Amir Peretz : Yair Netanyahu plus dangereux qu’Yigal Amir, l’assassin de Rabin
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Amir Peretz : Yair Netanyahu plus dangereux qu’Yigal Amir, l’assassin de Rabin

Lors d'un rassemblement à Tel Aviv, le chef Travailliste a condamné le fils du Premier ministre qui a prétendu que Rabin avait "assassiné des survivants de la Shoah"

Le chef Travailliste Amir Peretz lors d'un rassemblement à Tel Aviv, en souvenir du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin, attaqué par Yair Netanyahu sur Twitter, le 7 septembre 2019 ( Autorisation)
Le chef Travailliste Amir Peretz lors d'un rassemblement à Tel Aviv, en souvenir du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin, attaqué par Yair Netanyahu sur Twitter, le 7 septembre 2019 ( Autorisation)

Dans une guerre des mots qui est montée d’un cran dans la journée de samedi, le chef du parti Travailliste Amir Peretz a accusé le fils du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Yair, d’être « plus dangereux » dans ses incitations à la violence que ne l’avait été Yigal Amir, l’extrémiste juif qui avait assassiné en 1995 le Premier ministre d’alors, Yitzhak Rabin. Peretz a tenu ces propos dans un communiqué de presse qui a été émis samedi par son porte-parole.

Dans la journée, Peretz avait menacé de porter plainte pour diffamation contre Yair Netanyahu pour des commentaires postés vendredi sur Twitter. Le fils du Premier ministre y affirmait que Rabin avait « assassiné des survivants de la Shoah » et contrevenu à la loi en donnant des conférences rémunérées aux Etats-Unis pendant son mandat.

« En tant que responsable de l’héritage de Rabin, en tant que son successeur, je ne permettrais ni la calomnie, ni la souillure de la réputation d’un homme qui a été un héros israélien dans la guerre et dans la paix », a écrit Peretz samedi.

S’exprimant lors d’un rassemblement organisé samedi soir à Tel Aviv, Peretz a fait le lien entre les écrits de Yair Netanyahu et la responsabilité de son père, 24 ans auparavant, dans la création de l’atmosphère lourde d’incitations à la violence qui s’était emparée de l’espace public avant le meurtre.

Benjamin Netanyahu est depuis longtemps accusé d’avoir tenu un rôle dans ces incitations, ce que le Premier ministre rejette régulièrement, affirmant pour sa part que ces allégations relèvent d’une forme « d’assassinat politique ».

Yair Netanyahu, fils du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Flash90)

« La famille Netanyahu n’est jamais descendue du balcon : C’est Yair qui a les doigts sur le clavier mais la voix qui s’exprime est celle de Netanyahu », a indiqué Peretz samedi.

Il faisait référence ici à un rassemblement politique de droite qui avait été organisé en 1995 à Jérusalem et auquel Netanyahu – qui était alors chef de l’opposition – avait assisté depuis un balcon surplombant les manifestants qui, pour certains, avaient qualifié Rabin de « traître », « d’assassin » et de « nazi » en raison de la signature d’un accord de paix avec les Palestiniens, plus tôt cette année-là.

Netanyahu avait également pris part à un mouvement de protestation organisé à Raanana, où les personnes présentes derrière lui avaient transporté un faux cercueil.

Rabin avait été assassiné le 4 novembre 1995 par Amir, opposant aux accords d’Oslo et à la restitution du contrôle aux Palestiniens de certaines parties de la Cisjordanie, ce qui avait été convenu dans le contexte de l’accord de paix historique.

Le chef du parti Travailliste Amir Peretz à la tête d’un rassemblement à Tel Aviv en mémoire du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin après les attaques de Yair Netanyahu (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)

« Le meurtrier n’avait pas agi seul », a déclaré Peretz, samedi soir, devant une assistance composée de centaines de personnes réunies sur la place Rabin de Tel Aviv.

« Il y avait derrière lui un appareil d’incitations et de délégitimation immense, habité par la haine… Et derrière lui également, des politiciens, avec parmi eux le chef de l’opposition, qui avait défilé à Raanana avec un cercueil derrière lui et qui était resté sur un balcon de la place Sion, à Jérusalem, lorsque, exhibées sous lui, des affiches avaient présenté Rabin habillé d’un uniforme nazi », a dit Peretz, se référant à Netanyahu.

Dans le communiqué émis par son porte-parole, le dirigeant du parti Travailliste clame que « Je le dis ici et maintenant : Yair Netanyahu est plus dangereux qu’Yigal Amir. Yigal Amir n’assassinera plus personne. Mais un grand nombre de personnes [qui lui ressemblent] lisent les publications écrites par le fils sur Twitter en écoutant minutieusement les réserves exprimées par leur leader, le père. Et ils comprennent ce qu’ils ont à faire ».

Dans son discours, Peretz a aussi demandé au procureur-général de passer à l’action – ce qu’avait fait aussi le fils de Rabin sur Twitter dans la journée.

« C’est votre responsabilité. Les bouteilles de champagne et les cigares m’intéressent moins », a-t-il écrit en référence aux comportements présumés de Netanyahu évoqués dans le cadre des accusations de corruption contre le Premier ministre.

« Je m’intéresse davantage à prévenir un prochain meurtre », a-t-il ajouté.

