Une descendante de Dreyfus s’indigne des propos des partisans de Netanyahu
Rechercher

Une descendante de Dreyfus s’indigne des propos des partisans de Netanyahu

Yael Perl-Ruiz a été "horrifiée" par la comparaison établie entre le procès du Premier ministre et celui de son arrière-grand-père, rappelant "la symbolique" de l'affaire Dreyfus

Yael Perl-Ruiz, l'arrière-petite-fille d'Alfred Dreyfus, donne une interview à i24News, le 26 mai 2020 (Capture d'écran :  Facebook)
Yael Perl-Ruiz, l'arrière-petite-fille d'Alfred Dreyfus, donne une interview à i24News, le 26 mai 2020 (Capture d'écran : Facebook)

L’arrière-petite-fille d’Alfred Dreyfus a fait part mardi de son indignation suite à la comparaison faite par certains partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu – notamment par son fils – entre le procès du chef de gouvernement et le procès antisémite de son célèbre aïeul au tournant du 20e siècle.

Dimanche, alors que le procès de Netanyahu commençait à la Cour de district de Jérusalem, son fils Yair a écrit sur Twitter : « Le procès Dreyfus commence aujourd’hui ! »

Et plus tard, lors d’un rassemblement organisé en soutien au Premier ministre, certains manifestants ont brandi des bannières et porté des masques faciaux tout en mettant sur le même pied les deux procès.

Yael Perl-Ruiz a confié devant les caméras de i24 News qu’elle avait été « horrifiée » par la comparaison. « Si l’on s’en tient aux faits historiques, il est impossible de comparer l’affaire Dreyfus et ce qui arrive en Israël », a-t-elle déclaré.

Des partisans de Netanyahu agitent des drapeaux et une affiche représentant le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’officier français Alfred Dreyfus, injustement condamné pour trahison en 1895, lors d’une manifestation devant le tribunal de Jérusalem le 24 mai 2020. (Photo par Menahem KAHANA / AFP)

Perl-Ruiz a dit qu’établir un parallèle entre les deux procès « amenuise la symbolique » de l’affaire Dreyfus.

« A chaque fois qu’il y a un procès pour meurtre ou pour corruption, ou une affaire politique, il y a une comparaison avec Dreyfus. Il faut se rappeler que Dreyfus a été jugé et condamné pour un crime qu’il n’a pas commis. Dreyfus est resté emprisonné sur l’île du Diable pendant cinq ans après un passage devant la cour martiale. Je ne peux vraiment pas parvenir à voir où les situations sont comparables », a-t-elle continué.

L’Affaire Dreyfus a été l’un des plus importants événements antisémites des temps modernes, un scandale à la fois politique et militaire dont les répercussions se sont faites ressentir bien au-delà des frontières françaises et à travers tout le monde juif.

En 1894, les officiers de l’armée française avaient appris qu’un responsable de haut-rang avait transmis des renseignements aux militaires allemands. Ils avaient pointé du doigt un officier de l’artillerie française, Alfred Dreyfus, qui avait été condamné, renvoyé de l’armée et emprisonné sur l’île du Diable, une colonie carcérale isolée au large de la côte de la Guyane.

Alfred Dreyfus à Carpentras, 1899-1900. (Crédit : Collection de la famille Dreyfus)

L’affaire avait été largement dénoncée – en particulier dans une lettre ouverte d’Emile Zola, « J’accuse », écrite en 1898 et publiée en une du journal l’Aurore. En 1899, Dreyfus avait été gracié par le président français et libéré et, en 1906, il avait été officiellement blanchi des accusations par une commission militaire.

Netanyahu, qui nie tout acte répréhensible, est accusé de fraude et d’abus de confiance dans trois dossiers et de pots-de-vin dans l’un d’entre eux.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Perl-Ruiz, qui vit à Paris, a ajouté que « la famille Dreyfus ne s’intéresse guère à se trouver impliquée dans les affaires politiques israéliennes ».

Elle a dit adorer l’Etat juif et que ce dernier était important pour elle, mais qu’elle était « très inquiète » au sujet des divisions apparaissant dans la société israélienne qui, selon elle, se déchire sur des valeurs « qui ne sont pas les valeurs morales sur lesquelles l’Etat avait été fondé ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...