Avec des petites victoires, le pluralisme religieux retrouve son chemin à Jérusalem
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Avec des petites victoires, le pluralisme religieux retrouve son chemin à Jérusalem

Hanan Rubin, un conseiller municipal religieux souhaite que tous les habitants de la ville puissent se sentir chez eux à Jérusalem

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Un Juif ultra-orthodoxe confronté à des travailleurs juifs laïques dans un centre de Jérusalem, le 19 avril 2008 (Crédit : photo par Nati Shohat / Flash90)
Un Juif ultra-orthodoxe confronté à des travailleurs juifs laïques dans un centre de Jérusalem, le 19 avril 2008 (Crédit : photo par Nati Shohat / Flash90)

Dans une petite victoire du pluralisme, la municipalité de Jérusalem a récompensé pour la première fois des groupes juifs non orthodoxes avec une part de ses fonds d’habitude destinés à l’étude de la Torah.

Au cours des années précédentes, les fonds sont toujours allés à cinq grandes institutions orthodoxes, chacune s’engageant à diriger environ 400 heures d’études de la Torah par semaine.

Selon la municipalité, cette année 17 % du budget sera réservé à une sixième institution, le Forum des organisations pour une renaissance juive, une coalition qui inclut des membres de mouvements radicaux et conservateurs à Jérusalem, l’institut Shalom Artman, centre de recherche et de direction et d’autres lieux d’étude.

Le budget total de la municipalité pour l’année 2015 a été approuvé cet été en allouant 500 000 shekels pour des classes d’étude de la Torah, chiffre en baisse comparé au budget précédent qui s’élevait à 1 000 000 shekels.

Bien que ce montant d’études soit modeste, en représentant environ seulement 10 000 shekels pour chaque institution, il s’agit d’une grande réussite.

Et la personne responsable de ce petit mais significatif changement est Hanan Rubin, un ancien professeur, nouvellement nommé conseiller municipal par l’intermédiaire de son parti Hitoreut Yerushalaym (réveil de Jérusalem).

Rubin dirige le comité municipal des bourses, qui est entre autres responsable du budget scolaire. Il est également responsable du budget pour les étudiants, les jeunes et les familles et travaille à temps partiel en tant que consultant dans une société high tech.

« Lorsque les gens pensent à Jérusalem, ils voient deux choses, la première est le lieu de culte saint et la seconde, le conflit, » rapporte Rubin au Times of Israel. « Mais nous affirmons que la diversité de Jérusalem est le plus grand avantage et non pas son plus grand inconvénient ».

« Lorsque j’ai grandi à Rehavia, chaque samedi après midi, je jouais au basket ball au Gan Ha Paamon avec tout un panel de gens, des arabes et des haredim, » se souvient-il, je ne veux pas que mes enfants grandissent dans une bulle avec des personnes identiques à eux.

Tout en comprenant que le montant du budget pour l’étude de la Torah est faible, Rubin affirme que l’aide financière est un symbole important.

Les quatre membres haredim du conseil municipal du comité municipal des bourses ont approuvé le budget et deux des quatorze conseillers haredim pour le conseil municipal de Jérusalem se sont opposés.

Rubin a dit que le passage du budget est le résultat de nombreuses heures avec les jeunes conseillers haredi qu’il juge comme étant plus ouverts à la réalité de Jérusalem comme ville multiculturelle.

Au cours de ces réunions, Rubin a apporté des textes récents étudiés aux diverses institutions pluralistes afin d’illustrer le niveau d’instruction des membres haredim.

Hanan Rubin (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
Hanan Rubin (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Les institutions qui profiteront de ces subventions sont Elul Beith Midrash, fondé par l’ancienne députée de la Knesset, Ruth Calderon ; Hillel Beith Midrash ; le Mouvement Laic, l’Université Syndicale Hébraïque, Hevruta, (un programme d’étude partenaire à l’Université Hébraïque et non les organisations masculines et religieuses homosexuelles) ; Beit Prat, le centre pour diplômés de Jérusalem de l’Ein Prat Midrasha ; l’institut Kerem pour l’éducation juive humaniste ; le centre de leadership pluraliste Shalom Hartman ; le Kolot Beit Midrash et le programme de leadership social Mimizrach Hachemech Beit Midrash.

Rubin croit fermement qu’il y a un renouveau du pluralisme à Jérusalem, il voit la force des jeunes religieux ouverts d’esprit et de jeunes laïcs s’engageant à soustraire le monopole culturel orthodoxe des années passées de l’identité de Jérusalem, – lorsque le maire haredi, Uri Lupolianski, n’accordait que peu de place aux événements culturels.

