Brésil : un survivant de la Shoah fait sa bar mitzvah à 91 ans
Rechercher

Brésil : un survivant de la Shoah fait sa bar mitzvah à 91 ans

"Malgré tout, je remercie la vie pour tout", affirme Andor Stern, âgé de 17 ans quand il a été libéré d'Auschwitz

Le taouage d'Andor Stern visible entre ses (Autorisation du mémorial de la Shoah de Sao Paulo via JTA)
Le taouage d'Andor Stern visible entre ses (Autorisation du mémorial de la Shoah de Sao Paulo via JTA)

RIO DE JANEIRO (JTA) – A 91 ans, Andor Stern, survivant de la Shoah, ne craint plus les nazis qui l’avaient emprisonné à Auschwitz. Il vit aujourd’hui dans sa ville natale de Sao Paulo, la plus grande zone métropolitaine du pays avec ses presque 25 millions d’habitants et déclare que ce qui lui fait peur dorénavant, ce sont les cambrioleurs – sa modeste habitation a été cambriolée à deux reprises dans cette municipalité où il était revenu après avoir fui l’Europe.

Lundi a été pour lui une journée unique : reconnu par l’Association brésilienne des survivants de la Shoah et à travers tout le pays comme le seul rescapé du génocide né au Brésil, Andor Stern a fêté sa bar mitzvah avec 78 ans de retard.

Remplie de symbolisme, cette cérémonie touchante a eu lieu dans la synagogue la plus ancienne de Sao Paulo, Kehilat Israel, le jour où l’association a marqué le 81e anniversaire de la Nuit de cristal, le pogrom nazi qui, en Allemagne et en Autriche, est dorénavant considéré comme ayant lancé le génocide.

« C’est notre réponse à Hitler et au nazisme », a commenté le rabbin Toive Weitman, chef du mémorial de la Shoah de Sao Paulo qui a dirigé la cérémonie, auprès de JTA.

« L’objectif poursuivi par Hitler n’était pas seulement le massacre physique du peuple juif mais aussi une extermination spirituelle. Il a échoué. M. Stern continue à célébrer la vie avec sa famille, en lien avec ce qui est son essence », a-t-il ajouté.

Carlos Reiss, directeur du musée de la Shoah de Curitiba, a déclaré que l’exemple de Stern – un survivant de la Shoah d’un âge avancé faisant son retour à la religion par le biais de sa bar mitzvah — devenait de plus en plus fréquent dans le monde entier ces dernières années.

Andor Stern à sa bar mitzvah avec les rabbins David Weitman, à gauche, et Toive Weitman, à la tête du mémorial de la Shoah de Sao Paulo, qui a officié lors du service (Autorisation du mémorial de la Shoah de Sao Paulo via JTA)

« Cela contribue à construire la mémoire de la Shoah en mettant en évidence la résilience et l’importance de l’identité juive », a dit Reiss à JTA. « Il y a toutefois des milliers d’enfants qui n’ont pas eu cette opportunité parce que leur vie s’est achevée trop tôt ».

Stern avait trois ans quand son père a été transféré en Inde, au début des années 1930, par l’entreprise minière pour laquelle il travaillait. En 1936, la famille s’était installée en Hongrie – où vivaient ses grands-parents. Il allait plus tard vivre dans la clandestinité à leurs côtés lorsque les premiers actes antisémites ont eu lieu.

En plus d’être Juif, Stern était brésilien. Quand le Brésil est entré en guerre et que le pays a envoyé des soldats pour combattre aux côtés des Alliés, en Italie, l’adolescent a été considéré comme un ennemi de l’Etat et a été interné dans un camp de travail de la région des Carpates, dont il est parvenu à s’enfuir.

Mais sa liberté allait être de courte durée. Au mois d’avril 1944, la famille Stern embarquait à bord d’un wagon à destination d’Auschwitz, où le jeune Andor devait passer 13 mois. Sa mère et ses grands-parents périrent dans les chambres à gaz du camp.

« J’ai vu ma mère sortir de la cheminée le 6 octobre 1944. Ce sont des images qui sont dures à garder en mémoire, mais je me souviens de tout », a-t-il dit dans un entretien récemment accordé au journal Folha de S.Paulo. « J’ai été sorti du monde jusqu’au 1er mai 1945 lorsque nous avons été libérés par les soldats américains. J’avais 17 ans et je pesais 12 kilos ».

Freddy Glatt, le président de l’Association brésilienne des survivants de la Shoah, lui-même né en Allemagne, a vécu une situation similaire à celle de Stern après le déplacement forcé de sa famille en Allemagne. Mais il devait miraculeusement échapper à la déportation en partant à proximité de la frontière germano-néerlandaise.

Andor Stern, 91 ans, est reconnu par le mémorial de la Shoah brésilien comme le seul survivant du génocide né au Brésil (Autorisation : Mémorial de la Shoah de Sao Paulo via JTA)

« Il n’y avait ni rabbin, ni talith, ni phylactères, ni tefillin, ni Torah. Andor a mon âge aujourd’hui. Et je lui dis : ‘Mazel Tov’, » dit-il, fier de sa bar mitzvah réalisée à l’âge de 85 ans à Rio.

Stern est retourné au Brésil en 1948, il s’est marié et a eu cinq filles. Il a neuf petits-enfants et du mal à compter ses innombrables arrière petits-enfants.

« Un psychiatre m’a dit un jour que ceux qui traversaient ce que j’ai traversé pendant la guerre ne réussissaient plus jamais pleinement à être eux-mêmes, à quitter définitivement le camp de concentration. Je l’ai laissé derrière moi », dit Stern. « J’ai de la chance ».

« Je ne suis pas un héros. Malgré tout, je suis très reconnaissant envers la vie pour tout ce qu’elle m’a apporté ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...