Affaire Meklat : sur internet, pas de droit à l’oubli
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Mais pour les médias qui ont continué à l'inviter, il y a un droit à l'oubli

Affaire Meklat : sur internet, pas de droit à l’oubli

"Tout le monde avait connaissance de ces tweets... On a été plein à lui demander d'arrêter, et il continuait" mais "je continue à défendre Mehdi car je veux le juger dans la vie," a déclaré Pascale Clark

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah, lors d'une chronique sur Médiapart. (Crédit: capture d'écran YouTube/Médiapart)
Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah, lors d'une chronique sur Médiapart. (Crédit: capture d'écran YouTube/Médiapart)

Avant internet, des journalistes obstinés exhumaient parfois des archives les anciens écrits compromettants de personnalités. Aujourd’hui, tout internaute peut traquer d’anciens tweets que leurs auteurs auraient préféré oublier, comme le montre l’affaire du jeune chroniqueur Mehdi Meklat.

Depuis son passage à « La Grande Librairie » sur France 5 jeudi, une avalanche de tweets dénoncent les milliers de messages haineux, homophobes, antisémites, misogynes ou défendant Ben Laden et Hitler qu’il a publiés pendant plusieurs années, sous le pseudo de Marcelin Deschamps.

Mehdi Meklat, 24 ans, né à Clichy (Hauts-de-Seine), est devenu chroniqueur au Bondy Blog puis sur France Inter, aux Inrocks et sur Arte, avec son ami Badrou, avec qui il a aussi publié deux livres, dont Minute (Seuil, 2017).

Les internautes s’en prennent non seulement à lui mais aussi violemment aux médias qui l’ont accueilli ou soutenu, des Inrocks à Libération et beaucoup attaquent avec violence Pascale Clark, qui avait offert aux « Kids » une chronique dans son émission sur France Inter.

Samedi, Mehdi Meklat a effacé de son compte plus de 40 000 tweets et présenté ses excuses pour ce qui relevait selon lui d’une provocation délibérée, au titre d’un « personnage fictif ».

Mais la Licra a saisi la justice pour ces tweets « d’une radicalité inouïe ». Les médias mis en cause ont condamné ces tweets.

https://twitter.com/jpney/status/832958348198871045

Pascale Clark l’a, elle, défendu sur France Inter mardi arguant qu’il s’agissait d’un « personnage virtuel ».

« Tout le monde avait connaissance de ces tweets, a-t-elle reconnu, cet avatar est une horreur indéfendable. On a été plein à lui demander d’arrêter, et il continuait » mais « je continue à défendre Mehdi car je veux le juger dans la vie », où il est « à l’extrême inverse de ce personnage odieux ».

L’affaire est un nouvel exemple de « marqueur temporel », « ces traces qui resurgissent dans un autre contexte », explique l’analyste Nicolas Vanderbiest, de ReputatioLab.

Un procès antimédia

« Cette tendance s’installe, car maintenant tous les utilisateurs ont accès à ces données et peuvent les chercher facilement, avec quelques mots-clés. »

Les candidats à la présidentielle en font régulièrement fait les frais, souligne-t-il, comme récemment Benoît Hamon pour de vieux tweets privés. Ou encore François Fillon pour d’anciennes déclarations sur l’emploi fictif de Xavière Tibéri.

Pour les tweets de Mehdi Meklat, les internautes ont cherché sur son fil Twitter des mots-clés comme « nazi » ou « Hitler », qui apparaissent en caractères gras dans leurs captures d’écran », a relevé Jérémie Mani.

« Nous laissons des traces partout, dans les forums, sur Facebook, sur Twitter. Toutes ces données sont indexées, ce qui peut déclencher des procès contre des égéries éphémères des réseaux, comme pour cette supportrice des Diables rouges [l’équipe nationale de foot de Belgique] vilipendée pour une photo avec une antilope qu’elle avait tuée… »

« Des ados produisent en ce moment des traces qu’on leur ressortira, a-t-il averti, ce qui peut être une vraie injustice pour ceux qui n’ont pas d’éducation numérique. »

Mélange de thèmes explosifs, l’affaire Meklat provoque depuis cinq jours une flambée de commentaires indignés « allant bien au-delà de ce qu’on appelle la fachosphère », a expliqué Jérémie Mani, patron du site Netino, qui modère les commentaires des sites de nombreux grands journaux.

« Il est rare qu’autant de commentaires aillent dans le même sens : ceux d’extrême droite, ceux qui s’en prennent à des médias considérés comme de gauche, et beaucoup qui ne se revendiquent d’aucun parti et s’étonnent que des médias qui connaissaient ces tweets aient continué à l’inviter. »

En effet plusieurs articles avaient déjà fait état des messages de « Marcelin Deschamps » ces dernières années, comme Les Inrocks en 2012 ou Le Monde en 2016.

« Seuls 15 % des tweets défendent Mehdi Meklat au nom de la liberté d’expression, mais parfois aussi pour défendre Dieudonné, ou pour plaider en faveur du Bondy Blog et contre tout amalgame avec d’autres jeunes de banlieue », souligne-t-il.

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