Antisémitisme: Des partis entre République et Ménilmontant, « ambiguité » de LFI
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Antisémitisme: Des partis entre République et Ménilmontant, « ambiguité » de LFI

18 membres du gouvernement défileront à République; NPA, Parti des indigènes de la République, Solidarité Palestine, Comité Adama, et l'UJFP manifesteront à Ménilmontant

Jean-Luc Mélenchon pendant une manifestation contre la réforme du droit du travail, à Paris, le 23 septembre 2017. (Crédit : Geoffroy Van Der Hasselt/AFP)
Jean-Luc Mélenchon pendant une manifestation contre la réforme du droit du travail, à Paris, le 23 septembre 2017. (Crédit : Geoffroy Van Der Hasselt/AFP)

La France insoumise (LFI) se retrouve au centre d’une polémique pour son « ambiguïté » présumée vis-à-vis de l’antisémitisme, alors que la manifestation de mardi à laquelle pourrait participer Jean-Luc Mélenchon s’annonce tendue, près d’un an après son départ forcé de la marche pour Mireille Knoll.

Des membres du gouvernement ont vilipendé la réaction de Mélenchon, qui s’est récemment rapproché de Jeremy Corbyn (chef du Labour britannique, duquel 7 élus ont fait défection lundi pour protester contre l’antisémitisme au sein du parti travailliste) aux insultes proférées par des « gilets jaunes » samedi à l’encontre du philosophe conservateur, Alain Finkielkraut.

Le patron des députés LFI avait tweeté dimanche : « Conscient de l’instrumentalisation de l’antisémitisme, je crois aussi qu’il ne faut jamais laisser passer le racisme. Autour de Finkielkraut, il y avait aussi des ‘gilets jaunes’ qui voulaient le défendre et s’opposer à l’attaque. Je suis avec eux ».

Pour Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, le leader de la France insoumise « ne condamne pas » les attaques contre le philosophe. « C’est un naufrage, Jean-Luc Mélenchon », a-t-elle lancé, rappelant qu’il « a été républicain, il a été ministre, sénateur, élu européen ».

De quoi susciter en retour l’ire de Jean-Luc Mélenchon sur Twitter, lundi : « Agnès Buzyn, au nom du gouvernement contre la France Insoumise, montre que pour les macronistes la lutte contre l’antisémitisme n’est pas sincère. Juste un prétexte politicien pour régler des comptes », a dénoncé sur Twitter Jean-Luc Mélenchon.

Gabriel Attal, ex-porte-parole de la République en Marche, et député des Hauts-de-Seine, aujourd’hui secrétaire d’Etat du gouvernement Philippe. (Capture d’écran Twitter)

Le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation, Gabriel Attal, a déclaré : « Je vois Jean-Luc Mélenchon parler d’’instrumentalisation de l’antisémitisme’. C’est une ambiguïté malsaine. On attend de lui qu’il condamne, point barre, pas qu’il relativise et fasse de la théorie du complot ».

Les critiques viennent aussi d’autres formations. La tête de liste EELV, Yannick Jadot, s’est notamment dit « stupéfait, choqué, outré, d’entendre des responsables politiques qui finalement minimisent les actes d’antisémitisme ».

La Licra a pour sa part visé les propos de Thomas Guénolé, coresponsable de l’École de formation de LFI, les comparant avec ceux de la « presse d’extrême droite en 1936 ». Le politologue insoumis avait tweeté, dimanche : « Cela fait des années qu’Alain Finkielkraut répand la haine en France. Contre les jeunes de banlieue. Contre les musulmans. Contre l’Éducation nationale, etc. L’insulter, comme insulter quiconque, est condamnable. Mais le plaindre, certainement pas. »

« Ils ne l’ont pas insulté en le traitant de réactionnaire mais comme juif. Ça ne fait jamais tilt? Relativiser c’est déjà accepter ! #çasuffit », a rétorqué Olivier Faure, premier secrétaire du PS.

Menaces de mort

Les militants de LFI sont « blessés » par ces controverses, a confié à l’AFP leur directeur des campagnes et numéro 2 sur la liste pour les européennes, Manuel Bompard, qui a clairement condamné dimanche les insultes contre Alain Finkielkraut. « Chez nous, les plus anciens se mobilisent depuis 40 ans contre toute forme de racisme ».

Le siège parisien du mouvement a reçu lundi deux appels de menaces de mort, a-t-il rapporté. Le responsable se dit en outre inquiet pour les manifestations de mardi contre l’antisémitisme, dans ce climat et après le précédent de mars 2018, lorsque Jean-Luc Mélenchon avait été contraint à quitter précipitamment la marche blanche pour Mireille Knoll. Craignant que des groupuscules s’organisent pour les exclure, les Insoumis ne confirmeront leur participation qu’au tout dernier moment.

