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Analyse

Avec la finalisation imminente du plan de Trump, le dilemme de Netanyahu devient celui de Smotrich

Alors que le Premier ministre cherche à obtenir des gains à Washington et que Ben Gvir menace de démissionner, le ministre des Finances devra choisir entre rester dans la coalition ou la quitter

Shalom Yerushalmi

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le ministre des Finances Bezalel Smotrich lors d'une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 30 avril 2023. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le ministre des Finances Bezalel Smotrich lors d'une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 30 avril 2023. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)

Le parti d’extrême droite Otzma Yehudit ne pourra en aucun cas accepter la proposition de cessez-le-feu en 21 points dont les détails doivent encore être finalisés par le président américain Donald Trump et par le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de leur rencontre à la Maison Blanche, qui aura lieu lundi.

Le chef du parti – le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir – n’a laissé aucun doute là-dessus, faisant rapidement connaître son positionnement en écrivant sur le réseau social X que Netanyahu n’avait pas le mandat nécessaire pour mettre un terme aux combats sans avoir vaincu le Hamas à Gaza.

Le plan en 21 points, dont le contenu a été révélé pour la toute première fois par le Times of Israel, est une proposition américaine dont l’objectif est de mettre un point final au conflit qui déchire Gaza et de ramener la stabilité dans la région.

Ben Gvir devrait s’opposer à certaines de ses clauses déterminantes : la remise en liberté de 200 prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité, des détenus qui ont presque tous été reconnus coupables d’avoir tué des Israéliens dans des attentats terroristes ; la prévention du déplacement forcé des Palestiniens de Gaza, appelés à émigrer dans des pays tiers (une idée qui avait été lancée par Trump au mois de février et que le gouvernement Netanyahu a ensuite tenté, sans succès, de promouvoir) ; et le retour de l’Autorité palestinienne à la tête de l’enclave palestinienne.

Depuis qu’il a rejoint le gouvernement au mois de mars – il l’avait brièvement quitté en raison de la conclusion d’un accord qui avait entraîné dans son sillage un cessez-le-feu temporaire, selon lui inacceptable, une trêve qui avait permis à certains otages de recouvrer la liberté au mois de janvier – Ben Gvir n’a jamais été aussi proche de le quitter à nouveau. Dans l’hypothèse, bien entendu, où un accord serait effectivement finalisé sous les dorures du Bureau ovale.

Et pourtant, même si Ben Gvir devait abandonner le gouvernement, Netanyahu disposerait toujours d’une coalition majoritaire de 62 sièges : Gideon Saar, autrefois étoile montante du Likud qui s’était séparé du parti pour former sa propre faction, Tikva Hadasha, avant de regagner le giron en tant que ministre des Affaires étrangères, soutient fermement l’accord potentiel.

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar prend la parole lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue lituanien au ministère des Affaires étrangères à Vilnius, le 1er juillet 2025. (Petras Malukas / AFP)

Contrairement aux autres ministres du Likud qui ont eu tendance à conserver le silence tout en se plaignant à l’abri des regards, Saar, avec une franchise inhabituelle, a écrit sur le réseau social X : « Après deux ans de guerre, l’intérêt évident d’Israël est de mettre fin à la guerre et d’atteindre ses objectifs ». Il a ajouté sous forme de clin d’œil à Netanyahu que : « Je lui fais confiance pour représenter les intérêts d’Israël comme il se doit dans le cadre des discussions avec le président Trump ».

Pour l’instant, Netanyahu bénéficie d’une sorte d’équilibre : Saar d’un côté, Ben Gvir de l’autre. Mais le véritable pouvoir sera placé, en réalité, entre les mains de Bezalel Smotrich et de son parti d’extrême droite, HaTzionout HaDatit.

Smotrich, le ministre des Finances, ce partisan convaincu d’une prise de contrôle de la bande de Gaza toute entière et de la reconstruction des implantations israéliennes dans ce territoire, cet homme qui réclame à corps et à cris l’annexion de la Cisjordanie, a davantage d’influence que Ben Gvir. Si l’accord va de l’avant, la question qui se posera sera la suivante : Smotrich se rangera-t-il du côté de Netanyahu ? Ou s’opposera-t-il au Premier ministre ?

Les envoyés de Netanyahu à Washington et à New York ont passé une grande partie de leur journée de dimanche au téléphone avec Smotrich et ses pairs en Israël, tentant de déterminer quels sacrifices ils sont prêts à consentir – et jusqu’où ils sont prêts à céder.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, montrant une carte de la Cisjordanie lors d’une conférence de presse, au ministère des Finances, à Jérusalem, le 3 septembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les membres du parti HaTzionout HaDatit reconnaissent qu’ils ignorent ce que pense leur chef.

