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Avec la coopération Russie-Iran, Zelensky espère qu’Israël aidera l’Ukraine

Dans un entretien avec une chaîne israélienne, le président ukrainien a révélé que l'État juif a finalement accepté de fournir des systèmes de communications avancés

Le président ukrainien s'exprime aves les journalistes d'investigation Ilana Dayan et Itai Anghel à Kiev, un entretien diffusé le 31 octobre 2022. (Crédit :Yaniv Shabtay, Ronen Mayo – Uvda)
Le président ukrainien s'exprime aves les journalistes d'investigation Ilana Dayan et Itai Anghel à Kiev, un entretien diffusé le 31 octobre 2022. (Crédit :Yaniv Shabtay, Ronen Mayo – Uvda)

A l’occasion d’un entretien accordé à une chaîne de télévision israélienne, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fait part de sa frustration et de son exaspération face à la neutralité perçue d’Israël concernant l’offensive russe en Ukraine, et il a laissé entendre qu’un changement possible était en cours après que Jérusalem a finalement accepté de fournir au pays des systèmes avancés de communication.

Dans une longue interview-fleuve qui a été accordée aux journalistes de l’émission d’investigation « Uvda », et qui a été diffusée lundi soir sur la Douzième chaîne, Zelensky a déclaré qu’il ne pouvait pas « comprendre » le positionnement d’Israël ou son refus de livrer des systèmes de défense antiaérienne à l’Ukraine, alors que le pays envahi par la Russie a multiplié les demandes pour de tels systèmes au cours des huit derniers mois et auprès des deux Premiers ministres qui se sont succédés.

Le dirigeant ukrainien a expliqué que la première requête qu’il avait soumise à l’État juif – fin février, alors que la guerre venait de commencer – avait concerné des systèmes radio « parce qu’Israël fabrique des systèmes radio de haute qualité ». Avaient suivi ensuite des demandes d’armes antiaériennes, comme la mise à disposition du Dôme de fer.

L’appel le plus récent lancé par les autorités de Kiev a porté sur des drones développés en Israël après l’utilisation, par la Russie, de drones kamikazes fabriqués en Iran qui se sont abattus dans tout le pays avec des effets dévastateurs.

Zelensky a tenté d’obtenir l’aide de Washington pour que l’administration américaine puisse convaincre Israël d’apporter une aide militaire, même s’il n’est pas entré dans les détails.

« Oui, j’ai demandé », a répondu Zelensky à la question posée par Ilana Dayan et par Itai Anghel qui l’interrogeaient sur une éventuelle demande d’aide auprès des États-Unis, les sollicitant pour qu’ils exercent des pressions sur l’État juif pour le compte de l’Ukraine.

Le président ukrainien a dit à « Uvda » que Jérusalem n’avait accepté de fournir le système radio réclamé qu’à une date récente, sans donner plus de détail.

Le président ukrainien s’exprime aves les journalistes d’investigation Ilana Dayan et Itai Anghel à Kiev, un entretien diffusé le 31 octobre 2022. (Crédit :Yaniv Shabtay, Ronen Mayo – Uvda)

Quand la question du Dôme de fer s’est posée, Zelensky a confié qu’aucun leader israélien ne s’était montré ouvert à la discussion. « J’avais déjà parlé avec trois Premiers ministre israéliens », a-t-il raconté, indiquant qu’il avait déjà soulevé la question avant l’invasion de son pays par la Russie, au début de l’année. « Je ne comprends pas Israël… J’avais eu des réunions et j’avais posé la question à de si nombreuses reprises – je leur avais demandé à tous de nous venir en aide. Il ne s’agit pas seulement de donner de l’argent ou une aide militaire. Il s’agit de choisir le bon côté de l’Histoire », a continué Zelensky.

Tout en offrant une assistance humanitaire, l’État juif a conservé une politique stricte à l’égard de l’Ukraine en se refusant à livrer une aide militaire depuis l’invasion du territoire ukrainien, le 24 février – refusant notamment de fournir des systèmes qui pouvaient aider à intercepter les missiles et les drones russes.

Le raisonnement qui avait motivé cette décision semble avoir été la nécessité stratégique, pour Israël, de conserver sa liberté d’action dans l’espace aérien syrien dans le cadre de ses efforts visant à empêcher l’Iran de s’ancrer à sa porte. A cette fin, l’État juif a mis en place une coopération avec l’armée russe, qui contrôle largement l’espace aérien syrien. Les responsables israéliens ont fait part de surcroît de leur crainte face à la possibilité que leurs technologies militaires avancées ne finissent entre les mains de pays ennemis et ils ont cité des limitations en matière de production et d’approvisionnement en matière d’armements.

