Bismuth : Le texte vise à enrôler 50 % des Haredim « qui n’étudient pas en yeshiva »
Le projet de loi, qui semble bien destiné à permettre à la plupart des ultra-orthodoxes de continuer à échapper à l'armée, est presque prêt, selon le président de la commission de la Défense

Samedi, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth, a semblé confirmer que son projet de loi révisé soutenu par le gouvernement et réglementant la conscription des ultra-orthodoxes continuerait d’exempter les étudiants à temps plein en yeshiva du service militaire dans un avenir prévisible. Il ne concernerait que la moitié des membres éligibles de la communauté qui ne sont pas engagés dans des études talmudiques à temps plein, et ce, de manière progressive au cours des cinq prochaines années.
Intervenant dans l’émission « Meet the Press » de la chaîne N12, le député du Likud a réfuté les « fausses » informations concernant le contenu du projet de loi, largement considéré comme visant à codifier les exemptions pour une grande partie de la communauté haredi, à imposer de légères sanctions aux réfractaires à la conscription et à permettre le retour des partis ultra-orthodoxes au sein de la coalition. Il a déclaré qu’il « présenterait bientôt le texte final à ses collègues de la commission ».
« La locomotive est prête à quitter la gare [et] attend les passagers », a-t-il déclaré.
« La loi est plus ou moins prête. Je suis en totale coordination avec le Premier ministre. Le Premier ministre souhaite vraiment cette loi. »
Confirmant les indications selon lesquelles le projet de loi permettrait aux étudiants inscrits à temps plein dans une yeshiva de poursuivre leurs études sans craindre d’être appelés sous les drapeaux pendant plusieurs années, Bismuth a déclaré à la chaîne de télévision que « d’ici cinq ans, 50 % des personnes qui ne sont pas inscrites dans une yeshiva » s’engageraient dans l’armée, une évolution qu’il a qualifiée de « considérable ».
Il n’a pas précisé comment l’armée déciderait de la répartition entre les 50 % de haredim qui ne sont pas inscrits dans une yeshiva et qui seraient enrôlés, et les 50 % restants qui seraient exemptés.
Bismuth qu’un « mécanisme de surveillance » serait mis en place, avec des sanctions, et que seules 10 % des personnes mobilisées effectueraient leur service national, à la différence du service militaire. Il a toutefois rejeté l’idée d’une « révolution » dans l’enrôlement des haredim, préférant la comparer à l’augmentation progressive du nombre de femmes dans les troupes de combat au fil des ans.
Il y a vingt ans, la question de la présence des femmes au combat faisait débat, mais « aujourd’hui, quand ma fille revient de Gaza avec son béret rouge, c’est une évidence. Il en va de même pour les haredim : chacun de ceux qui s’engagent est un ambassadeur », a-t-il déclaré.
Au cours de l’année écoulée, les dirigeants ultra-orthodoxes ont fait pression pour faire adopter une loi excluant leurs électeurs de l’armée, après que la Cour suprême a jugé illégales les exemptions générales du service militaire accordées pendant des dizaines d’années aux haredim qui étudient à plein temps dans une yeshiva.
On estime qu’environ 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont actuellement aptes au service militaire mais ne se sont pas engagés. L’armée israélienne a déclaré avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, après près de deux ans de combats contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et d’autres défis militaires.
En août, Bismuth a été nommé président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, après le départ des deux partis ultra-orthodoxes de la coalition, Shas et Yahadout HaTorah, qui protestaient contre l’incapacité du gouvernement à faire avancer le projet de loi bloqué depuis longtemps, que les détracteurs qualifient de « loi d’évasion ».
Une fois à la tête de la commission, Bismuth a rejeté la version du projet de loi préparée par l’ancien président Yuli Edelstein, vivement critiquée par les partis haredim, et a repris le travail de zéro. Il a déclaré qu’il pensait qu’il fallait trouver un « équilibre » entre l’étude de la Torah et le service militaire, et qu’Israël avait besoin à la fois de soldats et d’étudiants de la Torah.
La version du projet de loi proposée par Bismuth devait être présentée à sa commission il y a près d’un mois, mais elle a été reportée à plusieurs reprises.
Lors d’un entretien avec la Quatorzième chaîne le mois dernier, il a déclaré que son objectif était de soumettre le projet de loi à l’assemblée plénière pour ses deux dernières lectures en décembre, insistant sur le fait que son adoption conduirait à la conscription de 10 000 haredim dans les deux ans, un nombre qui, selon lui, continuerait d’augmenter par la suite.
Bien que « des sanctions seront prises – des sanctions personnelles, des sanctions institutionnelles, des sanctions sévères » – à l’encontre de ceux qui sont appelés mais refusent de servir dans l’armée, Bismuth a averti à l’époque qu’il était nécessaire de respecter le mode de vie ultra-orthodoxe et qu’il préconisait des sanctions « destinées à mettre les haredim en difficulté ».
Il a déclaré avoir rencontré de nombreux rabbins de la communauté ultra-orthodoxe et que le consensus était que ceux qui étudient la Torah à temps plein devraient être autorisés à continuer, tandis que les autres devraient être enrôlés.
« J’admire ceux qui portent l’uniforme, mais tout autant, et je le dis haut et fort, j’admire ceux qui étudient la Torah », a déclaré Bismuth, ajoutant qu’il travaillait d’arrache-pied sur le projet de loi afin de s’assurer qu’il ne soit pas invalidé par la Haute Cour.
Selon des informations publiées dans la presse israélienne, un document de principes soumis par Bismuth à la conseillère juridique de la commission stipule que, dans un délai de cinq ans, 50 % des jeunes haredim concernés par la conscription seront appelés sous les drapeaux et que l’âge d’exemption restera fixé à 26 ans. Le financement public des yeshivot ne sera réduit que si elles ne parviennent pas à atteindre les quotas d’enrôlement dans l’armée dans un délai d’un an, et les sanctions à l’encontre des personnes qui ne servent pas dans l’armée ne prendront effet qu’après deux ans si l’objectif global d’enrôlement n’est pas atteint.







