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Alors que la Russie se tourne vers les drones iraniens, Kiev veut solliciter Israël

Le ministre des Affaires étrangères ukrainien Kuleba soumettra une lettre officielle après des mois de refus de Jérusalem d'apporter une aide militaire

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba lors d'une conférence de presse après une rencontre avec son homologue russe pour des pourparlers à Antalya, en Turquie, le 10 mars 2022. (Crédit :  AFP)
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba lors d'une conférence de presse après une rencontre avec son homologue russe pour des pourparlers à Antalya, en Turquie, le 10 mars 2022. (Crédit : AFP)

Vingt-quatre heures après des frappes russes qui ont pris pour cible des infrastructures énergétiques et autres à l’aide de drones « kamikazes » iraniens dans toute l’Ukraine, le ministre des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a indiqué que son pays prévoyait de soumettre une requête officielle à l’État juif, lui demandant une assistance immédiate en matière de défense aérienne.

Une demande qui n’entraînera probablement pas de changement dans la politique appliquée par Israël dans son approche du conflit actuellement en cours.

Depuis les premiers jours de l’invasion, de hauts-responsables ukrainiens réclament à l’État juif la mise à disposition des systèmes de défense antimissiles israéliens – et en particulier le Dôme de fer – dans des discours publics et dans des conversations privées avec les décisionnaires à Jérusalem.

L’État juif, pour sa part, a refusé de manière répétée les demandes de Kiev – en particulier en ce qui concerne les systèmes de défense antiaérienne qui sont susceptibles d’être utilisés pour contrer les frappes russes. Jérusalem a toutefois fait part à de nombreuses reprises de sa sympathie face au calvaire vécu par les Ukrainiens.

Jeudi dernier, l’ambassadeur ukrainien en Israël, Yevgen Korniychuk, avait fait part de sa déception face à l’absence de changement de positionnement de l’État juif dans le cadre de la guerre, malgré sept mois de requêtes.

« Ils nous disent qu’ils réfléchissent à cette possibilité – mais Israël est un pays démocratique et la décision a d’ores et déjà été prise par la Défense », a-t-il déclaré.

Épave de ce que Kiev décrit comme un drone iranien Shahed, abattu près de Kupiansk, en Ukraine, le 13 septembre 2022. (Crédit : Direction des communications stratégiques de l’armée ukrainienne via AP)

Le Premier ministre Yair Lapid et Kuleba devraient s’entretenir jeudi au téléphone, selon des informations parues dans les médias israéliens.

Kuleba a ajouté, mardi, qu’il avait suggéré au président ukrainien Volodymyr Zelensky de rompre les liens entre Kiev et l’Iran après l’utilisation de drones Shahed-136, fabriqués au sein de la République islamique, par Moscou lors de ses attaques.

« Compte-tenu des destructions d’infrastructures civiles ukrainiennes qui ont été entraînées par les drones iraniens, des morts et des blessés au sein de notre population, compte-tenu également… du possible approvisionnement par l’Iran de nouveaux armements à la Russie, j’ai fait la proposition au président ukrainien de rompre les liens diplomatiques avec l’Iran », a déclaré Kuleba dans une vidéo postée sur Facebook.

Le Kremlin a indiqué mardi ne pas avoir connaissance d’un usage par ses forces de drones iraniens.

Les pompiers au travail après une frappe au drone sur un immeuble de Kiev, en Ukraine, le 17 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Efrem Lukatsky)

L’Iran a nié avoir exporté des armes à l’une ou l’autre des parties en lice mais les États-Unis ont averti qu’ils pourraient prendre des mesures contre les compagnies et les nations qui travaillent avec Téhéran dans le cadre de son programme de drones, et ce suite aux attaques perpétrées à Kiev.

Le drone Shahed a déjà été utilisé au Yémen et lors d’une attaque meurtrière qui avait visé un pétrolier l’année dernière, explique Behnam Ben Taleblu, chercheur à la Foundation for Defense of Democracies, un think-tank basé à Washington.

