Bezeq : Les alliés de Netanyahu restent impassibles
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"Ça ressemble à la chute d'une mafia, pas à un gouvernement"

Bezeq : Les alliés de Netanyahu restent impassibles

Regev et Steinitz disent que l'enquête doit suivre son cours. Pour Bennett, un témoin de l'accusation est une "composante procédurale dans une enquête"

Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, avant la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, le 18 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, avant la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, le 18 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des membres éminents du gouvernement de Benjamin Netanyahu n’ont paru aucunement troublés lundi par la nouvelle qu’un autre associé du Premier ministre était devenu témoin de l’accusation et qu’il se préparerait à l’impliquer dans l’enquête de corruption qui touche l’entreprise Bezeq. Ils ont indiqué qu’ils continueraient à servir sous sa gouvernance.

Le ministre de l’Energie, Yuval Steinitz, appartenant au Likud, a estimé qu’il n’y avait « aucune justification à l’heure actuelle » pour penser à remplacer Netanyahu à son poste de chef de gouvernement « tant qu’il n’y a pas de jugement judiciaire ».

Il a déclaré au micro de la radio 103FM qu’il « ne voit pas [un tel événement] arriver », même s’il a ajouté qu’il « ne faut jamais dire jamais ».

Il a expliqué ne pas « être content » de l’information stipulant que Nir Hefetz, ancien haut-conseiller en communication de Netanyahu, avait accepté de témoigner contre lui. « J’espère que, comme tout autre citoyen à l’esprit sain et rationnel qu’en fin de compte, comme dans d’autres cas, tout cela ne débouchera sur rien ».

Yuval Steinitz, ministre de l’Energie, avant la réunion de cabinet hebdomadaire dans les bureaux du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 30 octobre 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg)

La ministre de la Culture, issue du Likud, Miri Regev, a indiqué ne pas être « impressionnée par un témoin de l’accusation parce que, contrairement aux médias, je ne me précipite pas pour lyncher les gens sur la place du village ».

Elle a demandé de la patience et a ajouté que la police devait être autorisée à terminer son travail. « Lorsque les preuves et les conclusions seront transmises au procureur-général, il prendra une décision », a-t-elle estimé.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett, leader du parti de droite HaBayit HaYehudi, a dit : « Un témoin de l’accusation est une composante procédurale d’une enquête… C’est une phase de l’enquête ».

Il a souligné que Netanyahu devait profiter de la présomption d’innocence jusqu’à la preuve de sa culpabilité, « indépendamment de la manière dont ont été signés les accords avec les témoins de l’accusation ».

Pendant ce temps, dans l’opposition…

Le chef de l’Union sioniste, Avi Gabbay, qui se trouve actuellement à Washington à l’occasion de la conférence politique de l’AIPAC, a déclaré que « nous, en tant que population, nous valons mieux que cette terrible nouvelle de corruption qui vient d’Israël, et dont malheureusement tout le monde s’enquiert ici ».

Le dirigeant du parti de l’Union sioniste Avi Gabbay s’adresse au lobby pro-israélien américain AIPAC lors de sa conférence politique à Washington DC, le 4 mars 2018. (John Bowel)

« Après neuf années avec Netanyahu au pouvoir [douze au total], nous méritons un gouvernement qui s’inquiète de la nation et non une nation qui s’inquiète des tractations criminelles passées par son gouvernement », a-t-il ajouté.

Ofer Shelah, du parti centriste Yesh Atid, s’est pour sa part interrogé : « Que faut-il qu’il arrive encore pour que Benjamin Netanyahu fasse la seule chose qui soit juste et raisonnable pour qu’il rentre chez lui ? »

Il a déploré que « pas une personne décente, ou parti décent » au sein de la coalition ne se soit levé « en disant : ‘Assez. Il n’y a pas moyen de diriger un pays ainsi. Un suspect tel que lui ne peut rester à sa tête’. »

La députée Tamar Zandberg, considérée comme l’une des candidats favoris à la direction du parti du Meretz de gauche, a dit : « Cela n’a aucun sens qu’un Premier ministre dont les proches associés ont tous admis avoir commis des actions criminelles… continue à diriger les affaires de l’Etat comme si rien ne s’était passé ».

« Ça ressemble à la chute d’une mafia, pas à un gouvernement », a-t-elle ajouté.

Netanyahu a rejeté lundi des informations stipulant que Hefetz avait accepté de témoigner contre lui, des sources proches du Premier ministre affirmant qu’il ne s’agissait que d’une preuve supplémentaire du fait que les autorités juridiques ne possédaient rien contre lui.

« Quand il y a de la substance, un témoin de l’accusation n’est même pas nécessaire », ont expliqué ces sources. « Lorsqu’il n’y a rien, pas même mille témoins de l’accusation ne seront utiles ».