Les Israéliens allument des bougies sur la place Rabin de Tel Aviv pour dénoncer les propos tenus par Yair Netanyahu qui a clamé que Rabin avait « assassiné des survivants de la Shoah sur l’Altalena », le 7 septembre 2019 (Crédit :Tomer Neuberg/FLASH90)

S’adressant une nouvelle fois au procureur-général, Peretz a expliqué que « vous seul êtes en mesure de mettre un terme à cette démence. La police israélienne et le Shin Bet doivent agir pour mettre un terme à ces incitations dangereuses qui portent préjudice à tous, en Israël, et qui préparent le terrain pour un prochain meurtre ».

Samedi dans la matinée, Yuval Rabin, le fils de Yitzhak Rabin, avait estimé que le tweet écrit par Yair Netanyahu disant que Rabin avait « assassiné des survivants de la Shoah sur l’Altalena » était une « continuation directe » du célèbre poster présentant Rabin en uniforme SS.

Samedi, Yuval Rabin a ainsi publié sur Twitter une courte vidéo du Premier ministre lui parlant au cours d’un discours prononcé en 2017 à la Knesset, où le chef de gouvernement exprime son chagrin et sa compréhension face aux incitations qui avaient entraîné la mort de son père.

« Vous pouvez être surpris, Yuval, mais je comprends votre douleur dans cette vague de calomnies, de diffamation contre votre père », lui avait alors dit Netanyahu.

Yuval Rabin,fils de feu le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, parle lors d’un service marquant les 22 ans depuis son assassinat, qui s’est tenu sur le mont Herzl de Jérusalem, le 1er novembre 2017 (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)

Dans le tweet, Rabin écrit que « Je ne l’avais pas cru. Et déterminer aujourd’hui que Rabin a assassiné des survivants de la Shoah est une continuation directe de la représentation de Rabin dans un uniforme SS », semblant lier les propos de Yair Netanyahu avec ceux de son père.

« Ne me dites pas que vous n’avez rien vu », ajoute Rabin en s’adressant à ses abonnés. « Peut-être que cette fois, le procureur-général passera à l’action contre ceux qui se livrent à des incitations ? »

Pour sa part, le Premier ministre a émis un court communiqué samedi soir, disant : « Je ne suis pas d’accord avec les déclarations faites par mon fils Yair au sujet d’Yitzhak Rabin. Ses propos n’engagent que lui-même ».

La publication de Yair Netanyahu sur Twitter était venue répondre à un tweet écrit par la députée du Camp démocratique, Stav Shaffir, qui, dans le cadre d’une discussion en cours, avait publié un tweet distinct au journaliste Kalman Liebskind, lui disant qu’il ne fallait pas comparer Rabin et Benjamin Netanyahu.

« Rabin a courageusement dirigé le pays vers un accord de paix. Bibi est accusé de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance », avait écrit Shaffir, utilisant le surnom de Benjamin Netanyahu.

« Avec Rabin, tout s’est terminé par trois balles. Netanyahu, pour sa part, fuit trois inculpations. Croyez-moi, il ne vaut mieux pas les comparer », avait ajouté Shaffir.

Dans sa réponse à Shaffir, Yair Netanyahu avait riposté que « Rabin a contrevenu à la loi en faisant des conférences en Amérique alors qu’il était fonctionnaire, gagnant une fortune ».

Il se référait apparemment au scandale qui avait éclaboussé Rabin et son épouse et qui avait entraîné sa démission du poste de Premier ministre, en 1977. Le couple possédait des comptes en banque aux Etats-Unis qu’il utilisait lorsque Rabin était ambassadeur israélien à Washington, des comptes qui n’avaient pas été fermés lorsque la famille était retournée en Israël. Il avait ainsi reçu prétendument 900 000 dollars pour des conférences qu’il avait données pendant ses cinq années au poste.

« Il a assassiné des survivants de la Shoah sur l’Altalena, », avait également écrit Yair Netanyahu, se référant à l’affaire éponyme, un incident survenu pendant la guerre de l’Indépendance israélienne, lorsque l’armée naissante – avec notamment les troupes placées sous le commandement de Rabin – avait affronté le groupe paramilitaire à Tel Aviv. Seize membres du groupe et trois soldats israéliens avaient été tués.

« C’est Rabin qui a fait venir ici Arafat et des dizaines de milliers de terroristes depuis Tunis et qui a causé la mort de 2 000 Israéliens », a-t-il continué. Yasser Arafat se trouvait à Tunis avant les négociations de paix avec Rabin.

Le président Clinton invite le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, (gauche) et le chef de l’OLP Yasser Arafat à se serrer la main dans la Chambre Est de la Maison Blanche, le jeudi 28 septembre 1995. Le président égyptien Hosni Mubarak est derrière Arafat. (AP Photo/Doug Mills)

« Dites-moi, comment vont vos amis pédophiles ? », avait-il alors demandé sous forme de conclusion – se référant à Ehud Barak, membre du Camp démocratique de Shaffir qui était lié au financier américain Jeffrey Epstein.

Shaffir était membre du parti Travailliste avant de rejoindre le Camp démocratique.

« Nous condamnons avec fermeté les commentaires scandaleux de Yair Netanyahu à l’encontre de feu le Premier ministre Yitzhak Rabin . Que peut-on attendre de lui toutefois, alors que son père se tenait sur le balcon de la place Sion, à la tête d’une campagne d’incitations ? », a dit le parti Travailliste dans un communiqué conjoint avec le mouvement Gesher, avec lequel il a passé une alliance en amont du scrutin du 17 septembre.

Yair Netanyahu est un activiste de la droite israélienne sur les réseaux sociaux. Il a, dans le passé, pris la défense de son père et entraîné des controverses de manière répétée avec des déclarations incendiaires en ligne.

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