Israël en guerre - Jour 236

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Analyse

Avec son attaque aérienne, l’Iran pourrait rompre l’isolement d’Israël et remodeler la guerre à Gaza

Alors que les pressions se renforçaient en faveur de l'arrêt de la campagne contre le Hamas, Téhéran a amené les alliés à déjouer, ensemble, cette attaque aux drones et aux missiles, rappelant la menace régionale plus large représentée par la république islamique

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Un manifestant brandit une affiche à l'effigie de feu le commandant des forces al-Quds des Gardiens de la révolution islamique, Qassem Soleimani, qui a été tué dans une attaque au drone américaine en 2020, pendant un rassemblement anti-israélien devant l'ambassade britannique de Téhéran, en Iran, aux premières heures du 14 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)
Un manifestant brandit une affiche à l'effigie de feu le commandant des forces al-Quds des Gardiens de la révolution islamique, Qassem Soleimani, qui a été tué dans une attaque au drone américaine en 2020, pendant un rassemblement anti-israélien devant l'ambassade britannique de Téhéran, en Iran, aux premières heures du 14 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

Difficile d’imaginer que l’attaque menée contre Israël par l’Iran – une attaque très anticipée – entraînerait des résultats aussi mauvais pour la république islamique.

Cela fait des mois que Téhéran affiche ses faiblesses au grand jour. Le 3 janvier, des terroristes de l’État islamique avaient tué au moins 84 personnes au cours de deux explosions survenues aux abords de la tombe du général Qassem Soleimani, le chef des forces d’élite al-Quds, lors d’un événement qui marquait la date anniversaire de sa mort. Ce haut-responsable des Gardiens de la révolution avait perdu la vie dans une frappe au drone américaine en Irak, quatre ans auparavant.

Le mois précédent, un groupe terroriste sunnite, Jaish al-Adl, avait tué onze agents de police iraniens.

La république islamique, désireuse de montrer ses muscles et sa force, avait lancé en conséquence des missiles en direction du Pakistan, déclarant prendre pour cible Jaish al-Adl. Mais le Pakistan – un pays qui est doté de l’arme nucléaire – n’avait pas reculé face à cette agression, ripostant à l’aide de tirs de missile et de bombardements sur le territoire iranien. Cela avait été la toute première attaque sur le sol iranien depuis la guerre qui avait opposé l’Iran à l’Irak, dans les années 1980.

Son coup de bluff manqué, le régime des Mollahs avait accepté la désescalade.

Mais c’est toutefois le long des frontières d’Israël que la crédibilité de l’Iran a été particulièrement mise sous pression.

Des gardes d’honneur portent le cercueil de Razi Moussavi, un haut commandant de la Force Quds du Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran (IRGC), tué le 25 décembre lors d’une frappe israélienne présumée en Syrie, lors de ses funérailles au sanctuaire de l’Imam Ali dans la ville sainte irakienne de Najaf, le 27 décembre 2023 (Crédit : Qassem al-Kaabi / AFP)

Alors qu’Israël tente de localiser les chefs du Hamas à Gaza et de les éliminer, l’État juif a aussi montré qu’il avait la volonté de s’en prendre aux responsables iraniens en Syrie – et il a aussi amené la preuve qu’il était en capacité de le faire. Il y a deux semaines, l’armée aurait ainsi assassiné Mohammad Reza Zahedi, un haut-responsable du Corps des Gardiens de la révolution islamique en Syrie, et son adjoint Mohammad Haj Rahimi. Au mois de décembre, une autre personnalité de premier plan du CGRI, le général Razi Mousavi, avait trouvé la mort dans une frappe israélienne présumée à Damas.

A ce titre, l’Iran devait pouvoir montrer à ses proxies régionaux (et à ses propres citoyens) que Téhéran a les moyens de faire payer Israël pour ces frappes meurtrières, en particulier après que le Hamas a apporté la preuve que l’État juif pouvait être humilié – comme cela avait été le cas lors de l’attaque surprise du groupe terroriste, le 7 octobre, qui avait fait près de
1 200 morts sur le sol israélien.

Les résultats de cette attaque ont été décevants – et c’est le moins qu’on puisse dire.

Elle a fait une seule blessée : une petite musulmane israélienne, âgée de sept ans. Elle est dans un état grave.

Le président américain Joe Biden rencontre son équipe de sécurité nationale à la Maison Blanche, le 13 avril 2024. (Crédit : Maison Blanche)

« C’est presque pathétique », commente Danielle Pletka, qui est chercheuse au sein de l’American Enterprise Institute à Washington, DC. « Ce n’est certainement pas les résultats qu’espéraient les Iraniens ».