LFI s’est plusieurs fois débattue avec des accusations de complaisance et d’ambiguïté vis-à-vis de l’antisémitisme au nom de la défense des banlieues. En novembre 2017, la députée Danièle Obono, militante antiraciste très active, avait défendu sa « camarade » Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des indigènes de la République (PIR) et régulièrement accusée d’antisémitisme. « Les juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe », déclarait Houria Bouteldja en 2015. Face au tollé, Mme Obono avait dû préciser qu’elle était en « profond désaccord » avec le PIR.

Houria Bouteldja, du parti des Indigènes de la République (Crédit: Wikimedia Commons/Claude Truong-Ngoc)

« A la France insoumise, il y a quelque chose qui pose problème », a jugé auprès de l’AFP le directeur de l’Observatoire des radicalités Jean-Yves Camus. « Pas les convictions individuelles de Jean-Luc Mélenchon ou celles de dirigeants comme Manuel Bompard, François Ruffin, mais ce refus idéologique de considérer que certaines formes d’anti-sionisme mènent à l’antisémitisme ».

Au moins 18 membres du gouvernement défileront mardi aux côtés des formations politiques contre l’antisémitisme, soit près de la moitié du gouvernement, selon un décompte gouvernemental provisoire transmis lundi à l’AFP.

Dix ministres ont confirmé leur présence: François de Rugy (Transition Écologique), Jean-Michel Blanquer (Éducation), Agnès Buzyn (Solidarités et Santé), Jacqueline Gourault (Territoires), Frédérique Vidal (Enseignement supérieur), Franck Riester (Culture), Didier Guillaume (Agriculture), Marc Fesneau (Relations avec le Parlement), Élisabeth Borne (Transition écologique), Nathalie Loiseau (Affaires européennes), selon ce pointage interne au gouvernement.

Huit secrétaires d’État prévoient également d’être présents: Brune Poirson et Emmanuelle Wargon (Transition écologique), Christelle Dubos (Solidarités et Santé), Sophie Cluzel (Personnes handicapées), Agnès Pannier-Runacher (Économie et Finances), Julien Denormandie, Gabriel Attal (Jeunesse) et le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

Le président de la République Emmanuel Macron ne participera pas au rassemblement organisé à Paris, a fait savoir l’Élysée. Quant au Premier ministre Édouard Philippe, qui s’est affiché en pointe dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Matignon n’avait pas répondu lundi en début de soirée quant à sa présence à la marche.

Le NPA, pro-palestinien, appelle dans un communiqué à combattre « l’antisémitisme et tous les racismes », et à refuser « toutes les récupérations », raison pour laquelle il se joindra à un rassemblement « contre l’antisémitisme et contre son instrumentalisation », mardi soir au métro Ménilmontant (Paris XXe).

Dénonçant la « recrudescence des actes antisémites » et les « paroles nauséabondes et clairement antisémites » adressées au philosophe Alain Finkielkraut ce week-end, le NPA estime que pour combattre cette haine « réellement, il est indispensable de ne pas avoir l’indignation à géométrie variable et la récupération facile ».

Il récuse ainsi ceux qui « délivr(ent) des brevets d’antiracisme, alors même qu’ils pratiquent des politiques inhumaines à l’égard des migrants », et ceux qui « se servent des insultes contre Finkielkraut pour salir tout un mouvement social, celui des ‘gilets jaunes’… ».

« C’est parce que la lutte contre l’antisémitisme est une chose trop importante pour être laissée aux opérations de récupération diverses et variées que nous n’associons pas nos voix à celles de ces pompiers pyromanes, aussi hypocrites que dangereux », explique le parti d’extrême gauche.

Le NPA se joindra par conséquent au rassemblement « contre les actes antisémites, contre leur instrumentalisation, pour le combat contre le racisme sous toutes ses formes », organisé à Ménilmontant mardi à 19H00, et non au rassemblement contre l’antisémitisme à l’appel de nombreux partis, place de la République.

Le Parti des indigènes de la République (PIR), Solidarité Palestine, le Comité Adama, l’Union juive française pour la paix (UJFP) ont notamment annoncé leur participation au rassemblement de Ménilmontant.

La dirigeante du Front national (aujourd’hui Rassemblement National) Marine Le Pen assiste au congrès annuel du parti d’extrême droite dans la ville française de Lille le 10 mars 2018. (AFP Photo/Philippe Huguen)

Le Rassemblement national (RN), de son côté, ne défilera pas mardi aux côtés des formations politiques contre l’antisémitisme mais rendra un hommage séparé aux victimes des actes antisémites, a annoncé lundi le parti d’extrême droite dans un communiqué.

Le RN (ex-FN) explique qu’il « n’entend pas défiler aux côtés de formations et de dirigeants politiques qui soit n’ont rien fait depuis trente ans contre l’implantation des réseaux islamistes dans les quartiers, soit les ont encouragés, soit même entretiennent à leur égard un double langage irresponsable et criminel ». « C’est donc en dehors de cette manifestation-instrumentalisation que les élus du Rassemblement national et (la présidente) Marine Le Pen rendront hommage aux victimes des actes antisémites en prenant l’initiative de gestes à haute portée symbolique », ajoute le parti.

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