Ben Gvir : mon client Benzi Gopstein est « le Dreyfus israélien »
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Ben Gvir : mon client Benzi Gopstein est « le Dreyfus israélien »

L'extrémiste juif dit qu'il devrait plutôt recevoir un prix, et non être accusé, pour sa "guerre contre l'assimilation"

Le président de Lehava, Benzi Gopstein, (à droite), et son avocat, Itamar Ben Gvir, (à gauche), à leur arrivée au tribunal de première instance de Jérusalem, le 8 juin 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le président de Lehava, Benzi Gopstein, (à droite), et son avocat, Itamar Ben Gvir, (à gauche), à leur arrivée au tribunal de première instance de Jérusalem, le 8 juin 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le procès du chef d’un groupe extrémiste juif accusé d’incitation à la violence, au racisme et au terrorisme s’est ouvert lundi au tribunal de première instance de Jérusalem.

Les accusations portées contre le chef de Lehava, Benzi Gopstein, concernent les nombreuses déclarations publiques incendiaires qu’il a faites sur les Arabes entre 2012 et 2017.

Avant d’entrer dans le palais de justice, M. Gopstein a fait une déclaration aux médias.

« L’Etat, au lieu de récompenser la guerre contre l’assimilation, a choisi de me mettre en accusation pour avoir parlé », a déclaré M. Gopstein. « Ce n’est pas la démocratie. C’est une démocratie uniquement pour les Arabes qui veulent faire la guerre à Israël ».

L’avocat de Gopstein, Itamar Ben Gvir du parti extrémiste Otzma Yehudit, a déclaré que son client était « le Dreyfus israélien », en référence à l’officier juif français accusé d’espionnage et envoyé en exil à la suite d’un procès spectacle antisémite à la fin du XIXe siècle.

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« C’est de la persécution, c’est faire taire les voix », a poursuivi Ben Gvir. « Ce procès est un procès de la liberté d’expression. »

Ben Gvir envisage d’appeler la ministre des Transports Miri Regev à témoigner pour la défense, rapporte le site Internet Ynet.

En 2012, Regev, alors députée du parti Likud, a qualifié les demandeurs d’asile soudanais de « cancer dans notre corps », lors d’une manifestation contre eux dans le sud de Tel Aviv. Elle s’est ensuite excusée et a déclaré que ses propos avaient été mal interprétés, expliquant qu’elle parlait du phénomène de l’immigration clandestine et non des migrants eux-mêmes.

Capture d’écran de la vidéo de l’avocate de la Israel Religious Action Center, Orly Erez-Likhovski, à la Cour suprême. (YouTube)

Le Israel Religious Action Center – IRAC – [Centre d’action religieuse d’Israël], qui avait demandé aux tribunaux de poursuivre M. Gopstein, s’est félicité de cette évolution.

« Avec le début de son procès, le temps est venu pour Gopstein d’arrêter de lancer de fausses accusations aux organisations et autres personnes, mais de réfléchir à la gravité de ses actes », a déclaré l’avocate de l’IRAC Orly Erez-Likhovski dans une déclaration.

L’organisation d’extrême droite de Gopstein, Lehava, s’oppose aux mariages mixtes et à l’assimilation des Juifs et tente de faire obstacle à toute activité publique des non-Juifs en Israël. Lehava, que certains députés ont tenté de désigner comme un groupe terroriste, a fréquemment demandé que des mesures soient prises contre les non-juifs afin de « sauver les filles d’Israël ».

L’acte d’accusation cite les éloges de Gopstein pour Baruch Goldstein, un terroriste juif qui a tué 29 fidèles palestiniens au Tombeau des Patriarches à Hébron en 1994.

Les procureurs ont également cité une interview télévisée de 2012 dans laquelle Gopstein se vantait de refuser d’engager ou de travailler avec des employés arabes. Lorsqu’on lui a demandé ce qui se passerait s’il voyait un serveur arabe à un mariage, M. Gopstein a répondu que le traiteur « devrait chercher l’hôpital le plus proche ».

Dans une interview séparée sur la Deuxième chaîne (aujourd’hui la 12e), Gopstein a affirmé que « les Arabes qui méritent d’être frappés ne manquent pas », en particulier ceux qui flirtent avec des femmes juives.

L’acte d’accusation fait également état d’un discours prononcé en 2014 lors d’une cérémonie à la mémoire du rabbin extrémiste Meir Kahane, au cours de laquelle il a dénoncé les « ennemis dans le pays ».

« Les ennemis qui se trouvent parmi nous sont un cancer, et si nous ne nous débarrassons pas de ce cancer, nous ne pourrons pas continuer à exister ici en tant que Juifs », a-t-il déclaré. « Le mont du Temple abrite la plus forte croissance de cancer de tous… tant que le gouvernement israélien ne supprimera pas cette croissance du mont du Temple, Israël ne sera jamais complètement sauvé. »

Bentzi Gopstein, à droite, et Baruch Marzel durant une conférence de presse organisée par le parti Otzma Yehudit à Jérusalem, le 26 août 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Gopstein a déjà été arrêté à plusieurs reprises et a fait l’objet d’une enquête pour des déclarations qu’il a faites contre des non-juifs, notamment pour un article dans lequel il a qualifié les chrétiens vivant en Israël de « suceurs de sang ». Il a également été arrêté peu après que des membres de son organisation ont essayé d’incendier une école arabo-juive à Jérusalem en novembre 2014. Gopstein n’a pas été inculpé pour cette attaque, pour laquelle trois membres de Lehava ont finalement été condamnés.

Plus récemment, Gopstein a entamé une carrière politique, occupant un poste de haut niveau à Otzma Yehudit, mais s’est vu interdire par la Cour suprême de se présenter aux élections de 2019. Le parti n’a pas réussi à obtenir de sièges à la Knesset pour ses membres en 2019 et 2020.

Au cours de cette audience, le panel de neuf juges a noté que la rhétorique anti-arabe de Gopstein « a révélé un nouveau point bas dans le discours racial que nous n’avions jamais connu auparavant ».

La présidente de la Cour suprême, Esther Hayut, a expliqué dans la décision du tribunal que les remarques de Gopstein prouvaient « sans équivoque » qu’il « incite systématiquement au racisme contre le public arabe ».

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