Israël en guerre - Jour 144

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Interview

Avant la sortie de son film, un cinéaste bédouin évoque son frère mort au combat à Gaza

Le cadet de Kaid Abu Latif, Ahmad, est mort au combat pour Israël quelques semaines avant le festival du film de Rahat, leur ville natale

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Kaid Abu Latif (à l'extrême droite) avec sa mère, Mansoura Abu Latif, et son frère cadet, Ahmad Abu Latif, réserviste mort au combat à Gaza le 22 janvier 2024 (Autorisation)
Kaid Abu Latif (à l'extrême droite) avec sa mère, Mansoura Abu Latif, et son frère cadet, Ahmad Abu Latif, réserviste mort au combat à Gaza le 22 janvier 2024 (Autorisation)

Lorsque le film de Kaid Abu Latif « Bedouin Dream » sera projeté, pour la première fois, au Festival du film de Rahat 2024, du 10 au 17 février, la peine sera encore très forte suite à la mort de son frère, le sergent de première classe Ahmad Abu Latif, réserviste bédouin mort au combat le 22 janvier à Gaza.

Le film d’Abu Latif parle de Rahat, à l’occasion du 50e anniversaire de la plus grande ville bédouine, là où ses 10 frères et sœurs et lui-même sont nés, ont grandi et vivent toujours.

« Ça ne sera pas la fête, nous allons juste marquer la date », explique Abu Latif. « Nous ne pouvons même pas prendre le temps de faire notre deuil, nous devons continuer à faire vivre notre communauté. »

Le film d’Abu Latif s’appuie sur des archives de la vie bédouine en Israël collectées depuis des années, notamment à l’université d’Oxford. Le long-métrage offre une sorte de voyage dans le temps pour raconter l’histoire de la ville.

Lors de ce festival, qui en est à sa deuxième édition, une vingtaine de films issus du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient seront projetés au Palais culturel de Rahat, en plus des tables rondes et conférences, dont l’une d’entre elles permettra d’entendre le célèbre réalisateur Avi Nesher et l’acteur arabe israélien Ala Dakka parler de leur film « תמונת הניצחון » [« L’image de la victoire »], ainsi que le réalisateur Shlomi Elkabetz, et d’autres encore aux côtés de personnalités locales.

L’entrée coûte 10 shekels.

« Bedouin Dream » d’Abu Latif sera projeté le samedi 17 février.

Extrait du film de 2023 de Kaid Abu Latif, « Bedouin Dream », présenté pour la toute première fois au Festival du film de Rahat 2024, le 17 février 2024 (Autorisation)

« Le 7 octobre a été un coup dur pour la société bédouine », explique Abou Latif. « C’est une guerre difficile, qui ne fait pas de distinction entre Arabes et Juifs. »

Vingt-et-un Bédouins ont été tués dans l’attaque du Hamas, certains sur leur lieu de travail, dans les fermes des communautés qui ont été attaquées.

Six autres ont été pris en otage et deux d’entre eux ont été libérés fin novembre. Samer al-Talalka est l’un des trois otages tués accidentellement par des soldats israéliens alors qu’ils cherchaient à s’échapper.

Nombre de victimes bédouines de l’attaque étaient originaires de Rahat.

Montage photo des quatre membres de la famille bédouine Ziyadne – le père et trois de ses enfants – originaires des environs de Rahat, dans le sud d’Israël, kidnappés par le Hamas le 7 octobre 2023 et emmenés à Gaza. En haut à gauche, dans le sens des aiguilles d’une montre : Aisha (17 ans), Youssef (53 ans), Bilal (18 ans) et Hamza (23 ans) (Autorisation)

« Cette guerre a frappé la communauté arabe. Enlèvements, guerre, nous avons perdu des amis le 7 octobre », ajoute Abou Latif.

Lorsque son plus jeune frère Ahmad, âgé de 26 ans, a été rappelé dans la réserve, « il n’y a pas réfléchi à deux fois », affirme Abu Latif, « parce qu’il était très clair pour lui qu’il s’agissait d’une guerre contre une organisation qui ne fait pas la différence entre Juifs et Arabes. »

« Il a dit : ‘Oui, je viens’ », se rappelle Abu Latif.

Ahmad Abu Latif était le cadet des 10 frères et sœurs de Kaid Abu Latif, dont lui est l’aîné : ils avaient près de 20 ans d’écart.

« J’ai l’impression d’avoir perdu un fils », lâche Abu Latif, qui vit près de sa famille à Rahat. « Nous vivons tous près de nos parents. »

Son frère, qui faisait partie du mouvement HaNoar HaOved VeHaLomed, un groupe de jeunes israéliens très populaire au sein de la communauté bédouine, était très attaché à son rôle dans la société israélienne en tant que jeune Bédouin.

Ahmad Abu Latif, réserviste bédouin mort au combat à Gaza le 22 janvier 2024, avec sa petite fille, Mansoura (Autorisation)

Avant d’être rappelé dans la réserve, Ahmad avait écrit sur Facebook qu’il était fier d’avoir servi dans l’armée israélienne en qualité de combattant dans l’unité de patrouille bédouine, connue sous le nom d’unité de patrouille du désert.

Il avait écrit sur l’armée, qui lui avait permis de rencontrer des personnes issues de l’ensemble de la société israélienne, qu’il avait invitées à participer à des festins bédouins ou à faire de la musique israélienne, ensemble, au kibboutz Shoval tout proche, pour reprendre des titres de la chanteuse israélienne Yehudit Ravitz.

Abu Latif est l’un des 21 soldats israéliens tués dans l’incident le plus meurtrier de l’opération terrestre à Gaza, lorsqu’un groupe de réservistes a été attaqué à coups de lance-grenades dans le sud de la bande de Gaza, ce qui a déclenché une explosion qui a fait s’effondrer deux bâtiments sur eux.

Agent de sécurité à l’université Ben Gurion du Néguev, il était marié et père d’une petite fille d’un an, Mansoura.

Le deuil ne fait que commencer, confie son frère.

« Tout est très lent, comme pour un bébé qui apprend à marcher », poursuit-il.

A la surprise générale, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rendu visite à la famille Abu Latif en deuil.

Ahmad Abu Latif, réserviste bédouin mort au combat à Gaza le 22 janvier 2024 (Autorisation)

« Un Premier ministre qui gère une guerre ne devrait pas avoir de temps pour nous, mais il a malgré tout rendu hommage à la famille et la mémoire d’Ahmad », confie Abu Latif.

Ce dernier croit en la capacité de Rahat à fédérer les divers pans de la société israélienne : on estime à 5 000 le nombre d’Israéliens juifs qui viennent travailler chaque jour dans les écoles, l’industrie ou la communauté.

A l’instar d’autres natifs de Rahat, Abu Latif a pris part, lorsque la guerre a éclaté, à la « cellule de crise » de Rahat au travers de laquelle Bédouins et Juifs israéliens ont apporté, à titre bénévole, de l’aide à la communauté de Rahat, sous forme de soutien psychologique, de dons ou d’aide aux familles en deuil.

« Les gens venaient de partout : ils voulaient être là », conclut-il. « J’espère qu’ils viendront aussi pour le festival du film, maintenant. »

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