Ankara « stupéfaite » après des accusations iraniennes sur un trafic de pétrole avec l’EI
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Ankara « stupéfaite » après des accusations iraniennes sur un trafic de pétrole avec l’EI

La destruction le 24 novembre d'un bombardier russe par l'aviation turque à la frontière syrienne a déclenché une grave crise dans les relations entre Ankara et Moscou

Le président turc Recep Tayyip Erdogan en avril 2015 (Crédit :  AFP PHOTO / DANIEL MIHAILESCU)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan en avril 2015 (Crédit : AFP PHOTO / DANIEL MIHAILESCU)

Ankara a exprimé dimanche sa « stupéfaction » après des accusations iraniennes sur l’implication de la Turquie dans un trafic de pétrole avec des jihadistes en Syrie et en Irak.

Il n’y a rien de « sérieux » dans ces accusations, a déclaré dans un communiqué le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Tanju Bilgic.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré jeudi avoir mis en garde son homologue iranien, Hassan Rouhani, après des publications dans certains médias iraniens accusant M. Erdogan et sa famille d’être impliqués avec des membres de l’EI dans un trafic de pétrole.

Erdogan a déclaré avoir eu un entretien téléphonique avec M. Rouhani au cours duquel il lui a dit :  » Vous allez payer le prix fort si cela continue comme cela ». Le président turc a ajouté que les Iraniens avaient ensuite effacé ces publications de leurs sites web.

Le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères a confirmé la conversation téléphonique entre les deux présidents, ajoutant que toute tentative de présenter le contenu de cet entretien autrement serait « non seulement immorale mais reviendrait également à cacher la vérité au peuple iranien voisin ».

En réponse au président Erdogan, le ministère iranien des Affaires étrangères a appelé vendredi « à une politesse réciproque et au respect dans les relations », selon des médias iraniens.

« Le maintien d’une politique et de (certaines) positions, voulues ou pas, ont conduit au soutien du terrorisme en Syrie et en Irak, et ont aggravé la crise actuelle dans la région et accru les problèmes pour les pays qui mènent ces politiques là », a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Hossein Jaber-Ansari, selon l’agence iranienne IRNA.

L’Iran « a le devoir de réduire les tensions » actuelles entre la Russie et la Turquie, a déclaré Ali Akbar Velayati, conseiller diplomatique du guide suprême Ali Khamenei, cité dimanche par l’agence officielle Irna.

« Nous ne devrions pas prendre parti et nous avons le devoir de réduire les tensions entre ces deux pays » voisins de l’Iran, a déclaré M. Velayati. Selon lui, « il n’est pas bon d’avoir de nouvelles tensions venant s’ajouter à celles déjà existantes dans la région ».

L’Iran chiite soutient militairement le régime syrien et qualifie de « terroristes » tous les groupes armés syriens.

L’Iran, tout comme la Russie qui mène des frappes contre les groupes armés syriens depuis fin septembre, affirme également que seuls les Syriens peuvent décider du sort du président Assad.

La Russie accuse depuis plusieurs jours la Turquie de tirer profit de la contrebande d’or noir en provenance des jihadistes, allant même jusqu’à porter des accusations qui visent directement le président Recep Tayyip Erdogan et sa famille.

La poussée de fièvre sur ce sujet alimente la tempête diplomatique entre les deux pays, née le 24 novembre lorsque l’aviation turque a abattu un bombardier russe à sa frontière syrienne.

La diplomatie américaine avait démenti mercredi les accusations russes visant sans « aucune preuve » le président turc et sa famille.

Certes, ont reconnu des responsables américains vendredi, de petites quantités de pétrole passent la frontière turco-syrienne dans des camions-citernes, mais pas dans des proportions qui peuvent intéresser aux plus hauts niveaux de l’Etat.

La contrebande pétrolière représente l’une des principales sources de financement de l’organisation ultra-radicale, qui en tire, selon des estimations, 1,5 million de dollars de revenus par jour.

La Turquie, qui soutient les rebelles qui combattent le régime Assad, a rejoint la coalition dirigée par les Etats-Unis contre l’EI.

A Ankara, M. Bilgic a déclaré que son pays « ne prenait pas au sérieux les accusations de terrorisme lancées par certains pays conduisant ainsi à une escalade de la crise en coopération avec le régime de Damas », faisant allusion à la Russie et à l’Iran.

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