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Ce que dit l’Étude stratégique 2022 de l’INSS sur Israël

Les divisions nationales nuisent aux capacités de lutte contre les menaces posées par l'Iran, qui pourrait développer rapidement une arme nucléaire, et par les Palestiniens

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Jeunes Bédouins lors d'une manifestation contre la plantation d'arbres par le Fonds national juif, à l'extérieur du village bédouin d'al-Atrash dans le désert du Néguev, dans le sud d'Israël, le 13 janvier 2022 (Crédit : Jamal Awad/Flash90).
Jeunes Bédouins lors d'une manifestation contre la plantation d'arbres par le Fonds national juif, à l'extérieur du village bédouin d'al-Atrash dans le désert du Néguev, dans le sud d'Israël, le 13 janvier 2022 (Crédit : Jamal Awad/Flash90).

Un important think-tank israélien a présenté lundi son Étude stratégique annuelle au président Isaac Herzog, affirmant que les clivages qui ne cessent de se creuser dans le pays nuisaient aux capacités de développement, au sein de l’État juif, d’une approche intégrée et à long-terme des défis majeurs qu’Israël doit relever.

En conséquence, ont écrit les chercheurs de l’Institut national d’études sécuritaires (INSS) de Tel Aviv, Israël échoue à « optimiser ses potentiels en termes de sécurité, d’économie et de technologie dans ses réponses aux défis politiques, sécuritaires et intérieurs ».

Les auteurs de cette Étude stratégique 2022 pour Israël déplorent une perte de confiance dans les institutions israéliennes qui ne cesse de s’accroître ainsi qu’un extrémisme en recrudescence dans le pays. Ils évoquent spécifiquement la faiblesse des forces de police et le nombre de plus en plus important de régions pratiquement sans gouvernance dans le pays, notamment parmi la communauté bédouine du Neguev.

« Par ailleurs, il y a des lacunes en ce qui concerne la préparation à des scénarios impliquant des fronts multiples, à des scénarios de guerre impliquant un nombre élevé de victimes, ou à des incidents violents entre Juifs et Arabes », continue le rapport de l’INSS. « Les répercussions de ces failles affectent également les réponses aux autres défis posés à la sécurité nationale ».

Selon l’étude, ce sont l’Iran et les Palestiniens qui seraient les principales menaces extérieures pour l’État juif.

Les auteurs du rapport maintiennent que la république islamique, la menace extérieure la plus grave qui plane sur Israël, est dorénavant en mesure de développer une arme nucléaire d’ici quelques semaines – même si elle n’a pas encore pris cette décision.

Mais en même temps, Israël se trouve dans « une impasse stratégique » face à l’Iran, apparemment sans aucune bonne option à sa disposition. Un accord partiel entre la république islamique et les grandes puissances qui serait conclu lors des négociations en cours à Vienne laisserait Israël face aux groupes mandataires de l’Iran et face également à la possibilité d’une bombe atomique fabriquée par Téhéran dans les prochaines années, tandis qu’une rupture des pourparlers permettrait à l’Iran de progresser dans ses travaux vers l’arme nucléaire.

Lors d’une manifestation, des partisans des rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, avec une fausse roquette pour dénoncer une frappe présumée de la coalition dirigée par les Saoudiens sur une prison du nord du pays, placé sous le contrôle des rebelles, le 21 janvier 2022. (Crédit :Mohammed Huwais/AFP)

« Toutefois, » note l’étude, « l’opposition à un arrangement entre les grandes puissances et l’Iran, qui se concentre sur un gel du programme nucléaire, va isoler Israël, laissant le pays avec la seule option militaire pour empêcher l’Iran de développer une arme atomique ».

Israël ne peut pas gérer seul les menaces émanant de Téhéran – dont ses projets de missiles de précision et ses tentatives d’entourer le territoire israélien en implantant ses groupes mandataires dans les pays environnants, soulignent les auteurs dans le rapport, et la coopération avec les États-Unis doit être renforcée en conséquence.

L’INSS souligne également qu’Israël ne peut pas gérer le conflit non résolu avec les Palestiniens comme « un théâtre secondaire », comme l’a prouvé au mois de mai 2021 la guerre d’onze jours qui a opposé l’État juif aux groupes terroristes de Gaza. Par ailleurs, la Cisjordanie « est proche de l’ébullition en raison de la faiblesse de l’Autorité palestinienne face à l’opposition unie des factions et des gangs variés ».

L’Autorité palestinienne (AP) est affaiblie et elle pourrait cesser de fonctionner, avertissent les auteurs, alors que les jeunes Palestiniens veulent de plus en plus une solution à un État.

La police palestinienne empêche les manifestants de se rassembler dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, avant une manifestation prévue contre l’Autorité palestinienne, le 5 juillet 2021 (Crédit: ABBAS MOMANI / AFP).

Même si elle coopère avec Israël sur les questions sécuritaires, l’AP lance actuellement une offensive judiciaire internationale contre l’État juif qui pourrait, à terme, donner l’impression que le pays est un État d’apartheid, selon l’étude.

Elle présente dix recommandations politiques, dont la préparation d’une menace militaire crédible contre le programme nucléaire iranien en coordination avec les États-Unis ; le renforcement de l’AP et l’amélioration de la qualité de vie des Palestiniens ; la poursuite du développement économique avec, en contrepartie, des garanties sécuritaires à Gaza ; de plus importants investissements dans les prouesses technologiques israéliennes de manière à améliorer le statut du pays à l’international ; et la mise en place de mécanismes permettant de s’attaquer aux crimes dans la société arabe ainsi que la restauration de la gouvernance dans tout le pays.

« Aujourd’hui, il y a une idée qui émerge dans la région et qui est que l’avenir du Moyen-Orient sera un avenir de coopération. Face à la menace iranienne et à celle de ses groupes mandataires régionaux, qui sont dangereux, nous devons coopérer avec nos amis », a commenté Herzog en réponse à l’étude de l’INSS.

Le directeur exécutif de l’INSS Manuel Trajtenberg, à gauche, présente l’Étude stratégique 2022 du think-tank au président Isaac Herzog (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

« La sécurité d’Israël est étroitement liée à sa résilience nationale, à notre capacité de nous attaquer aux désaccords les plus profonds sans pour autant renoncer à notre foi en nous », a-t-il continué. « Nous avons le pouvoir d’agir ensemble, de vivre unis, comme un seul peuple. Combler les divisions, et notamment les divisions politiques, est peut-être le plus important dans la nécessité de maintenir la sécurité, la stabilité et la prospérité d’Israël ».

Ce sont le président de l’INSS Frank Lowy, le directeur exécutif du think-tank Manuel Trajtenberg, son administrateur général Udi Dekel, et l’ancien chef du Conseil de la Sécurité nationale, entre autres, qui ont présenté ce rapport à Herzog.

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