éminente historienne de la Shoah, a annulé son adhésion à la synagogue qu’elle fréquentait jusque-là, car celle-ci est affiliée à un mouvement qui a défendu l’accord politique israélien avec l’extrême-droite.

Lipstadt fréquentait la communauté orthodoxe de Young Israel of Toco Hills à Atlanta. dans un communiqué adressé à l’agence de presse Jewish Telegraphic Agency, le mouvement Young Israel a défendu lundi l’accord entre les partis HaBayit HaYehudi et Otzma Yehudit, un parti d’extrême-droite. Ce dernier est dirigé par des disciples du défunt rabbin Meir Kahane, qui encourageait l’expulsion des Arabes d’Israël.

Cette fusion avait été encouragée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, souhaitant renforcer une future coalition dirigée par le Likud à l’issue des élections du 9 avril, et a été vivement condamnée, notamment par d’autres élus israéliens – pas du Likud – et des organisations juives.

Mais Young Israel a défendu cette démarche.

« Le Premier ministre Netanyahu a agi pour obtenir une fusion des partis de droite, afin qu’ils dépassent le seuil nécessaire pour se garantir une victoire aux élections », peut-on lire dans le communiqué rédigé par Farley Weiss, président du Conseil national de Young Israel. « Nous comprenons ce que le Premier ministre Netanyahu a fait, et il l’a fait pour intégrer des ministres nationalistes religieux et des partis nationalistes à sa coalition. »

Itamar Ben Gvir (à droite) lors du lancement de la campagne du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit à Bat Yam,, le 5 janvier 2019. (Crédit : Otzma Yehudit)

Le rabbin de la synagogue de Lipstadt, Adam Starr, a lui-même condamné ce communiqué dans une publication Facebook lundi, en écrivant : « Pas en mon nom et pas au nom de ma shul« . Mais l’historienne américaine a tout de même ressenti le besoin de se dissocier de Young Israel, malgré ses louanges à l’égard de son rabbin et de sa synagogue.

« Je ne peux pas être associée à une organisation qui donne un « hekhsher » (certification) à des politiques aussi racistes et immorales, qui célèbrent la violence », a-t-elle écrit dans une lettre ouverte diffusée sur Facebook mardi.

« Dans un contexte de recrudescence de l’antisémitisme, de la haine du Juif, des préjugés en tous genres, chacun d’entre nous, et pas seulement nos dirigeants spirituels, doit se lever et agir individuellement aussi bien que collectivement. C’est pourquoi je m’élève tristement contre le fait qu’une démarche aussi méprisable soit « validée » par des personnes prétendant observer les voies d’HaKadosh Barukh Hu », le terme hébraïque pour désigner Dieu.

Elle a déclaré, mardi, à la Jewish Telegraphic Agency qu’elle ressentait le besoin d’agir car elle fait actuellement la promotion d’un livre sur l’antisémitisme contemporain.

« C’est un parti aux positions racistes », a-t-elle dit. « C’est un parti qui cautionne le meurtre. C’est un parti qui cautionne l’homme qui a commis le plus grand meurtre de masse en Israël par un Juif. Ce sont des choses que je trouve méprisables, et c’est faux de dire que ce n’est que de la politique. »

L’un des leaders de Otzma Yehudit a accroché chez lui une photo de Baruch Goldstein, le terroriste juif qui avait tué 29 Palestiniens au Tombeau des Patriarches à Hébron, en 1994.

Le parti extrémiste Otzma Yehudit est le descendant spirituel du parti Kach, de Meir Kahane, qui a été interdit à la Knesset en vertu de la loi fondamentale interdisant l’incitation à la violence, avant d’être rendu illégal en Israël.

Il encourage également l’émigration des non-Juifs d’Israël et l’expulsion des Palestiniens et des Arabes israéliens qui refusent de déclarer leur loyauté pour Israël et d’accepter un statut inférieur dans un Etat juif élargi, dont la souveraineté s’étendrait à toute la Cisjordanie.

Deborah Lipstadt a également condamné Netanyahu pour cet accord, qui a permis à Otzma Yehudit de fusionner avec d’autres partis de droite sur une liste commune en amont des élections. Cette liste unie donne aux partis une meilleure chance d’obtenir suffisamment de voix pour entrer à la Knesset. Elle a déclaré que l’accord allait de pair avec la récente tendance de Netanyahu à copiner avec les dirigeants nationalistes de droite d’Europe, comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban.

« Cela va tristement de pair avec d’autres choses que nous avons vues », a-t-elle déploré. « Ce n’est qu’une étape de plus, mais elle est rédhibitoire. »

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