« Cela montre vraiment une volonté pour toute sorte de différentes approches que quelque chose de nouveau arrive à Jérusalem, » affirme Rubin.

« Cela peut sembler étrange qu’un porteur de kippah, un père consciencieux de six enfants travaillerait sans relâche pour d’assurer que les Laics juifs obtiennent des fonds de la municipalité ou le nouveau café Independence Park au centre de Jérusalem soit ouvert le Shabbat.

Rubin est particulièrement fier de l’ouverture de l’Alma Café. Le café qui à l’origine, était prévu pour faire partie de la succursale populaire du Café Landwer vise à créer un lieu pour les familles laïques pour qu’elles puissent siroter des expressos le samedi matin et jouer dans un parc ombragé.

Mais Badatz, l’organisme en charge de la casheroute dirigé par Eda Haredi, a menacé de retirer le certificat de casheroute de tous les produits Landwer, incluant leur usine de café ouverte le Shabat, rapporte le journal Haaretz.

La société de café Landwer est une entité indépendante des cafés Landwer, bien que fondée par la même famille et dirigée désormais par des parents.

Le propriétaire de la franchise Independence Park est parvenu à obtenir la fermeture le Shabbat en raison de préoccupations qui auraient eu un impact négatif sur la compagnie de café.

Rubin, accompagné d’un certain nombres de conseillers municipaux comme Ofer Berkowitz et de militants de la communauté a négocié un compromis dans lequel le café ne serait plus une partie de la succursale Landwer, mais plus un café indépendant, ainsi le certificat de casheroute de Landwer ne serait pas en jeu.

« Ma femme me disait ‘tu t’es donné tout ce mal pour t’assurer que cela serait ouvert le chabat mais tu ne seras pas en mesure d’en profiter’, » plaisante Rubin. Mais il possède une idéologie qui fait qu’il a besoin d’endroits comme celui-ci à Jérusalem.

« Je ne vois pas le café comme une victoire laïque ou une perte haredie, c’est un symbole d’espoir, » ajoute Rubin. C’est pour cela que la première antenne est ici et que la Gay Pride doit avoir lieu ici. Je ne vais pas au cinéma le samedi mais il est essentiel que des personnes puissent se sentir chez eux. »

Des militants en faveur des commerces ouverts le Shabbat ont gagné une autre victoire cet été.

Un cinéma de la chaîne Yes Planet à Abu Tor, a ouvert ses portes au public au mois d’août.

Le projet de 43 millions de dollars comporte six cinémas mais également des auditoriums pour des spectacles musicaux, des espaces d’art et un café avec vue sur la ville emblématique à partir d’un point de vue privilégié sur la promenade Haas.

Une vue à partir de la Promenade Haas (Crédit : CC BY Yaffa Phillips/Flickr)
Une vue à partir de la Promenade Haas (Crédit : CC BY Yaffa Phillips/Flickr)

Rubin affirme ne pas être client pendant le Shabbat, mais se dit ravi que ces opportunités voient le jour.

« Les gens m’ont surnommé le ‘religieux léger’ ou le ‘religieux tranquille,' » déclare Rubin faisant allusion aux expressions argotiques pour plus de juifs religieux libéraux.

« Je suis un vrai ‘dos’ (juif religieux), je respecte Shabbat et la casheroute. Où est le problème ? Je crois que quelqu’un d’autre peut avoir une perception différente de ce qu’être juif signifie ? »

La quantité de sociétés ouvertes le Shabbat s’adresse à une population laïque de la capitale.

Mais la société israélienne s’est toujours battue avec des courants variés du judaïsme qui ne correspondent pas parfaitement à la case traditionnelle haredie, religieuse nationale ou laïque. C’est pour cette raison que Rubin croit qu’il est essentiel que la municipalité prenne les devants en accordant des subventions bien que faibles à un arc-en-ciel d’initiatives juives.

Le groupe de coordination du Forum Jerusalem pour les organisations juives de la Renaissance, en héreu (Reshut ha Rabim, une expression talmudique qui signifie ‘sphère publique ») inclue 38 organisations pluralistes bien que seulement sept d’entre elles seulement prennent part à la subvention des classes d’étude de la Torah.

Une des raisons pour laquelle les associations se sont regroupées était d’aider à la collecte de fonds et que la plupart des organisations s’adressent aux mêmes donneurs et fondations. Lorsqu’ils veulent des subventions en tant que groupe, il demande à des dirigeants de se concentrer sur le contenu plutôt que sur la collecte de fonds.