Même parmi les alliés les plus proches d’Israël, les pressions ne cessaient de croître en faveur de la fin de la guerre dans la bande de Gaza. L’attention s’était concentrée sur les civils gazaouis en souffrance, le monde perdant de vue la nécessité de remporter une victoire décisive face au Hamas sur le champ de bataille.

Premier résultat de cette frappe : L’Iran a réussi à rassembler les États-Unis et les grandes puissances européennes du côté d’Israël. Non seulement les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont fait part de leur soutien sans équivoque à l’État juif mais ils ont aussi pris une part active dans sa défense, utilisant tout un réseau de satellites, d’avions et de radars terrestres et maritimes.

Et finalement, au lieu d’une rencontre du Conseil de sécurité des Nations unies qui devait être consacrée à la nécessité de conclure un cessez-le-feu à Gaza, le Conseil débattra, dimanche, de la menace iranienne et du droit à l’auto-défense d’Israël. Trois membres permanents condamneront, c’est certain, Téhéran et Moscou à cette occasion.

De son côté, le Hamas a ouvertement salué et défendu l’attaque iranienne.

Un salut sous forme d’hommage qui est peut-être le meilleur rappel, auprès des alliés incertains d’Israël, de ce qui est réellement en jeu à Gaza pour la région et pour le monde entier.

Des enfants déplacés posant devant leur tente le premier jour de la fête de l’Aïd al-Fitr, qui marque la fin du Ramadan, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 avril 2024. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Même la Jordanie, qui a amèrement critiqué Israël depuis le 7 octobre, a pris la défense de l’État juif.

Le royaume hachémite subit les pressions croissantes de la république islamique et de ses milices chiites alliées depuis plusieurs mois – Téhéran avait même, semble-t-il, menacé d’attaquer la Jordanie si cette dernière devait coopérer au niveau défensif avec Jérusalem dans le cadre de son attaque de samedi. Cette frappe a été un rappel important pour Amman : celui qu’Israël est à l’heure actuelle le seul pays à riposter militairement contre les créations iraniennes dans la région.

Téhéran a aidé les pays arabes à concentrer une nouvelle fois leur attention sur la nécessité de stopper le programme nucléaire de l’Iran, affirme Pletka : « Ils observent l’attaque qui vient d’avoir eu lieu et ils se disent : ‘C’est grave. Et que se serait-il passé si les Iraniens avaient eu l’arme nucléaire ? »

« L’Iran vient d’officiellement inaugurer la coalition régionale de défense qui était en cours d’élaboration depuis une décennie », observe de son côté Eran Ortal, général de brigade réserviste et analyste militaire.

Des membres de l’armée de l’air jordanienne à côté d’un avion de chasse F-16 pendant un exercice sur une base militaire du nord de la Jordanie, le 12 mai 2014. (Crédit : AFP)

« L’Iran vient d’accorder à Israël sa toute première réussite stratégique dans cette guerre », continue-t-il.

Les frappes iraniennes viennent aussi d’amener le parti républicain, aux États-Unis, à accélérer un projet de loi portant sur l’aide à Israël qui serait resté dans l’impasse à la chambre, le cas échéant.

La nature de l’attaque iranienne – un mélange de missiles et de drones circulant à des vitesses variées – ont aussi rappelé que la lutte d’Israël contre le Hamas entre dans le cadre d’un conflit plus large entre les démocraties occidentales et l’axe Iran-Russie.

L’Institute for the Study of War, à Washington, a fait remarquer que l’assaut lancé samedi ressemblait aux attaques perpétrées en Ukraine par la Russie.

Des Ukrainiens mettent des fleurs et des jouets sur la tombe d’une famille tuée par une frappe au drone russe dans un quartier résidentiel de Kharkiv, détruisant son habitation, le 12 février 2024. (Crédit : AP Photo/Andrii Marienko)

« Les attaques russes ont tenté de déterminer le potentiel optimal de pénétration des défenses aériennes et antimissiles occidentales », a écrit l’ISW. « La Russie a fait cette expérience en combinant missiles balistiques et missiles de croisière, en plus de drones iraniens, sur le territoire ukrainien ».

Une information qui pourrait orienter la riposte israélienne – même si l’administration Biden, pour sa part, demande avec fermeté à Jérusalem d’opter pour la désescalade.

Une frappe israélienne sur les usines de production de drone iraniennes ne serait pas seulement une réponse adaptée à l’attaque de samedi, mais elle viendrait aussi en aide à l’Ukraine aux prises avec les agressions russes. Elle serait aussi un message transmis à Biden et aux Européens, les sommant de réexaminer l’image d’ensemble de la région alors qu’ils somment Israël d’arrêter progressivement sa campagne militaire à Gaza.

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