« Cette course sans fin aux témoins de l’accusation est la meilleure preuve qu’il n’y a rien – et qu’il n’y aura rien », ont-elles ajouté.

La police avait précédemment annoncé qu’un « accord de témoin de l’accusation a été signé hier soir entre le Département des enquêtes, le Département du renseignement et de la surveillance des marchés, l’Autorité israélienne des titres, l’unité nationale anti-fraude du Lahav 433 et Nir Hefetz ».

Hefetz a ainsi rejoint Shlomo Filber, ancien directeur général du ministère des Communications et confident de longue date de Netanyahu, qui a également signé un accord le mois dernier afin de bénéficier du statut de témoin de l’accusation et qui incriminera peut-être Netanyahu dans l’affaire.

L’ancien porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Nir Hefetz, au premier plan, et l’actionnaire principal de Bezeq, Shaul Elovitch, lors d’une audience de prolongement de détention devant la cour des magistrats de Tel Aviv, le 26 février 2018 (Crédit : Flash90)

Des sources proches de Hefetz ont expliqué que ce dernier avait décidé de « ne pas prendre une balle à la place de Netanyahu » dans l’enquête de corruption Bezeq.

« Il pense que l’ère Netanyahu est terminée », ont ajouté ces sources, et il veut aussi témoigner « pour le bien de la nation ».

Dans le cadre de l’accord qu’il a signé, Hefetz, qui est soupçonné de pots-de-vin dans le dossier, a été informé qu’il ne serait pas condamné à la prison ni à une amende dans ses actions. Il s’est engagé à fournir à la police des textos incriminants et des enregistrements de Netanyahu et de son épouse dans plusieurs enquêtes qui impliquent le Premier ministre Netanyahu, notamment dans l’affaire Bezeq – connue sous le nom d’Affaire 4 000 – et dans l’Affaire 1000.

Selon le site Walla, la police considère Hefetz comme un témoin de l’accusation majeur dont le témoignage dans ce dossier permettrait un renforcement important de ce dernier. Les enquêteurs auraient peiné à le convaincre de signer un accord depuis son arrestation, il y a deux semaines.

L’avocat Ilan Sofer, un avocat pénal éminent qui avait déjà permis le recrutement d’un autre suspect — Miki Ganor — en témoin de l’accusation dans une autre affaire liée à Netanyahu, l’Affaire 3000, a représenté Hefetz lors des pourparlers, selon Haaretz.

Dans l’Affaire 4000, Elovitch est accusé d’avoir ordonné au site d’information Walla, qui lui appartient, d’accorder une couverture médiatique positive aux actions de Netanyahu et de sa famille en échange de la mise en avant de politiques au profit du géant des télécommunications.

L’homme d’affaires israélien Shaul Elovitch arrive pour une prolongation de sa détention provisoire dans l’affaire 4000 au tribunal de première instance de Rishon Letzion, le 18 février 2018. (Flash90)

Elovitch est soupçonné d’avoir versé et reçu des pots-de-vin et des faveurs illicites pour un montant qui pourrait avoisiner « un milliard de shekels », a indiqué la procureure Yehudit Tirosh de l’Autorité des titres israélienne la semaine dernière durant une audience. Netanyahu et Elovitch ont rejeté cette affirmation.

Netanyahu a servi en tant que ministre des Communications de novembre 2014 à février 2017. Durant cette période, la couverture de Walla a évolué afin de favoriser la famille Netanyahu, et Bezeq a été autorisé, entre autres, à acheter le fournisseur de télévision satellite Yes, malgré la législation anti monopole, et à renier son engagement de mise en location de son infrastructure à des concurrents télécoms afin qu’ils puissent fournir eux aussi des services de ligne téléphonique fixe et d’Internet.

Le mois dernier, la police a recommandé que Netanyahu soit inculpé pour fraude, abus de confiance et corruption dans deux autres affaires.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et sa femme auraient reçu des dons illicites de bienfaiteurs milliardaires, notamment le producteur d’Hollywood, d’origine israélienne, Arnon Milchan, pour un montant total de 1 million de shekels (282 000 dollars). En retour, Netanyahu est accusé par la police d’être intervenu au profit de Milchan dans des affaires relatives à la législation, aux relations d’affaires et aux visas.

L’affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé illicite entre Netanyahu et Arnon Mozes, éditeur du Yedioth Ahronoth, selon lequel le Premier ministre aurait affaibli un quotidien concurrent, Israel Hayom, soutenu par Sheldon Adelson, en échange d’une couverture plus favorable de la part du Yedioth.

Netanyahu, pour sa part, a nié tout méfait.

Raoul Wootliff et Michael Bachner ont contribué à cet article.

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