Après l’accord, peu d’espoir qu’Israël combatte le réchauffement climatique
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Après l’accord, peu d’espoir qu’Israël combatte le réchauffement climatique

Les écologistes accusent les engagements de Jérusalem d'être en deçà de ceux des autres pays, et qu'ils risquent de ne pas être mis en œuvre

La zone industrielle de Haïfa. Illustration. (Crédit : Avishag Shaar Yashuv/Flash90)
La zone industrielle de Haïfa. Illustration. (Crédit : Avishag Shaar Yashuv/Flash90)

JTA – Pendant le sommet sur le climat de la semaine dernière près de Paris, les 195 pays représentés – dont Israël – se sont engagés à mettre en œuvre des plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre et à améliorer leurs objectifs tous les cinq ans.
 
L’objectif : Limiter le réchauffement de la planète à de 1,5 degrés Celsius d’ici la fin du 21e siècle.

« Cela exige une discipline internationale, ce qui n’est pas facile, mais pour le bien de l’humanité, j’espère qu’on y parviendra, » a déclaré dimanche lors de la reunion du cabinet le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui avait pris la parole à la conférence COP21 sur le climat. « Nous allons certainement y parvenir dans l’Etat d’Israël. »

Mais l’accord historique laisse beaucoup à désirer, selon de nombreux militants climatiques, experts et représentants du gouvernement israéliens. Ils soulignent que le plan d’Israël pour aider à réduire le réchauffement climatique est en deçà de ce que les autres pays ont promis de faire. Et certains Israéliens ont exprimé des doutes que le plan sera même mis en œuvre – Israël ne fera pas face à des répercussions concrètes s’il ne parvient pas à atteindre ses objectifs au-delà d’une exclusion de la suite de l’accord.

Pourtant, des écologistes israéliens affirment que les engagements pris par Israël en vertu de l’accord sont une première étape bienvenue.

Ils espèrent que la proposition d’Israël va encourager le gouvernement à faire de l’énergie propre une priorité nationale. Et ils espèrent que l’accord va créer une poussée mondiale pour davantage d’entreprises afin de faire émerger plus de produits respectueux de l’environnement.

« Les écologistes devraient faire la fête parce que le gouvernement a fait sa déclaration la plus ambitieuse jusqu’à présent », a dit Alon Tal, fondateur de l’Union israélienne pour la défense de l’environnement. « Maintenant nous allons suivre de près ce qui va être fait »

Israël, avec environ 0,1 % de la population mondiale, contribue à environ 0,2 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le plan d’Israël s’engage, d’ici 2030, à maintenir les émissions de gaz à effet de serre à leur niveau actuel.

Sans la mise en œuvre du plan, auquel il s’est engagé en France, Israël émettrait environ 105,5 tonnes de gaz à effet de serre d’ici 2030. Le plan permettrait de réduire ce nombre à environ 82 tonnes, ce qui est autour de ce qu’Israël a émis cette année. Prenant en compte la croissance de la population, le plan équivaut à une réduction d’environ 26 % des émissions de gaz de serre par habitant.

Les États-Unis, en revanche, ont promis de réduire les émissions d’environ 5,5 milliards de tonnes de carbone en 2015 à moins de 5 milliards d’ici à 2025.

Les États-Unis prévoient de réduire le nombre absolu des émissions de 26 % en dessous du niveau de 2005 – pas par rapport à la croissance de la population. L’Union européenne a promis de réduire ses émissions de 40 % en dessous du niveau de 1990. La Chine a, quant à elle, promis de tirer 20 % de son énergie de sources renouvelables d’ici 2030.

Yosef Abramowitz, un entrepreneur israélien dans le domaine de l’énergie solaire et délégué à la conférence de Paris, a qualifié le plan d’Israël de « scandaleux ».

« Pour une start-up nation, avoir l’un des objectifs solaires les plus bas de la planète trahit nos valeurs et notre potentiel », a dit Abramowitz, qui a appelé les objectifs israéliens « si minimalistes qu’il nous a été difficile de nous rendre à Paris » pour le défendre devant d’autres délégués.

Yossi Abramovitz (avant plan) et ses partenaires au premier champ photovolatïque d'Israël (Crédit : Autorisation de Yosef Abramovitz)
Yossi Abramovitz (avant plan) et ses partenaires au premier champ photovolatïque d’Israël (Crédit : Autorisation de Yosef Abramovitz)

L’initiative d’Israël implique une multiplication par huit des sources d’énergie renouvelables, comme l’énergie solaire et éolienne.

La mise en œuvre de codes de construction plus écologiques pour promouvoir l’efficacité énergétique, le remplacement des centrales de charbon par la combustion du gaz naturel abondant d’Israël et l’investissement dans les transports publics font aussi partie du plan.

