Rechercher

Barnes & Nobles et Amazon sommés de retirer « Hebrews to Negroes » de leur catalogue

Une lettre envoyée par plus de 200 personnalités aux dirigeants des compagnies avertit les plateformes qu'elles "surfent sur la haine" en proposant le livre et le film promus par Kyrie Irving

Capture d'écran du livre 'Hebrews to Negroes' sur le site d'Amazon, le 10 novembre 2022. (Capture d'écran  : Amazon)
Capture d'écran du livre 'Hebrews to Negroes' sur le site d'Amazon, le 10 novembre 2022. (Capture d'écran : Amazon)

Plus de 200 professionnels du divertissement – et notamment des stars – ont vivement recommandé à Amazon et Barnes & Noble de retirer de la vente un titre antisémite. Ils ont averti les dirigeants des deux entreprises qu’ils « surfaient sur la haine » en le maintenant dans leurs catalogues respectifs.

Les ventes de « Hebrews to Negroes » – un livre et un film – se sont récemment envolées, rejoignant la liste des bestsellers sur Amazon, après leur promotion, sur les réseaux sociaux, par la star de la NBA Kyrie Irving. Les groupes juifs, de leur côté, tentent de faire retirer le livre et le film des sites où ils sont proposés.

Dans une lettre ouverte adressée à Jeff Bezos, à James Daunt et à d’autres responsables d’Amazon et de Barnes & Noble, les signataires notent que malgré « les messages privés et les appels publics » à retirer le livre et le film de leurs sites, « vous avez jusqu’à présent refusé de passer à l’action ».

« Vos compagnies surfent sur la haine », accuse la lettre qui a été publiée par l’organisation à but non-lucratif Creative Community For Peace, qui consacre ses activités à l’industrie du divertissement.

Elle avertit que les titres « portent gravement préjudice à la communauté juive tout en laissant se répandre une désinformation dangereuse auprès un public impressionnable qui pourrait se montrer sensible à cette propagande ».

« Ce livre et ce film font la promotion de nombreux tropes antisémites et de théories du complot qui n’ont aucun fondement dans la réalité, avec notamment des citations de Hitler qui ont été fabriquées de toutes pièces, des affirmations mensongères sur le pouvoir et le contrôle qu’exerceraient les Juifs, affirmant que le peuple juif aurait inventé la Shoah et que les Juifs seraient des faux Juifs », signale le courrier.

« Les accusations faites dans ‘Hebrews to Negroes’ ont entraîné des persécutions et l’assassinat de millions de Juifs à travers les siècles », poursuit-il.

Faisant remarquer qu’il y a, aux États-Unis, un plus grand nombre de crimes de haine par tête qui sont commis contre les Juifs que contre n’importe quelle autre minorité et un plus grand nombre de crimes de haine sur la base de la religion contre les Juifs que contre les membres de toutes les autres confessions, la lettre affirme « qu’il est inacceptable de permettre à ce type de haine de s’exprimer sur vos plateformes ».

Jeudi, le livre et le film avaient disparu du site de Barnes & Noble.

Un magasin Barnes & Noble à Bensalem, en Pennsylvanie, le 14 mars 2022. (Crédit : Matt Rourke/AP)

Dans un communiqué, l’ONG Creative Community For Peace a indiqué que les signataires de la lettre « sont les premiers, dans l’industrie du divertissement, à appeler publiquement et collectivement à la suppression du film des catalogues de vente dans l’espoir de prévenir de futures radicalisations et de futurs endoctrinements ».

Parmi les signataires, les actrices Mila Kunis, Debra Messing, Mayim Bialik, Emmanuelle Chiquri; Sherry Lansing, ancienne directrice-générale de Paramount Pictures; Haim Saban, président et directeur-général du Saban Capital Group; David Draiman du groupe Disturbed et la comédienne Iliza Shlesinger.

Ari Ingel, directeur de l’ONG, a ajouté dans son communiqué que les entreprises « peuvent choisir de continuer à tirer des bénéfices de la haine et de l’antisémitisme tout en détournant le regard face aux craintes de la communauté juive, ou elles peuvent choisir d’être des alliées et de se tenir du bon côté de l’Histoire ».

« Les corporations n’ont pas besoin de faciliter la propagation de théories du complot dangereuses, des théories du complot qui menacent la communauté juive », a-t-il continué. « Nous les implorons de prendre les initiatives prudentes et responsables nécessaires pour supprimer ces contenus. »

Les pressions se sont renforcées sur Amazon en faveur de la suppression, dans son catalogue, de « Hebrews to Negroes » – qui se concentre sur l’idée que les véritables descendants des Israélites anciens sont les Afro-Américains modernes, et que les Juifs, aujourd’hui, revendiquent de manière mensongère cet héritage. Le livre et le film contiennent également d’autres affirmations antisémites, niant la Shoah et accusant les Juifs d’avoir contrôlé le marché américain de l’esclavage.

Lundi, l’AJC (American Jewish Committee) avait demandé à Amazon de s’attaquer à ce problème en ôtant de son catalogue le livre et le film.

La semaine dernière, l’ADL (Anti-Defamation League) avait envoyé un courrier à Amazon à son nom et au nom de l’équipe de basket d’Irving, les Brooklyn Nets, appelant l’entreprise à faire disparaître de son site « le livre violemment antisémite et la vidéo qui lui est associée » ou de placer un avertissement faisant part de leur contenu problématique en direction des clients.

Il y a un peu plus d’une semaine, Irving avait publié un lien vers la page Amazon du film « Hebrews to Negroes: Wake Up Black America, » un documentaire basé sur le livre éponyme.

Le film est depuis devenu un bestseller et il est numéro un de tous les documentaires sur Amazon Video. Sur IMDb, la base de données cinématographique populaire qui appartient à Amazon, le documentaire a recueilli 370 avis. Au mois de février, il y en avait seulement huit.

Irving, pour sa part, a rejeté les critiques qui l’avaient mis en cause après la publication du lien. Il a été suspendu de l’équipe des Nets suite à son refus de s’exprimer sur son potentiel antisémitisme. Il a finalement présenté ses excuses pour avoir fait la publicité du film, disant « avoir conscience de l’impact négatif de ma publication sur la communauté juive » et affirmant qu’il prenait ses responsabilités.

Tant que le film continuera à être vendu sur Amazon, la firme empochera la moitié du prix d’achat, versant l’autre moitié au réalisateur. Certains ont appelé la compagnie à donner cet argent à des groupes qui luttent contre la haine.

Les directives d’Amazon pour les réalisateurs qui distribuent des films par le biais de son site établissent que « tous les titres sont soumis à un réexamen manuel et automatisé » de manière à prévenir les violations au droits d’auteur ou à identifier les contenus sexuels ainsi que « les propos insultants, les discours de haine ou les menaces à l’encontre d’un groupe ou d’individus spécifiquement ».

La politique mise en œuvre par la compagnie pour les vendeurs de livres précise qu’Amazon pourra supprimer les contenus « offensants ». Elle signale également que la plateforme autorise l’expression d’un large éventail de points de vue.

« En tant que libraires, nous pensons que fournir un accès à l’écrit est important – notamment concernant les contenus qui pourraient être considérés comme répréhensibles », selon Amazon.

Au mois de janvier, Barnes & Noble avait supprimé de son catalogue en ligne « Le Protocole des Sages de Sion » suite à l’indignation suscitée par ce faux antisémite tristement célèbre, qui prétend présenter le plan ourdi par les Juifs pour dominer le monde.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...