Black Cube va verser 350 000 £ à la Douzième chaîne et a retiré sa plainte
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Black Cube va verser 350 000 £ à la Douzième chaîne et a retiré sa plainte

Un tribunal britannique a ordonné à la firme d'indemniser la chaîne pour frais juridique après qu'elle a retiré sa plainte au sujet d'un reportage sur ses activités

Page principale du site internet Black Cube (Capture d'écran)
Page principale du site internet Black Cube (Capture d'écran)

Au début du mois, un tribunal britannique a ordonné à la société de renseignements Black Cube de verser à un réseau de télévision israélien 350 000 livres sterling (468 000 dollars ou 1,55 million de shekels) après que la société secrète s’est retirée d’un important procès en diffamation contre la société de médias.

L’émission « Uvda » de la Douzième chaîne a diffusé l’année dernière un reportage qui affirmait que l’un des hommes les plus riches d’Israël avait engagé Black Cube en 2014 pour déterrer des informations sur le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid. La journaliste d’investigation Ilana Dayan a également affirmé que la firme avait tenté de faire échouer une réforme dans le secteur des communications et de discréditer une femme d’affaires israélienne de premier plan.

Black Cube a intenté un procès de 15 millions de livres (19 millions de dollars) au Royaume-Uni contre Dayan et le réseau après la publication du rapport en juin 2019.

Les documents du tribunal montrent que Black Cube, identifié dans l’affaire comme BC Strategy UK Limited, a été condamné à émettre un « paiement provisoire » pour couvrir les frais de justice de Keshet Broadcasting Limited, le propriétaire de la Douzième chaîne, et de cinq journalistes, selon un article publié mercredi dans le Guardian.

La décision du tribunal a été déposée le 17 novembre, au lendemain du retrait de la plainte de Black Cube.

Un porte-parole de Black Cube a déclaré : « la société, selon la recommandation de ses avocats anglais, a décidé d’abandonner sa plainte en diffamation au Royaume-Uni contre Uvda pour un documentaire qu’ils ont diffusé il y a plus d’un an ».

« La société a été informée que, comme ses revenus ont augmenté dans l’année qui a suivi la diffusion, l’argument selon lequel la société a subi une perte financière à cause de la diffusion a été abandonné. La société continue à affirmer que l’émission était erronée et gravement trompeuse et agit toujours en stricte conformité avec la loi dans chaque juridiction où elle opère ».

Il est classique de porter plainte pour diffamation au Royaume-Uni en raison de ses lois relativement strictes sur la diffamation et des récompenses élevées dans de tels cas. Les avocats de Black Cube avaient fait valoir qu’il pouvait porter l’affaire au Royaume-Uni parce que l’un des fondateurs de la société, et nombre de ses clients, sont basés dans le pays. Le site web du cabinet donne la liste de ses bureaux à Londres, Tel-Aviv et Madrid.

Black Cube, une société d’anciens agents des services de renseignement israéliens, a attiré l’attention de la communauté internationale pour avoir prétendument travaillé à discréditer les responsables de l’administration Obama qui ont aidé à négocier l’accord nucléaire iranien, ainsi que pour protéger la réputation du magnat d’Hollywood déchu Harvey Weinstein.

Dayan a déclaré que le procès en diffamation était une tentative visant à la « faire taire ».

Dans son reportage, Dayan avait expliqué que des agents de Black Cube avaient été embauchés par le principal fournisseur du secteur des télécommunications dans le pays, Bezeq, pour tenter de perturber ce qui avait été surnommé en 2014 la réforme du marché de gros, qui avait introduit une concurrence sévère pour l’entreprise dans son domaine d’activité.

La journaliste d’investigation Ilana Dayan lors d’une conférence au centre international de conférences de Jérusalem, le 3 septembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon Dayan, une firme internationale de conseil dont les services avaient été loués par le ministère des Communications israélien avait été invitée au mois de mars 2014 au Dorcherster Hotel de Londres, où elle aurait subi des pressions de la part d’agents de Black Cube pour tenter de la discréditer et de perturber la réforme.

Bezeq n’a pas démenti les éléments présentés dans le reportage de la Douzième chaîne, disant seulement que ce type de comportement n’était plus acceptable et appartenait à une époque différente. Pour sa part, Black Cube a nié avoir œuvré à entraver une réforme.

Dayan a rapporté qu’un haut-responsable commercial non-identifié avait fait appel à Black Cube pour s’attaquer à Ofra Strauss, l’une des femmes les plus riches et les plus puissantes d’Israël, de l’entreprise alimentaire Strauss Group qui pèse des milliers de dollars.

Les documents exposés dans le reportage indiquent que Black Cube avait voulu « identifier de mauvaises comportements, des conflits survenant dans les vies professionnelle et privée d’individus » et « trouver d’autres points possibles d’influence ».

Dayan a noté qu’un éventuel passage à l’action de la part de Black Cube contre Strauss restait indéterminé.

Selon la journaliste, des sources proches de Strauss auraient indiqué que cette dernière était très en colère mais qu’elle n’avait été guère surprise par ces révélations.

Dans un autre reportage, Dayan a prétendu que le magnat Idan Ofer avait, à un moment, embauché la firme pour enquêter sur le ministre des Finances de l’époque, Lapid, et d’autres responsables dans le cadre des efforts livrés par Ofer pour influencer la politique fiscale sur les découvertes de gaz naturel.

Ofer, un milliardaire qui détient d’importantes parts dans les industries du transport, du forage et des mines, aurait payé Black Cube pour l’aider à saper un groupe de conseil qui avait été désigné par Lapid et qui voulait élever les impôts sur sa compagnie – lucrative – qui travaillait sur ce type de ressources naturelles, selon l’enquête diffusée à la télévision. L’idée était de calomnier Lapid et ses conseillers pour pouvoir échapper aux impôts élevés sur les profits réalisés.

Black Cube a nié ces accusations, affirmant que la compagnie n’a jamais rencontré Ofer ni ciblé des politiciens, des magistrats ou des régulateurs.

Un porte-parole d’Ofer a confirmé qu’il avait contacté l’agence au cours d’une brève période, ajoutant que le magnat israélien n’avait finalement pas fait appel aux renseignements de Black Cube. Il a souligné que la compagnie ne collectait des preuves qu’à partir de sources publiques.

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