La proposition d’Israël appelle le gouvernement à voter sur un plan de mise en œuvre de la proposition dans les 45 jours, même si les ministères débattent encore sur l’adoptation d’une taxe sur le carbone, qui taxerait les émissions de CO2, ou un programme de plafonnement et d’échange, qui limiterait la quantité de gaz à effet de serre que les entreprises pourraient émettre et fournirait des incitations pour les entreprises qui ne dépassent pas le seuil.

Le gouvernement d’Israël a eu un piètre bilan sur ces projets.

Le ministre des Affaires Etrangères et envoyé du président pour la COP21 Laurent Fabius (gauche) montre le marteau officiel de la conférence climatique, pendant que le président Francois Hollande le regarde, après l'adoption d'un accord historique sur le climat, le 12 décembre 2015. Envoys from 195 nations on December 12 (Crédit photo: FRANCOIS GUILLOT / AFP)
Le ministre des Affaires Etrangères et envoyé du président pour la COP21 Laurent Fabius (gauche) montre le marteau officiel de la conférence climatique, pendant que le président Francois Hollande le regarde, après l’adoption d’un accord historique sur le climat, le 12 décembre 2015. Envoys from 195 nations on December 12 (Crédit photo: FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Le gouvernement israélien avait visé que 5 % de l’énergie du pays provienne de sources renouvelables d’ici 2014 et 10 % d’ici 2020. Actuellement, il est à moins de 2 % et il devrait pour manquer l’objectif de 2020 de 2 ou 3 %. Un train à grande vitesse entre Jérusalem et Tel-Aviv dont la construction a commencé en 2001 ne sera pas en service au moins jusqu’en 2017, tandis que les projets de tramway à Jérusalem et Tel-Aviv ont tous deux connu des retards.

« Nous prétendons qu’il y a un énorme potentiel, mais sans régulation et planification stables les investisseurs ne vont pas s’engager », a estimé Gil Proaktor, le principal coordonnateur du ministère de la Protection de l’environnement pour le changement climatique. « Nous avons une décision du gouvernement sur les plans, mais pas sur la mise en œuvre. »

Bien que l’accord signé en France fixe un objectif visant à éviter une hausse de 1,5 degrés Celsius, les analyses montrent que pris ensemble, tous les plans des différents pays conduiraient à une augmentation de température bien supérieure. Et la minuscule taille d’Israël signifie que peu importe ce qu’il fait, il aura un effet minime sur les émissions mondiales.

« Il n’y a pas que le gouvernement israélien », selon Moti Shechter, directeur du Centre de recherche environnementale et de ressources naturelles de l’université de Haïfa.

« Les politiciens font des promesses seulement quand ils n’ont pas le choix, ou quand il y a une catastrophe. Lorsque le danger n’est pas à la porte, ils ne font rien ».

Les écologistes israéliens croient en revanche que le gouvernement a raté une occasion de s’engager pour un avenir plus vert. Le plan d’Israël pour le climat vise que l’énergie solaire fournira 17 % de l’énergie du pays d’ici 2030.

Eli Brif, le chef du département de la protection du climat à Green Course, un groupe environnementaliste israélien, dit qu’un pays qui est surtout un désert ensoleillé peut aller plus loin.

Aucun nouveau champ solaire n’a été approuvé depuis trois ans, fait que les responsables et les experts attribuent à des retards bureaucratiques et à un puissant lobby des combustibles fossiles.

Le champ solaire sur le toît de Knesset fait partie du projet Knesset verte  (Photo:  Autorisation / La Knesset)
Le champ solaire sur le toît de Knesset fait partie du projet Knesset verte (Photo: Autorisation / La Knesset)

« Nous avons le potentiel et la capacité d’utiliser l’énergie solaire sur les bâtiments, les institutions publiques, les granges, les poulaillers et dans les champs solaires », a déclaré Brif. « Cela va dans la bonne direction, mais nous avons besoin de progrès sérieux, pas de pas de bébé. »

Plusieurs militants voient cependant dans l’accord de Paris une lueur d’espoir. La question climatique est maintenant sur l’agenda national – même si les engagements pris par Israël, tels qu’ils les voient, ne sont pas à la hauteur.

« Tout est une question de volonté et de pression politique », a déclaré Yael Cohen-Paran, seule députée israélienne du Mouvement Vert qui a été élue sur la liste d’opposition Union sioniste. « J’espère et je suppose qu’il y aura une pression mondiale. Israël traîne un peu et cela ne dérange personne. Nous avons besoin de crier un peu plus fort ».

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