Ces organisations prévoient également de planifier des événements ensemble.

il s’agit de la première année où le Fonds de Jérusalem pour les organisations juives de la Renaissance postule pour des subventions de classe d’étude de la Torah, explique Laura Gilinski, qui est la présidente du Forum et la vice-présidente des relations publiques à l’Institut Hartman.

Récemment, elle lisait le journal quand elle a aperçu une publicité appelant à des propositions de subvention pour les classes d’étude de la Torah. Elle affirme l’avoir vue « complètement par hasard ».

« Dans le passé, il y avait une façon déséquilibrée de publier ces choses, et visait à exclure des gens comme moi de voir ces publicités », déclare t’elle.

Elle attribue le mérite à Rubin, de même qu’au conseiller municipal Tamir Nir et au conseiller municipal du quartier Aharon Leibowitz de s’assurer que les groupes pluralistes puissent avoir davantage d’accès à ce type d’information.

Pendant qu’elle remarquait que les sept organisations recevaient très peu d’argent sur une base individuelle ; l’étape significative est que la mairie collecte des fonds pour des organisations pluralistes pour la première fois.

Auparavant, la municipalité encourageait des événements spécifiques mais pas de collecte de fond générale pour les organisations.

« Nous essayons d’avoir un discours qui ne peut ignorer X pour cent de la population de Jérusalem parce qu’ils ne siègent pas dans la catégorie des laïcs ou des Ultra-orthodoxes » affirme Gilinski. « Ce que j’espère c’est que Jérusalem et ses élus comprennent ce que Jérusalem et l’État d’Israël recherchent. »

Le Forum espère faire la demande de subventions supplémentaires de la part de la municipalité pour le budget 2016 qui sera discuté après les congés juifs d’octobre.

Le bénéfice ne sera pas aussi important que les donateurs étrangers ou des fondations, mais Gilinski affirme que l’encouragement de la ville est essentiel pour leur mission.

Une partie du travail du forum est aussi de former les organisations au sujet de ces subventions afin qu’ils puissent exercer leur droit démocratique de pouvoir y prétendre.

Comme le souligne Gilinski, il y a d’autres défis. Les subventions municipales sont une activité à plein temps à finir, ce qui est difficile pour des organisations à but non lucratif.

Certaines de ces subventions, venant de fonds personnels de politiciens, sont vieilles d’une dizaine d’années et ont été écrites avec des exigences spécifiques de sorte qu’il n’y ait véritablement qu’une seule fondation qui puisse remplir ces conditions. Et il y a également un refoulement au sein de la mairie.

« Il y a certainement des lieux au sein de la mairie où les gens ne sont pas satisfaits de nous voir y participer, » déclare Gilinski.

« Mais à une échelle purement démocratique, nous devrions avoir ce genre de choses mais certaines personnes ne pensent pas que notre action soit appropriée. »

Un des lieux où le refoulement est ressenti concerne des membres du conseil municipal haredim qui détiennent 14 des 31 sièges. Mais la plupart des haredim représentent un tiers de la population de la ville, bien que très bien organisés lorsqu’il s’agit de passer à un vote.

Le conseiller municipal haredi Yohanan Weizmann, membre du comité pour les subventions municipales et responsable du budget pour le transport public haredi a voté à contre coeur le budget sur l’éducation en 2015.

« Clairement je voudrais que les budgets de l’éducation aillent aux haredim mais nous devons respecter la loi, » dit-il. Il affirme que bien qu’il ne ‘nage pas dans le bonheur’ au sujet de la déclaration du budget, il reconnaît que les haredim vivent dans le monde réel et que dans le monde, il existe diverses catégories de juifs.

Une yeshiva haredie (Crédit : Nati Shohat/FLASH90)
Une yeshiva haredie (Crédit : Nati Shohat/FLASH90)

Jérusalem a encore un long chemin à parcourir dans sa lutte contre l’intolérance qui ne cesse de diviser la capitale.

Mais Rubin croit que les premiers pas, comme ces quelques milliers de shekels reversés à ces fondations qui n’avaient jamais auparavant obtenu le soutien de la ville, constituent le début d’une étape en pleine croissance.

« J’ai le choix d’apprécier mon Shabbat et vous le vôtre, » déclare Rubin.

« Il est crucial que Jérusalem permette à chacun de se sentir chez soi dans ce lieu qu’ils soient haredi, laïcs, religieux ou autres. »

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