Après les avertissements américains, l’Iran teste – encore – un nouveau missile
Rechercher

Après les avertissements américains, l’Iran teste – encore – un nouveau missile

Téhéran lance un missile sol-air de courte portée et teste l’administration Trump, qui a menacé de placer sur liste noire ses Gardiens de la Révolution

Un missile Mersad. Illustration. (Crédit : capture d'écran)
Un missile Mersad. Illustration. (Crédit : capture d'écran)

L’Iran aurait testé un autre missile mercredi, quelques jours à peine après une série de mises en garde de l’administration Trump, affirmant qu’il était « mis en garde » pour de précédents tests de missiles balistiques et qu’une réponse militaire à de telles actions était envisagée.

Selon Fox News, un responsable américain a déclaré qu’un missile sol-air, appelé Mersad, avait été tiré mercredi, et qu’il avait atterri à 56 kilomètres de son point de lancement.

Le test a eu lieu le jour même où des responsables américains ont déclaré à Reuters que la Maison Blanche étudiait une proposition qui pourrait appeler à considérer la plus puissante institution militaire et politique iranienne, les Gardiens de la révolution iranienne, comme une organisation terroriste.

La proposition serait l’une de celles qui sont envisagées dans le cadre d’un réexamen général de la politique iranienne des Etats-Unis, dans le cade d’une ligne plus dure contre Téhéran depuis l’arrivée de Trump au pouvoir.

Vendredi, Washington a appliqué des sanctions à une vingtaine d’individus et d’entreprises, du Golfe persique à la Chine, en réponse au test iranien le mois dernier d’un missile balistique d’une portée de 4 000 km, capable de porter une tête nucléaire, ainsi que d’un missile de croisière iranien possédant les mêmes capacités.

Ces tests ont poussé les Etats-Unis à demander d’urgence une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à demander que des sanctions soient à nouveau imposées.

Un missile balistique  longue portée Qadr est lancé depuis la montagne Alborz dans le nord de l'Iran, le 9 mars 2016. (Crédit : Mahmood Hosseini/Tasnim News/AFP))
Un missile balistique longue portée Qadr est lancé depuis la montagne Alborz dans le nord de l’Iran, le 9 mars 2016. (Crédit : Mahmood Hosseini/Tasnim News/AFP))

Trump a déclaré jeudi dernier que « rien n’était exclu » au sujet d’une potentielle réponse militaire, et les républicains du Congrès ont soutenu une approche plus dure. Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale de Trump, a déclaré pendant une conférence de presse la semaine dernière que l’Iran était « officiellement mis en garde » suite aux tests de missile, que la Maison Blanche considère comme une violation d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies interdisant les missiles à capacité nucléaire.

La résolution 2231, adoptée peu après la signature de l’accord nucléaire historique entre l’Iran et les grandes puissances mondiales en juillet 2015, appelle Téhéran à « ne pas entreprendre une activité liée à des missiles balistiques conçus pour pouvoir porter des armes nucléaires, notamment des lancements utilisant ce type de technologie de missile balistique. »

L’Iran affirme que son programme balistique n’entre pas dans le cadre de la résolution car il n’a pas de programme d’armes nucléaires.

Pendant le week-end, le secrétaire américain à la Défense James Mattis a déclaré que l’Iran était « le plus grand état sponsor du terrorisme au monde », tandis que Flynn a prévenu que Washington ne fermerait pas l’œil sur les « actions belliqueuses et hostiles » de Téhéran.

Vendredi, le vice-président américain Mike Pence a prévenu Téhéran de « ne pas tester la résolution » de l’administration Trump.

Ces propos ont entraîné des questions sur la possibilité que les Etats-Unis abandonnent leurs engagements de l’accord nucléaire de 2015, qui a obligé l’Iran à réduire son programme nucléaire en échange d’une levée des sanctions américaines et internationales.

