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Après leur visite du musée palestinien de Washington, des Israéliens se questionnent

Le Musée du peuple palestinien a accueilli un groupe de jeunes Israéliens, sous l'égide de l’Agence juive - une première. La plupart ont peu de contacts avec les Arabes en Israël

Mohammed El-Khatib, un guide du Musée du peuple palestinien, accompagne un groupe d’envoyés de l’Agence juive dans le musée de Washington, D.C., le 22 mars 2023. (Crédit : Ron Kampeas / via la JTA)
Mohammed El-Khatib, un guide du Musée du peuple palestinien, accompagne un groupe d’envoyés de l’Agence juive dans le musée de Washington, D.C., le 22 mars 2023. (Crédit : Ron Kampeas / via la JTA)

WASHINGTON (JTA) — Pour Rotem Yerushalmi, militant professionnel pro-Israël sur les campus, ce qui l’a frappée lors d’une récente visite au Musée du peuple palestinien est l’exposition consacrée aux vêtements de cérémonie de différents villages.

Elle a parcouru le musée et ses références à la Nakba, ce qui signifie « catastrophe » et signe le début de la dispersion des Palestiniens au moment de la guerre d’indépendance d’Israël.

Elle a regardé la photo d’un homme âgé serrant entre ses doigts la clé de la maison que sa famille a abandonnée en raison de la guerre israélo-arabe, cette année-là.

Rien de tout cela ne l’a réellement étonnée.

« Les références à la clé, la Nakba, sont habituelles », affirme Yerushalmi. « Mais les vêtements ! Je ne savais pas qu’ils avaient des tenues différentes selon les régions. »

Yerushalmi a fait partie d’une délégation d’une vingtaine d’Israéliens en poste dans des universités américaines qui ont visité le musée, à la fin du mois dernier.

Il s’agissait de la toute première visite organisée par le musée au profit d’un groupe d’Israéliens.

Comme la plupart des Juifs d’Israël, nombre d’entre eux n’ont eu que relativement peu d’interactions avec les Arabes en Israël et ont appris peu de choses sur la culture et l’histoire palestiniennes à l’école.

Mais dans ce musée de Washington, situé à un petit kilomètre du lieu de travail de Yerushalmi à l’Université Georgetown, ils ont pu avoir un aperçu d’une société qui leur est inaccessible, mais pourtant intimement liée à l’avenir de leur pays.

« C’est important pour les Israéliens de s’attarder un instant sur la perspective palestinienne parce que cela permet d’humaniser les uns et les autres », explique Bshara Nassar, Palestinienne de Bethléem qui a fondé le musée dans une pièce, en 2019.

« A cause de ce mur qui sépare les Palestiniens des Israéliens, il n’y a pas d’endroit pour nous rencontrer. »

Une photo prise montre le Walled-Off Hotel de l’artiste britannique Banksy à Bethléem, en Cisjordanie (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Cette visite est l’idée de Jonathan Kessler, l’ex-responsable des affaires étudiantes de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le lobby pro-israélien. Il dirige désormais Heart of a Nation, qui organise des rencontres entre jeunes Israéliens, Palestiniens et Américains, ce qui marque un tournant par rapport au plaidoyer pro-israélien qu’il défendait ardemment autrefois.

Jonathan Kessler (Autorisation)

« Pour la première fois peut-être de mon vivant, des jeunes des trois sociétés reconnaissent simultanément que leur politique est bloquée et qu’ils aspirent à quelque chose de meilleur », explique-t-il à la Jewish Telegraphic Agency.

À moins qu’ils ne dépassent une forme de « pensée communautaire étroite », il craint que les jeunes Juifs des États-Unis ne « s’éloignent d’Israël, que les jeunes Israéliens ne se détournent de la recherche de la paix avec les Palestiniens et que les jeunes Palestiniens abandonnent l’objectif de coexistence avec Israël ».

Proposer cette visite du musée, dit-il, est un moyen d’y parvenir.

Les responsables de la Jewish Agency for Israel’s Campus Israel, qui ont fait venir les Israéliens à Washington, DC, lui ont suggéré de programmer des visites de musées. Il a par la suite proposé le Musée commémoratif de la Shoah, le Musée national d’histoire afro-américaine et cette petite institution, très confidentielle.

Des manifestants agitent des drapeaux palestiniens lors d’une manifestation marquant la Journée annuelle de la Terre dans la ville arabo-israélienne de Sakhnin, dans le nord du pays, le 30 mars 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli AFP)

Pour certains visiteurs, la visite a eu l’effet escompté par Kessler.

Mohammed El-Khatib, le guide du groupe, a partagé son expérience de réfugié palestinien né au Liban et a raconté la fuite de sa famille de leur village ancestral pendant la guerre d’Indépendance d’Israël.

« Cela nous ouvre l’esprit d’entendre son point de vue, de l’entendre dire qu’il est palestinien, mais qu’il n’est jamais allé en Palestine. Il est né au Liban, mais il s’identifie comme Palestinien », déclare Lielle Ziv, qui travaille à Cleveland Hillel.

« Il a raconté son histoire, pas en termes de bien ou de mal, car la situation n’est pas toute noire ou toute blanche. Nous pouvons avoir raison tous les deux. »

Le musée est niché dans une maison de ville adjacente à une boutique de soins pour animaux, une librairie spécialisée dans le Moyen-Orient et un chocolatier.

Un musée semblable, quoique plus grand, se trouve dans la ville palestinienne de Birzeit, en Cisjordanie. Il s’agit du Musée palestinien, qui se trouve dans un territoire interdit aux Israéliens.

