Aux USA, le chef de Tsahal met en garde contre l’accord sur le nucléaire iranien
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Aux USA, le chef de Tsahal met en garde contre l’accord sur le nucléaire iranien

Lors de sa rencontre avec son homologue américain, Aviv Kohavi a fait part de l'opposition israélienne à l'accord de 2015, affirmant qu'il ouvrira la voie à la bombe atomique

Le chef d'État-major de l'armée Aviv Kohavi, au centre, à droite, et le président des États-majors américains Mark Milley, au centre, à gauche, devant le département américain de la Défense à Washington, le 21 juin 2021. (Crédit :  Armée israélienne)
Le chef d'État-major de l'armée Aviv Kohavi, au centre, à droite, et le président des États-majors américains Mark Milley, au centre, à gauche, devant le département américain de la Défense à Washington, le 21 juin 2021. (Crédit : Armée israélienne)

Le chef d’état-major israélien Aviv Kohavi a mis en garde les responsables américains contre le projet de l’administration Biden de réintégrer l’accord nucléaire de 2015, cette semaine, lors d’une visite à Washington. Cet avertissement entre dans le cadre d’une ultime initiative de la part d’Israël qui vise à se faire entendre dans le contexte des négociations en cours qui ont lieu entre les États-Unis et l’Iran à Vienne. Il a notamment rencontré, pendant ces deux jours, le président des Chefs d’état-major interarmées Mark Milley et le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin au Pentagone, a indiqué Tsahal.

« Le chef d’état-major a présenté les failles de l’accord nucléaire actuel, des failles qui permettront à l’Iran de faire des progrès significatifs dans les années à venir concernant la quantité et la qualité de ses centrifugeuses et concernant également la quantité et la qualité de son uranium enrichi, et il a souligné le manque de contrôle face à l’éventuel développement d’une arme nucléaire », a noté l’armée dans un communiqué.

La visite de Kohavi aux États-Unis, qui avait été reportée en raison du conflit de Gaza du mois dernier, a eu lieu alors que les discussions indirectes, entre Washington et Téhéran, se sont accélérées, suite à l’élection à la présidence iranienne d’Ebrahim Raissi, un membre de la ligne dure du régime, la semaine dernière.

Le gouvernement israélien actuel, comme le précédent, ont exprimé leur opposition à la réintégration des États-Unis dans l’accord nucléaire de 2015, connu officiellement sous le nom de Plan d’action global conjoint (JCPOA), que l’ancien président américain Donald Trump avait abrogé en 2018 – remettant en place un régime de sanctions écrasant qui a incité l’Iran à abandonner également l’accord un an plus tard.

Le président américain Joe Biden a déclaré à plusieurs reprises son intention de réintégrer l’accord, à condition que Téhéran s’y conforme également. L’administration Biden a déclaré qu’elle prévoyait d’utiliser le JCPOA (Accord de Vienne sur le nucléaire iranien) comme point de départ pour négocier un pacte nucléaire « à plus long-terme et plus solide », bien que les critiques – y compris en Israël – affirment qu’une fois que les États-Unis auront assoupli les sanctions en place à l’encontre de l’Iran et des responsables iraniens lorsqu’ils auront rejoint le JCPOA, Téhéran ne sera plus incité à négocier. 

Plusieurs délégations de responsables israéliens – qui ont compté l’ancien chef du Mossad, Yossi Cohen, et le conseiller à la sécurité nationale, Meir Ben-Shabbat – se sont rendues aux États-Unis ces derniers mois pour tenter de dissuader l’administration Biden de réintégrer l’accord.

L’ambassadeur de l’Iran auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique, AIEA, Kazem Gharib Abadi lors d’une réunion du conseil d’administration de l’instance à son siège de Vienne, en Autriche, le 7 juin 2021. (Crédit : JOE KLAMAR / AFP)

Par le passé, les responsables américains ont déclaré que les préoccupations soulevées par Israël au cours de ces discussions ne changeraient pas les plans de la Maison Blanche.

Peu après l’investiture de Biden en janvier, Kohavi avait fait des vagues en prononçant un discours particulièrement brutal contre la réintégration des États-Unis dans l’accord, qu’il avait qualifié de « mauvais » plan.

Le nouveau gouvernement israélien a déclaré que s’il s’opposait au projet de Biden de réintégrer l’accord, il exprimerait toutefois ses préoccupations à huis-clos.

Kohavi, cependant, a fait part ouvertement de ses critiques.

« Le chef d’état-major a souligné le danger inhérent à une réintégration dans l’accord sur le nucléaire initial et a insisté sur le fait que tout devait être fait pour empêcher l’Iran d’obtenir des capacités nucléaires militaires », a déclaré l’armée israélienne.

Au cours de sa rencontre avec Milley, à laquelle Austin a assisté brièvement, Kohavi a également discuté des efforts expansionnistes de l’Iran au Moyen-Orient et des initiatives déployées par le groupe terroriste du Hezbollah – qui est soutenu par la République islamique – concernant le développement de missiles de précision. Il a aussi évoqué le récent conflit d’Israël dans la bande de Gaza avec le Hamas, a indiqué l’armée.

« L’alliance stratégique et militaire avec les États-Unis représente une facette de la sécurité nationale de l’État d’Israël qui est de la plus haute importance. La coopération entre les armées est un multiplicateur de force et présente un intérêt mutuel croissant ces dernières années. Et nous continuerons à travailler ensemble, contre nos menaces communes au Moyen-Orient », a expliqué Kohavi lors de la réunion.

Les responsables du Pentagone se sont largement abstenus de discuter du contenu de la réunion, un porte-parole se contentant de dire que Milley « a réaffirmé l’attachement des États-Unis aux relations entretenues avec Israël ».

Lors de son voyage de près d’une semaine, le général de division Tal Kalman, qui dirige les efforts de lutte contre l’Iran, ainsi que le général de brigade Amit Saar, à la tête de la division de la recherche du renseignement militaire, et l’attaché de défense d’Israël à Washington, le général de division Yehuda Fuchs, qui doit terminer son mandat sous peu, ont rejoint Kohavi. 

Outre Milley et Austin, la délégation de l’armée israélienne devait rencontrer le Conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan, le chef du Commandement central des États-Unis, Kenneth McKenzie, le chef du Commandement des opérations spéciales des États-Unis, Richard Clark, et d’autres hauts responsables de la Défense américaine.

Kalman, Saar et Fuchs s’entretiendront également individuellement avec d’autres responsables de la Défense américaine, selon l’armée.

Kohavi devait initialement se rendre à Washington à la fin du mois d’avril, mais son voyage avait été annulé en raison des tensions croissantes entre Israël et le groupe terroriste du Hamas dans la bande de Gaza – des tensions qui avaient débouché sur un conflit violent de 11 jours, le mois dernier.

Kohavi devrait également rencontrer des responsables de groupes de réflexion et d’autres personnalités aux États-Unis, dans le cadre des initiatives de relations publiques d’Israël, avant de rentrer au sein de l’État juif vendredi, a indiqué l’armée. Le chef d’état-major adjoint Eyal Zamir a pris les commandes de l’armée israélienne en l’absence de Kohavi. 

Jacob Magid a contribué à cet article.

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