Et si sa portée est d’environ 1 000 kilomètres, Samuel Benett, expert en drones au sein d’un autre think-tank, le CNA, précise que le modèle Shahed est utilisé en Ukraine à une bien plus courte portée – son système d’orientation GPS, vulnérable au brouillage, n’étant pas très robuste.

Parce que c’est un drone pas cher et qui a été produit en grande quantité, la Russie utilise le Shahed en Ukraine de manière croissante. Cet usage permet à la Russie d’éviter d’utiliser des avions sophistiqués en mettant les pilotes en péril, en épargnant également le stock limité de missiles de précision onéreux à longue portée de l’armée russe.

Lors des frappes commises dans la capitale de Kiev, lundi, le maire de la ville, Vitali Klitschko, a signalé que 28 drones avaient été déployés dans le cadre d’une vague d’attaques successives. Tirés depuis un lanceur placé sur un camion, se succédant rapidement, les drones peuvent voler à basse altitude et à petite vitesse, ce qui leur permet d’éviter d’être détectés par les radars.

L’ambassadeur ukrainien en Israël, Yevgen Korniychuk, lors d’une déclaration aux médias à Tel Aviv, le 11 mars 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni‎‏/Flash90)

Reuters a par ailleurs fait savoir mardi que Téhéran avait accepté de vendre à Moscou deux modèles de missiles balistiques sol-sol à courte portée, le Fateh 100 et le Zolfaghar.

Les responsables ukrainiens ont pu s’attendre à ce que le positionnement israélien change à plusieurs occasions et notamment après la révélation des crimes de guerre qui ont été commis à Boutcha et à Irpin, et lorsque la Russie a commencé à déployer les drones iraniens.

« L’Iran est notre ennemi mutuel », a déclaré Korniychuk, « mais Israël n’assure avec nous qu’une coopération très limitée en matière de renseignement ».

Le colonel Viktor Kevliuk, qui a pris sa retraite en 2020 du quartier-général opérationnel de l’armée ukrainienne et qui est dorénavant expert au sein du Centre des stratégies de Défense de Kiev, indique au Times of Israel que le système de la Fronde de David, qui s’attaque aux missiles à moyenne portée, pourrait améliorer la défense ukrainienne contre les missiles balistiques Iskander russes.

Il note aussi que le système Barak-8 serait une solution potentielle permettant de défendre les navires et la côte ukrainienne.

Le système Barak-8 – développé conjointement par les Israéliens et par les Indiens – a été créé pour faire face à de nombreuses menaces, notamment les missiles balistiques, les missiles de croisière et les avions ennemis. Il est actuellement utilisé par Israël, par l’Inde et par l’Azerbaïdjan.

Zelensky a indiqué mardi que les frappes israéliennes avaient détruit environ 30 % des centrales électriques du pays en une semaine alors qu’il prenait la parole quelques heures après une nouvelle série d’attaques qui a coupé l’électricité dans presque toutes les villes d’Ukraine.

Les bombardements ont touché des structures énergétiques à Kiev et dans les centres urbains de l’ensemble du territoire, entraînant des pannes et perturbant l’approvisionnement en eau.

Ces frappes qui ont eu lieu aux premières heures de mardi ont touché Kiev, Kharkiv à l’Est, Mykolaiv dans le sud ainsi que les régions centrales de Dnipro et de Zhytomyr, où les hôpitaux ont dû continuer leurs activités à l’aide de groupes électrogènes, selon les responsables.

Zelensky a indiqué que cette nouvelle série de frappes dans tout le pays – qui, a-t-il précisé, ont endommagé un immeuble résidentiel et un marché aux fleurs à Mykolaiv — était une tentative de la part des Russes visant à « terroriser et à tuer des civils ».

L’AFP a contribué à la rédaction de cet article.

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