Au musée de Washington, les visiteurs se sont trouvés beaucoup de points communs : un Israélien kurde a ainsi trouvé que le keffieh de l’exposition ressemblait aux coiffes qu’arborent sur les photos les hommes de sa famille, avant de quitter l’Irak pour Israël. El-Khatib a été heureux d’apprendre que le nom arabe d’Hébron, Al Khalil, avait la même signification que le nom hébreu de la ville – un « ami de Dieu ».

Le Musée du peuple palestinien au centre-ville de Washington DC, le 22 mars 2023. (Crédit : Ron Kampeas/via la JTA)

L’un des Israéliens a reconnu un passeport du mandat britannique, qui appartenait à une femme palestinienne. Sa grand-mère en avait un semblable, a-t-il dit.

Pour accueillir le groupe, Quand El-Khatib leur a dit « Marhaba, Shalom », formules de bienvenue les plus formelles en arabe et en hébreu, et le groupe a spontanément répondu par « Ahalan », salutation arabe moins formelle également utilisée par les Israéliens. Cela a fait très plaisir à El-Khatib.

Le groupe a été tout aussi heureux de l’entendre dire quelques phrases d’hébreu avec un parfait accent israélien. Il leur a confié avoir appris ces quelques phrases grâce à un ex-petit ami israélien. Le groupe lui a ensuite demandé des détails sur cet ex-petit ami.

« Sur les campus, nous sommes toujours dans un cadre professionnel », explique Nati Szczupak, directrice du programme Campus Israel Fellows.

« On travaille tous, n’est-ce pas ? Eux sont pro-palestiniens et nous, pro-Israël. C’est très rare de pouvoir parler de choses simples et de vivre des moments du style : ‘Hé, moi aussi j’avais un chapeau comme ça quand j’étais petit’. »

Elle fait référence à l’exposition sur les couvre-chefs palestiniens, qui fait la part belle au fez – ce chapeau marocain traditionnel -, et a arraché un cri de joie à une juive marocaine qui a reconnu le fez de ses ancêtres, qu’elle a porté enfant, et dont il reste une photo.

Un réfugié palestinien avec la clé de son ancienne maison, à la veille du Jour de la Nakba, la « catastrophe » qu’a représenté la création de l’Etat d’Israël, à Ramallah, le 14 mai 2012. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

« La question n’est pas celle des faits », affirme Szczupak.

« Nous connaissons les faits. Qu’en est-il du récit ? Quelle est votre histoire ? Nous ne discutons pas des faits, mais de la façon dont nous les avons vécus. »

Le musée expose des photographies de Palestiniens en Israël, en Cisjordanie et en exil, présentées avec un certain contraste, comme celle d’un petit garçon qui jette des pierres – mêlées à des images du quotidien, comme celle de ces jeunes hommes en train de jouer au football.

Plusieurs photos en noir et blanc de la fin du 19e et du 20e siècle montrent des réjouissances et des scènes de réinstallation dans des camps de réfugiés.

Une vitrine expose de la verrerie, de la poterie et des couvre-chefs palestiniens plus ou moins anciens.

Une exposition temporaire met en avant le travail d’un dessinateur palestinien contemporain, et un mur baptisé « Making their mark » met à l’honneur des Palestiniens célèbres, comme la controversée Rashida Tlaib, députée Démocrate du Michigan, feu Edward Said, critique littéraire et érudit, les sœurs Gigi et Bella Hadid, mannequins et DJ Khaled, producteur de rap. Des figures palestiniennes qui ne portent pas vraiment Israël dans leur coeur.

Le musée n’hésite pas à aborder le conflit israélo-palestinien. La question la plus épineuse du conflit – à savoir la crainte de chaque partie que l’autre veuille la remplacer – se voit dans les cartes du musée : l’une illustre la dispersion des Palestiniens dans la diaspora, et d’autres montrent comment Israël étend son territoire à partir du territoire donné conformément au plan de partition des Nations unies de 1947.

File photo of the vote on the United Nations Partition Plan for Palestine or United Nations General Assembly Resolution 181 on November 29, 1947 (photo credit: Israeli Government Press Office)
Le vote sur le plan de partage des Nations Unies pour la Palestine, encore appelé résolution 181, par l’Assemblée générale des Nations Unies, le 29 novembre 1947. (Crédit : Bureau de presse/dossier du gouvernement israélien)

Devant le musée, alors que les Israéliens attendaient le début de la visite, deux d’entre eux se sont attardés sur l’affiche d’une exposition, « L’art de pleurer », par une artiste palestinienne, Mary Hazboun.

Le dessin de cette mère palestinienne en tenue traditionnelle, portant dans ses bras ses bébés, dessine la carte de l’ensemble d’Israël, de Gaza et de la Cisjordanie et même davantage.

« Les proportions sont intéressantes », dit l’un à l’autre, en hébreu. « Cela inclut non seulement Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza, mais aussi le plateau du Golan et une partie de la Jordanie. »

Ziv confie que cette visite lui donne envie d’ « avoir plus de contacts » avec les Palestiniens. Il est évidemment plus facile d’établir ces contacts à Washington qu’à Tel Aviv ou à Jénine, bastion de groupes terroristes palestiniens.

El-Khatib dit n’avoir jamais rencontré d’Israélien avant de venir s’installer aux États-Unis.

« Quand nous avons des visiteurs palestiniens, ils somnolent rapidement : pour eux, ce qui compte, c’est la scénographie », confie El-Khatib. « Mais quand ce groupe est arrivé, j’ai senti qu’ils étaient très attentifs à chacun de mes mots, ce qui était merveilleux. »

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