Une source du parti confie au Times of Israel que « ce qui importe le plus, c’est que le Hamas ne reste pas à Gaza. Pour nous, la priorité absolue est une bande de Gaza démilitarisée ».

Mais Smotrich nourrit une passion véritable pour l’annexion. Toutefois, là aussi, il a les mains liées. Après les déclarations fermes de Trump qui s’est dit défavorable à l’annexion par Israël de la Cisjordanie – des propos qui devraient se refléter dans la version finale du plan en 21 points – Netanyahu ne pourra offrir à Smotrich aucune compensation dans ce sens.

Ainsi, le grand projet de Smotrich – une annexion radicale de 82 % de la Cisjordanie, les villes palestiniennes restant sous le contrôle municipal limité de l’Autorité palestinienne – devra être mis en veilleuse pour l’instant.

Ce qui n’a pas empêché la colère de monter au sein d’une partie de la population. Nadia Matar et Yehudit Katzover, à la tête du Mouvement pour la souveraineté qui milite pour l’annexion israélienne de la Cisjordanie, ont été les premières à s’insurger.

Nadia Matar et Yehudit Katzober lors d’une visite de militants du Mouvement pour la souveraineté dans le village de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie, le 12 janvier 2023. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

« Y a-t-il un Premier ministre à Jérusalem ? », se sont-elles interrogées dans un communiqué. « Le président des États-Unis promet sans détour : ‘Je ne permettrai pas l’annexion de la Cisjordanie’ et nous, citoyens d’Israël et peuple juif, nous nous demandons si nous nous trouvons dorénavant dans un pays sans dirigeant, dans une nation sans Premier ministre ».

« Le peuple juif ne peut pas autoriser le président américain à faire preuve d’un tel mépris pour la terre d’Israël », a poursuivi le communiqué. « Nous attendons du Premier ministre qu’il réagisse comme les grands leaders d’Israël. Il doit se montrer ferme et il doit déclarer la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie et sur Gaza. C’est ce qu’avaient fait David Ben Gurion, Levi Eshkol et Menahem Begin dans leurs décisions historiques d’établir l’État, d’élargir la souveraineté à Jérusalem et au plateau du Golan, malgré les objections des amis les plus proches d’Israël, y compris celles des États-Unis ».

Les alliés de Netanyahu ont riposté. Nathan Eshel, un confident de longue date et conseiller officieux du Premier ministre, a averti que de telles déclarations pouvaient entraîner un retour de flamme.

« La question de l’annexion est avant tout une campagne menée par HaTzionout HaDatit et elle bénéficie de l’appui de deux ou trois présidents de conseil de Samarie, qui soutiennent le parti », a affirmé Eshel. « Je sais que certains de mes amis de droite seront furieux contre moi, mais l’annexion pourrait gravement porter atteinte aux activités du mouvement pro-implantations. »

« Aujourd’hui, une décision du gouvernement est suffisante pour lancer un nouveau quartier [dans une implantation] et en l’espace de trois ou quatre mois, les permis sont délivrés et les travaux de construction peuvent commencer », a-t-il expliqué. « Mais une fois que l’annexion sera effective et que l’administration israélienne chapeautera tout, l’établissement de chaque quartier pourrait bien prendre sept ou dix ans de retard. C’est la réalité. Les principaux promoteurs immobiliers de Cisjordanie me l’ont dit directement : ‘Si l’annexion a lieu, alors ça en est fini pour nous’. »

Nathan Eshel assiste à une cérémonie commémorative en l’honneur de Yoni Netanyahu au cimetière militaire du Mont Herzl à Jérusalem, le 16 juin 2021 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Smotrich fait désormais face à un choix. En tant que ministre des Finances et partenaire de la coalition, il a trois options : s’opposer au plan en 21 points proposé au cabinet, mais s’abstenir et continuer à siéger au sein du gouvernement ; voter contre le plan et démissionner, entraînant son parti dans l’opposition ; ou voter contre, quitter le gouvernement, mais continuer à soutenir la coalition de l’extérieur, comme l’ont fait les partis ultra-orthodoxes qui ont récemment abandonné le gouvernement à cause de la loi sur la conscription militaire – mais qui continuent à soutenir Netanyahu à la Knesset.

Ce qui n’est toutefois pas envisageable, c’est de renverser purement et simplement le gouvernement. Même si Ben Gvir et Smotrich rejoignent tous les deux l’opposition, la coalition de Netanyahu ne pourra être renversée sans que 61 membres de la Knesset s’accordent sur un nouveau Premier ministre. Et dans le système parlementaire fragmenté d’Israël, un tel scénario s’avère être tout simplement impossible.

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