Ben Dahan : les migrants africains n’ont pas besoin d’une main tendue
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Ben Dahan : les migrants africains n’ont pas besoin d’une main tendue

Le vice-ministre de la Défense salue l’interdiction faite aux soldats d’aider les réfugiés à Tel Aviv et pense que l’armée devrait se concentrer sur des programmes ‘qui bénéficient aux Israéliens’

Eli Ben Dahan, vice-ministre de la Défense. (Crédit : Flash90)
Eli Ben Dahan, vice-ministre de la Défense. (Crédit : Flash90)

Le vice-ministre de la Défense Eli Ben Dahan a salué dimanche la décision controversée d’annuler un programme de bénévolat pour les soldats israéliens auprès des enfants de migrants et de demandeurs d’asile en Israël. Il a déclaré que la communauté majoritairement africaine du sud de Tel Aviv n’avait pas besoin d’être aidée.

Pendant un entretien avec la radio militaire, Ben Dahan a affirmé qu’ « aucun des 150 000 infiltrés illégaux n’avaient été classés comme réfugiés ; ils n’ont pas besoin d’une main tendue ou d’être tirés de la mer et sauvés de la noyade. »

Les chiffres officiels montrent que presque 47 000 immigrants illégaux vivent actuellement en Israël, presque tous sont originaires d’Erythrée ou du Soudan. La plupart d’entre eux vivent dans les quartiers les plus pauvres du sud de Tel Aviv, et certains les accusent de la hausse du taux de criminalité dans la ville.

« Ces personnes se sont infiltrées en Israël, ont pris les emplois des Israéliens, et ont rendu le sud de Tel Aviv invivable », a accusé Ben Dahan.

Ben Dahan, qui a déjà fait des remarques racistes au sujet des Palestiniens, a continué en se demandant si l’interdiction aurait été aussi critiquée par les Israéliens de gauche si le programme avait été basé à Yitzhar, une implantation radicale de Cisjordanie.

« Les soldats israéliens devraient être bénévoles pour des programmes qui bénéficient aux citoyens israéliens », a déclaré le vice-ministre.

Des migrants africains dans le sud de Tel Aviv (Crédit : Nicky Kelvin/Flash90/File)
Des migrants africains dans le sud de Tel Aviv (Crédit : Nicky Kelvin/Flash90/File)

Interrogé par le journaliste sur le commandement juif disant « aime le guer [étranger] en ton sein », Ben Dahan a déclaré que l’édit ne s’imposait qu’aux non juifs qui ont accepté la souveraineté juive en Israël.

Dimanche également, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a ordonné aux soldats israéliens de cesser de travailler avec Elifelet, une organisation qui aide les enfants de migrants du sud de Tel Aviv, suite à des plaintes d’habitants du quartier et de militants de droite.

« Si les soldats ont du temps libre, ils devraient aider les survivants de l’Holocauste ou les nécessiteux », aurait déclaré Liberman au chef d’Etat-major Gadi Eizenkot, selon Yedioth Ahronoth. La charité commence à la maison. »

Un reportage de la Dixième chaîne diffusé la semaine dernière montrait des soldats du Renseignement militaire qui étaient bénévoles pour Elifelet. Le reportage a déclenché des plaintes de certains habitants juifs du sud de la ville, qui se plaignent depuis longtemps de l’afflux d’étrangers pauvres, majoritairement Africains, dans leur quartier. Les habitants ont exprimé leur colère devant les actions des soldats, les accusant de travailler effectivement pour une association de « gauche radicale » et de soutenir l’immigration illégale.

Elifelet est une association à but non lucratif qui dit aider des centaines d’enfants de familles migrantes qui souffrent de « différents niveaux de faim et de détresse physique en raison de la pauvreté ». Elle a pour objectif de fournir des soins et de la nourriture à ces enfants. Elle affirme également protéger les enfants migrants de la « persécution raciale ».

Manifestation de migrants africains dans le parc levinsky de Tel Aviv, le 7 janvier 2014. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)
Manifestation de migrants africains dans le parc levinsky de Tel Aviv, le 7 janvier 2014. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

Après la diffusion du reportage de la Dixième chaîne, le président Reuven Rivlin avait exprimé son soutien au programme de bénévolat, et déclaré que « ce n’est pas un pêché […] pour les soldats israéliens de tendre la main à ceux qui sont impuissants, comme les enfants de réfugiés dont les parents ont pu contrevenir à la loi israélienne en entrant illégalement, pour différentes raisons. »

Le président Reuven Rivlin, entouré des volontaires de Leket Israël et de l'équipe du bureau du président, a participé à l'emballage de colis de nourriture pour Pessah, à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 20 avril 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le président Reuven Rivlin, entouré des volontaires de Leket Israël et de l’équipe du bureau du président, a participé à l’emballage de colis de nourriture pour Pessah, à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 20 avril 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Il avait ajouté que « les enfants ne sont pas responsables. »

Israël a cherché ces dernières années à limiter le nombre de migrants. Le pays a construit une barrière le long de sa frontière avec l’Egypte, une route migratoire autrefois commune, et a envoyé beaucoup de migrants dans un camp de détention dans le désert, et dans certains cas dans des pays d’Afrique.

Beaucoup déclarent fuir les conflits et la persécution et demandent un statut de réfugié. Les responsables israéliens affirment pour leur part que ce sont des migrants économiques, et ont résisté aux appels à les reconnaitre comme des réfugiés.

Entre 2009 et 2015, 2 408 Erythréens ont demandé le statut de réfugiés en Israël. L’Etat a répondu à 1,42 % de ces demandes, soit 45 personnes, en rejetant immédiatement 40 et en accordant une protection temporaire à 5. Le ministère de l’Intérieur a accordé le statut de réfugié à quatre personnes.

Les critères d’approbation d’Israël su statut de réfugiés sont drastiquement plus sévères que dans d’autres pays. Selon le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies, au niveau international, 84 % des Erythréens et 56 % des Soudanais qui ont déposé une demande d’asile ont reçu en 2014 le statut de réfugié ou une protection étendue.

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