Allemagne : des millions d’euros contre l’antisémitisme versés sans véritable contrôle
Une enquête parlementaire révèle des propos antisémites tenus par l’une des bénéficiaires et évoque des soupçons de favoritisme politique
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JTA – Le principal parti politique allemand fait l’objet d’une enquête à Berlin pour avoir versé des millions d’euros à des organisations censées lutter contre l’antisémitisme, mais dont l’utilisation des fonds reste opaque. Parmi les bénéficiaires figure notamment un groupe dont la directrice a elle-même été accusée d’avoir tenu des propos antisémites.
La section berlinoise de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de centre-droit à la tête du gouvernement fédéral, fait l’objet d’une enquête parlementaire pour avoir alloué de manière irrégulière 2,6 millions d’euros destinés à la lutte contre l’antisémitisme. Selon la commission chargée de l’enquête, le parti n’aurait pas suffisamment vérifié les organisations bénéficiaires ni contrôlé l’utilisation des fonds.
Fin 2023, peu après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7-Octobre, qui a entraîné une recrudescence des incidents antisémites dans de nombreux pays, le gouvernement allemand avait débloqué des fonds spéciaux pour lutter contre l’antisémitisme.
Parmi les subventions jugées suspectes figure une aide de 390 000 euros accordée à l’Institut Zera, fondé en décembre 2024 par une productrice de musique irano-allemande, Maral Salmassi. Cette dernière a été accusée d’avoir publié des propos antisémites en ligne.
Dans une publication sur X en février 2025, Salmassi a écrit que le milliardaire juif George Soros « est et a toujours été un parasite ». La propagande nazie représentait fréquemment les Juifs comme des parasites. Après que ce message a été révélé par Die Tageszeitung, Salmassi l’a supprimé et a exprimé ses regrets.
Daniel Eliasson, un responsable local du Parti vert, a qualifié cette publication de « déclaration clairement antisémite » dans un journal local.
« En tant que Juif, je trouve tout simplement ridicule que la CDU berlinoise verse à cette personne 390 000 euros censés servir à lutter contre l’antisémitisme », a-t-il déclaré.
Le commissaire berlinois chargé de la lutte contre l’antisémitisme, Sigmount Königsberg, a démissionné du conseil consultatif de l’Institut Zera après la révélation de cette publication.
Salmassi avait également qualifié le philosophe Omri Boehm, le journaliste Peter Beinart et les universitaires Amos Goldberg et Raz Segal, tous critiques virulents d’Israël, de « Juifs symboliques ».
Salmassi est membre de la CDU et siège au conseil local du parti. Selon le magazine Stern, plusieurs autres bénéficiaires de subventions ont également été identifiés comme ayant des liens avec le parti, et certains n’ont aucune expérience vérifiable dans la lutte contre l’antisémitisme. Parmi eux figurent une société immobilière et plusieurs organisations récemment créées.
Les membres du personnel du département de la Culture et de la Cohésion sociale de la CDU, chargé d’attribuer les subventions, ont témoigné vendredi lors d’une audition parlementaire. L’enquête, lancée par le Parti de gauche et les Verts, vise à déterminer si les fonds ont été attribués sur la base de critères flous ou de favoritisme.
Lors de l’audience de vendredi, un témoin a déclaré que « l’expertise et les ressources faisaient défaut » à leur département pour gérer l’importante enveloppe budgétaire débloquée après le 7 octobre, selon le Berliner Morgenpost. La prochaine audience est prévue vendredi.
Seules trois des douze organisations ayant reçu des fonds pour mener des projets au cours de l’exercice 2025 ont répondu aux questions du Tagesspiegel sur la manière dont elles avaient utilisé ou prévoyaient d’utiliser ces fonds.
L’un de ces projets consistait à organiser une exposition consacrée au festival de musique Nova en Israël, cible des attaques du Hamas. Un autre groupe a organisé des concerts, des ateliers et des expositions visant à lutter contre l’antisémitisme dans le milieu musical, tandis qu’un troisième a soutenu des artistes israéliens à Berlin.
Uffa Jensen, directrice adjointe du Centre de recherche sur l’antisémitisme de l’Institut de technologie de Berlin, a déclaré au journal Der Tagesspiegel qu’elle doutait que les 2,6 millions d’euros aient été utilisés de manière efficace.
« Au vu des projets sélectionnés pour bénéficier d’un financement, je doute de l’efficacité de cette initiative et de sa capacité à atteindre les objectifs visés », a-t-elle déclaré.
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