Mais l’État juif a aussi exprimé son inquiétude croissante face à la coopération militaire entre la Russie et l’Iran, le Premier ministre Yair Lapid confiant au ministre des Affaires étrangères ukrainien, au début du mois, que cette nouvelle alliance « met le monde entier en danger ».

Zelensky a laissé entendre au cours de l’entretien que l’usage récent, par la Russie, d’armes iraniennes dans le cadre du conflit ukrainien pouvait être un élément déclencheur pour Israël.

« Nous luttons contre une nouvelle alliance importante, celle de la Russie et de l’Iran et j’espère aujourd’hui qu’Israël nous aidera et réagira avec force », a-t-il déclaré, ajoutant que selon des renseignements obtenus par les services ukrainiens et par les services d’autres pays, la Russie a fait l’acquisition d’environ 1 500 drones d’attaque iraniens.

« Peut-être qu’il faut que nous réfléchissions ensemble au nombre de drones qu’ils peuvent utiliser, et pas seulement sur l’Ukraine… », a poursuivi Zelensky, soulignant la menace plus large posée par la Russie et par l’Iran.

Un drone survolant Kiev lors d’une attaque, le 17 octobre 2022. (Crédit : Sergei Supinsky/AFP)

Zelensky s’est exprimé en anglais à ses interlocuteurs au cours d’une émission qui a été, ont affirmé les journalistes, la toute première interview accordée par le leader ukrainien à un média étranger dans une langue autre que l’ukrainien.

« Nous luttons chaque jour contre l’Iran, 400 attaques utilisant des drones iraniens qui ont visé notre peuple, nos civils, nos infrastructures. Nous avons transmis des informations à Israël et nous avons demandé au pays de nous aider, de nous fournir des outils de défense antiaérienne… Nous pouvons nous rejoindre contre ce fléau sur la défense antiaérienne. Les infrastructures ou les institutions militaires israéliennes ont aussi des drones qui peuvent nous servir dans ces attaques, dans cette guerre », a dit Zelensky.

Alors qu’il lui était demandé s’il pouvait affirmer qu’Israël était un pays « partenaire » comme peuvent l’être les États-Unis ou le Royaume-Uni, le président ukrainien n’a pas répondu directement, déclarant que la question était « difficile ».

« C’est dommage que nous n’entretenions pas de relations [pendant cette guerre] comme celles que je peux avoir avec la Pologne, ou avec l’Angleterre, à qui je peux dire chaque jour quel est le problème, sachant qu’ils pourront peut être aider, qu’on pourra en discuter. Je n’arrive pas à comprendre la raison pour laquelle nous n’avons pas ce genre de relation avec Israël », a-t-il indiqué.

La semaine dernière, le leader ukrainien avait noté « une tendance positive » dans les liens unissant Kiev et Israël après que les deux pays ont partagé des renseignements sur l’utilisation, par la Russie, des drones iraniens.

L’Ukraine n’a pas besoin de médiateur

L’Ukraine, a noté Zelensky pendant l’interview, « n’a pas besoin de médiateur – nous avons besoin de partenaires, d’amis », une référence faite à l’ancien Premier ministre Naftali Bennett qui, au mois de mars, avait tenté de servir d’intermédiaire entre Moscou et Kiev.

« Les Russes n’ont pas besoin d’un médiateur, ils ont besoin de quelqu’un qui leur fasse gagner du temps et je pense que c’est très exactement ce qu’ils ont vu en Bennett. Ils l’ont utilisé pour gagner du temps. Il voulait faire la paix, arrêter la guerre, mais il n’a pas réussi. Il a fourni des équipements médicaux et un hôpital de campagne », a expliqué Zelensky, exprimant sa gratitude et disant que Bennett était un homme « jeune » et « plein d’énergie ».

Il a aussi reconnu que l’ex-Premier ministre et d’autres responsables israéliens « ont été furieux contre moi parce que je critiquais Israël en public ».

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett dirige une réunion du cabinet à Jérusalem, le 19 juin 2022. (Crédit : Alex Kolomoisky/POOL)

Mais l’Ukraine n’aurait-elle pas gagné à adopter une approche plus discrète à l’égard de l’État juif en s’abstenant de critiquer le pays pour son manque de soutien ? A cette question, Zelensky a indiqué qu’il y avait eu de nombreuses occasions de dialogue avec l’État juif, – « officiels et officieux, parce que j’avais besoin de résultat » – des dialogues qui avaient été vains.