Le président américain  Donald Trump pendant un entretien accordé à Fox News, le 26 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le président américain Donald Trump pendant un entretien accordé à Fox News, le 26 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Trump n’a pas caché le mépris que lui évoque cet accord, et des responsables ont annoncé que les mesures prises vendredi ne seraient pas les dernières.

« L’Iran joue avec le feu. Ils ne réalisent pas à quel point le président Obama a été ‘gentil’ avec eux. Moi si ! », a déclaré Trump sur Twitter le 3 février.

Trump a également affirmé vendredi dernier que l’Iran avait été « enhardi » par l’accord de 2015.

L’Iran, pour sa part, a repoussé les avertissements et réagi avec fureur aux nouvelles sanctions, mettant en place une manifestation de mépris en déployant samedi des missiles pour un exercice des Gardiens de la révolution. Les gardiens ont affirmé que les manœuvres visaient à démontrer leur « préparation complète face à de telles menaces » et aux « sanctions humiliantes » de Washington.

Mardi, le guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei a prévenu les Etats-Unis de ne pas menacer l’Iran avec des sanctions, affirmant que la réponse à l’intimidation de Trump se manifesterait dans les prochains jours.

« Trump dit de le craindre ! Non. La nation iranienne répondra à vos propos avec une manifestation le 10 février », a déclaré Khamenei devant ses officiers militaires à Téhéran mardi. « Ils montreront aux autres quel genre de position prend la nation d’Iran quand elle est menacée », a-t-il ajouté.

L'Ayatollah Ali Khamenei à l'occasion d'un discours à la nation à l'occasion de Noruz, le Nouvel An iranien, à Téhéran, le 20 mars 2014. (Crédit : bureau du Guide suprême/AFP)
L’Ayatollah Ali Khamenei à l’occasion d’un discours à la nation à l’occasion de Noruz, le Nouvel An iranien, à Téhéran, le 20 mars 2014. (Crédit : bureau du Guide suprême/AFP)

Le dirigeant a également ridiculisé l’idée d’être reconnaissant envers l’ancien président Obama, affirmant qu’il était celui qui avait levé des « sanctions paralysantes » sur l’Iran.

« Le nouveau président américain dit que l’Iran devrait remercier Obama ! Pourquoi ?! », a demandé Khamenei sur son site internet. « Devrions-nous le remercier pour [la création] de l’Etat islamique, les guerres en Irak et en Syrie, ou le soutien manifeste à la sédition de 2009 en Iran ? Il a été le président qui a imposé des sanctions paralysantes à la nation iranienne ; bien sûr, il n’a pas réussi ce qu’il souhaitait. Aucun ennemi ne pourra jamais paralyser la nation iranienne. »

Khamenei a également dit aux officiers que Trump avait montré le vrai visage des Etats-Unis.

« Nous remercions ce gentleman… Il a montré le vrai visage de l’Amérique », a déclaré Khamenei.

« Ce que nous disons depuis plus de 30 ans, qu’il existe une corruption sociale, morale, économique et politique dans le système dirigeant les Etats-Unis, ce gentleman est venu et l’a exposé au grand jour pendant et après l’élection. »

Une poignée de hauts responsables militaires iraniens ont également menacé de prendre des mesures militaires, notamment contre Israël, si les Etats-Unis frappaient l’Iran.

Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, a déclaré mardi qu’avec Trump à la Maison Blanche, Téhéran faisait face à « des jours difficiles » sur l’accord nucléaire, dont Trump a indiqué qu’il chercherait la modification.

« Je pense que Trump pourrait essayer de renégocier » l’accord, mais « clairement, ni l’Iran, ni les Européens, ni la communauté internationale, n’accepteront de nouvelles négociations », a déclaré Zarif au journal iranien Ettelaat, pendant un entretien publié mardi.

Trump doit rencontrer Netanyahu la semaine prochaine, et l’Iran devrait être un des sujets les plus importants de leurs discussions.

L’AFP a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...