Affaire 2 000 : nouvelles retranscriptions d’échanges entre Netanyahu et Moses
Rechercher

Affaire 2 000 : nouvelles retranscriptions d’échanges entre Netanyahu et Moses

Des éléments de l'enquête sur Netanyahu indiqueraient que le patron du Yediot avait accepté de couvrir négativement des rivaux du Premier ministre en amont des élections de 2015

Benjamin Netanyahu et Arnon Mozes (Image composite: Flash90)
Benjamin Netanyahu et Arnon Mozes (Image composite: Flash90)

De nouvelles informations ont été publiées mercredi soir au sujet de l’accord présumé de contrepartie entre le Premier ministre et l’éditeur d’un quotidien, qui permettait à Benjamin Netanyahu une couverture favorable et une entrave de la concurrence au patron de journal.

Les arrangements de Netanyahu et Arnon Mozes, patron du quotidien très lu Yedioth Aharonoth et de son site d’information Ynet, ont fait l’objet d’une enquête de la police connue sous le nom d’Affaire 2 000. Le Premier ministre risque aujourd’hui une mise en examen pour fraude et abus de confiance.

Au lendemain de la récupération des preuves et des éléments des trois enquêtes pesant sur le chef du gouvernement par ses avocats, la Douzième chaîne a diffusé des retranscriptions des conversations secrètes entre lui et Arnon Moses.

Dans des enregistrements de ces rencontres, on entendrait Moses admettre avoir réalisé une couverture biaisée des rivaux électoraux de Netanyahu et d’avoir « caché » des articles négatifs sur la femme du Premier ministre, tout en encourageant ce dernier à porter plainte pour diffamation et à « tuer » de façon figurative un journaliste du Yedioth très critique de Netanyahu.

D’après le reportage de la Douzième chaîne, Moses a indiqué aux enquêteurs qu’il voyait Netanyahu depuis 1996 et que le Premier ministre lui avait demandé de l’aide en 2013 pour former une coalition, estimant qu’il pouvait avoir de l’influence sur les résultats des élections et sur les dirigeants des partis pressentis pour rejoindre son gouvernement, Naftali Bennett et Yair Lapid.

Yair Lapid, dirigeant du parti Yesh Atid et Naftali Bennett, dirigeant du parti HaBayit HaYehudi, à la Knesset, février 2013. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

La chaîne a rapporté que, dans un enregistrement datant de décembre 2014 — avant les élections de mars 2015 — Netanyahu se plaignait auprès de Moses que Lapid et Bennett étaient traités avec trop de clémence par Yedioth et sur Ynet.

Ils ont également discuté de la volonté du chef du Likud de s’assurer que Bennett remporte « moins de 15 » sièges lors du scrutin (HaBayit HaYehudi en avait finalement obtenu huit, mais les sondages lui en accordaient au moins 17 à l’époque).

Dans une autre conversation enregistrée, Moses dit à Netanyahu que ses médias avaient enterré des articles négatifs sur Sara Netanyahu, qui se plaint depuis des années d’un traitement médiatique injuste.

« Cette information a été cachée autant que possible par le journal », assure le patron de presse à Netanyahu au sujet d’un ancien employé de la Résidence du Premier ministre qui avait poursuivi Mme Netanyahu pour mauvais traitement.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara lors d’un événement à Kfar Maccabiah, Ramat Gan, le 2 décembre 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Moses aurait également dit aux enquêteurs que lui et Benjamin Netanyahu avaient discuté de son envie de nuire à la popularité de son concurrent, le quotidien Israel Hayom, un fervent et fidèle soutien de Netanyahu.

Lors des deux rencontres enregistrées, les deux hommes auraient également évoqué les journalistes de Yedioth. Le reportage a notamment cité Igal Sarna, un détracteur de Netanyahu poursuivi par ce dernier pour diffamation.

« Igal Sarna, je n’en veux pas du tout », aurait ainsi dit Moses à Netanyahu. « Fais ce que tu veux de lui, envoie lui une lettre demain, tue-[le]… Je te souhaite d’obtenir de l’argent de lui. Prends ce que tu veux de lui. »

L’accord illicite qui aurait vu le Premier ministre désavantager financièrement Israel Hayom n’a jamais été mis en oeuvre.

Le quotidien pro-Netanyahu, distribué gratuitement, a réduit la part de marché du Yedioth Aharonoth, même si celui-ci reste le quotidien le plus vendu du pays.

Le procureur général Avichai Mandelblit a décidé de porter plainte pour fraude et abus de confiance dans l’affaire. Des chefs d’accusation similaires pèsent sur l’enquête appelée Affaire 1 000, et des faits de corruption sur l’Affaire 4 000.

Les avocats du Premier ministre ont récupéré les éléments et preuves des différents dossiers mardi, après plus d’un mois de refus. Une audience pré-mise en examen devrait avoir lieu au plus tard le 10 juillet. La défense a demandé un délai.

Assurant qu’il n’a rien fait de répréhensible, Benjamin Netanyahu a soutenu que les médias, l’opposition et la police se livraient à une « chasse aux sorcières » contre lui et a régulièrement parlé d’un procureur général « faible ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...