L’Ukraine a besoin « d’une aide différente », a poursuivi le président ukrainien qui a demandé à Israël d’opter pour un positionnement clair : « Nous avons eu des dons humanitaires mais êtes-vous du côté des Russes ou êtes-vous du côté de l’Ukraine ? Avec tout le respect que je dois à Israël, je vous dis que vous devez faire un choix, vous ne pouvez pas être des médiateurs dans cette guerre ».

Contrairement aux pays qui étaient restés neutres ou indécis face à l’ascension du nazisme en Europe, avant la Seconde Guerre mondiale, « Israël ne peut pas faire partie de ces pays qui restent à l’écart et qui se contentent d’observer l’arrivée de cette nouvelle vague de nazisme qui a commencé à déferler cette année », a-t-il affirmé, en référence à la Russie.

Prendre position

Zelensky a déclaré que s’il comprenait que l’État juif se devait de prendre en compte sa propre sécurité et ses propres intérêts, le problème portait davantage « sur l’attitude à l’égard du président russe Vladimir Poutine, à l’égard de sa politique ».

Pressé par Dayan, Zelensky a reconnu que les agissements d’Israël pouvaient être partiellement en lien avec la crainte du pays face à la Russie et à son président.

Il a dit toutefois être encore perplexe. Zelensky a indiqué à plusieurs reprises dans l’entretien qu’il ne comprenait pas pourquoi Israël, ayant connu la guerre et ayant payé un prix élevé pour son indépendance, n’était pas capable d’adopter un positionnement plus clair et de se tenir fermement aux côtés de l’Ukraine face à l’invasion russe en cours.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, à gauche, et les journalistes Ilana Dayan, à droite, et Itai Anghel, au centre, dans un entretien diffusé le 31 octobre 2022. (Crédit : Yaniv Shabtay, Ronen Mayo – Uvda)

« Je ne comprends pas Israël, je pense qu’un gouvernement et une société ne devraient former qu’un seul corps et je ne comprends pas qu’alors que la société soutient le combat de l’Ukraine pour la liberté et l’indépendance… je ne comprends pas pourquoi dans les cercles politiques, il y a une autre opinion ».

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« Je sais que les Israéliens, la population de votre pays, connaît la guerre, elle a vu beaucoup de mauvaises choses. Nous comprenons cette tragédie, nous ressentons en nous-mêmes ce que les Israéliens ont traversé. Je connais l’Histoire… Je suis venu si souvent en Israël. J’y ai des proches », a-t-il expliqué.

Un bref moment

Aux toutes premières heures de la journée du 24 février, alors que les chars et les militaires russes pénétraient en Ukraine, Zelensky a raconté que la pensée que son pays allait disparaître lui avait traversé l’esprit.

« Cela n’a été qu’un bref moment, quand ils sont arrivés à Kiev, parce que tout le monde parlait de ce convoi russe de plus de 60 kilomètres ».

Zelensky s’est souvenu que le premier appel téléphonique qu’il avait reçu avait été un appel du président américain Joe Biden, « avec un échange chaleureux, entre partenaires ». Biden avait offert d’aider Zelensky et sa famille, menacés de mort par les Russes, à quitter le pays. Le président ukrainien avait alors répondu qu’il avait besoin « de munitions, pas d’un taxi » – une phrase qui est depuis restée célèbre.

Selon Zelensky, l’Ukraine « a déjà gagné la guerre aujourd’hui ». « Maintenant, seul le monde peut encore perdre la guerre, seul le monde peut encore perdre l’Ukraine », a-t-il ajouté.

Si la Russie devait utiliser l’arme nucléaire – comme elle a menacé de le faire – « ce serait une défaite pour le monde qui aurait échoué à transmettre à Poutine un message fort, clair, direct. Ce serait une défaite pour ces pays qui ont voulu jouer les médiateurs. »

En réponse à une question sur d’éventuels compromis qui pourraient être trouvés avec la Russie, Zelensky a répondu – reprenant un positionnement américain – que « je ne fais pas de compromis avec les terroristes ».

« Si nous ne résistons pas, alors vous connaîtrez une autre guerre. Si nous ne sommes pas forts, le monde connaîtra une Troisième Guerre mondiale », a-t-il averti.

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