Avi Nissenkorn : La démocratie est plus menacée en Israël qu’aux États-Unis
Rechercher

Avi Nissenkorn : La démocratie est plus menacée en Israël qu’aux États-Unis

Selon l'ex-ministre de la Justice, le système démocratique est plus jeune et plus fragile, alors que Netanyahu s'efforce constamment de le miner

L'ancien ministre de la Justice Avi Nissenkorn en conversation avec la Douzième chaîne de télévision, le 8 janvier 2021. (Capture d'écran de la Douzième chaîne)
L'ancien ministre de la Justice Avi Nissenkorn en conversation avec la Douzième chaîne de télévision, le 8 janvier 2021. (Capture d'écran de la Douzième chaîne)

Citant la récente prise d’assaut du Capitole américain par des militants de droite, l’ancien ministre israélien de la Justice, Avi Nissenkorn, a déclaré vendredi que ces événements prouvaient que la démocratie était « fragile ». Il a averti que la démocratie israélienne était dans une situation encore plus précaire que celle des États-Unis.

« La tentative des manifestants de prendre le contrôle du Capitole montre à quel point la démocratie est une chose fragile », a déclaré M. Nissenkorn, qui a démissionné fin décembre après avoir quitté le parti de Benny Gantz, Kakhol lavan, à la Douzième chaîne d’information. « Ce que nous pensions jusqu’à il y a quelques années – que cela était gravé dans la pierre – ce n’est pas comme ça que les choses se passent. En Israël, la démocratie est beaucoup plus jeune et beaucoup plus fragile qu’aux États-Unis ».

Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait qu’Israël pouvait connaître des scènes similaires à celles, chaotiques, qui se sont déroulées à Washington mercredi, M. Nissenkorn a répondu que ses préoccupations concernaient des « changements généralisés », bien plus fondamentaux, du système démocratique du pays.

« Nous pourrions connaître des choses bien pires [ici]. Nous pourrions voir une situation où l’ensemble du système démocratique est miné », a-t-il déclaré. « C’est bien pire [que les émeutes]. Vous ne pouvez pas réparer des changements profonds [opérés] pendant des années. »

Des manifestants, fidèles au président Donald Trump, prennent d’assaut le Capitole, à Washington, le 6 janvier 2021. (Crédit : AP Photo/John Minchillo)

Les critiques ont accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’éroder les institutions démocratiques par des attaques répétées contre la légitimité des tribunaux, des médias, du ministère public et de la police alors qu’il faisait l’objet d’enquêtes et maintenant d’un procès pour des allégations de corruption.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Nissenkorn a déclaré qu’il avait fait l’expérience d’efforts visant à saper la démocratie pendant son mandat, citant « un effort pour changer la façon dont les gardiens du système démocratique sont choisis, des pressions sur le procureur général, des pressions sur la Cour suprême, des efforts pour former une commission d’enquête contre les juges, des appels à faire voter la loi française [pour protéger le Premier ministre des poursuites en lui allouant une immunité]… Nous sommes dans une situation où tout le système est mis à l’épreuve ».

Il a affirmé que s’il n’avait pas été là pour contrer ces efforts, « nous serions maintenant sous un autre type de régime ».

Nissenkorn a déclaré que Netanyahu « corrompt le système politique, sans aucun doute ». Il a déclaré que la confiance dans le système judiciaire avait été endommagée parce que « lorsque vous lancez des accusations pendant plusieurs années, elles prennent malheureusement le dessus. »

Le ministre de la Justice Avi Nissenkorn vu à la Knesset, le 21 octobre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Il n’est pas normal qu’en Israël le procureur dans les affaires Netanyahu ait des gardes du corps, que Mandelblit ait des gardes du corps. »

Partant de Kakhol lavan, Nissenkorn a rejoint le nouveau parti du maire de Tel Aviv Ron Huldai, HaIsraelim, et se présentera à la Knesset sur cette plate-forme lors des prochaines élections.

Il a fortement critiqué Gantz lors de sa démission, l’accusant de mener dans son dos de dangereuses négociations avec Netanyahu qui auraient gravement porté atteinte à l’État de droit et annulé les pouvoirs du ministre de la Justice. Dans un post Facebook, Nissenkorn a mis en cause la conduite de Gantz alors que ce dernier tentait de sauver la coalition avec Netanyahu ces dernières semaines – un effort qui a finalement échoué, avec l’impasse budgétaire qui a entraîné la convocation de nouvelles élections pour le mois de mars.

Les accords potentiels entre les parties « n’étaient pas moins que de la folie », a déclaré M. Nissenkorn. « Cela aurait politisé le processus de sélection du procureur de l’État et du procureur général et aurait permis aux émissaires de Netanyahu d’opposer leur veto à la nomination des juges de la Cour suprême, une faille qui aurait eu préséance sur les pouvoirs du ministre de la Justice ».

« La négociation même des garanties [de la démocratie] porte atteinte aux principes démocratiques fondamentaux, ainsi qu’aux valeurs pour lesquelles nous avons été élus pour servir le peuple d’Israël », a-t-il déclaré.

Gantz, quant à lui, a accusé son ancien allié de l’avoir poignardé dans le dos.

Lorsque Zeev Elkin, ancien proche de Netanyahu, avait annoncé son départ du Likud, il avait aussi insisté sur les dangers que faisait peser le Premier ministre sur l’État de droit en Israël. Elkin avait souligné que Netanyahu était bien plus intéressé par influencer les nominations judiciaires que par l’intérêt du pays.

Le Premier ministre d’alternance et ministre de la Défense Benny Gantz, (à gauche), et le ministre de la Justice Avi Nissenkorn en visite à la municipalité de Jérusalem, le 10 novembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

« C’est moi qui l’ai fait venir, qui l’ai fait adhérer, qui l’ai consulté, qui ai travaillé avec lui comme partenaire, qui ai demandé son avis 99 % du temps, et finalement il s’est trouvé une autre plateforme avec laquelle il pense aller plus loin. J’en doute », a déclaré M. Gantz.

Le parti Kakhol lavan, qui compte 14 députés dans la coalition sortante, a connu un exode de ses députés depuis la dissolution de la Knesset la semaine dernière en raison de l’échec de l’adoption d’un nouveau budget. Le parti s’est effondré dans les sondages et devrait remporter 4 à 5 sièges, tandis que Gantz est remis en question dans sa direction.

Netanyahu et Gantz ont conclu un accord de coalition l’année dernière qui était censé voir Gantz remplacer Netanyahu comme Premier ministre en novembre 2021, mais une faille dans l’accord a vu la coalition s’effondrer en raison du refus de Netanyahu d’adopter un budget annuel.

Par conséquent, Israël se prépare maintenant à sa quatrième élection en deux ans après la dissolution de la Knesset.

Malgré les appels à la démission lancés au sein de son parti, Gantz a annoncé qu’il continuerait à diriger Kakhol lavan en difficulté, affirmant que le parti avait « sauvé le pays » et ouvert la voie à la fin du règne de Netanyahu.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...