Ce qui éloigne la déclaration Balfour du pays qu’elle a promis
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Ce qui éloigne la déclaration Balfour du pays qu’elle a promis

Des années après l’annonce par le Premier ministre de l’exposition à Tel Aviv du document sioniste primordial, qui fête cette semaine ses 99 ans, le rêve de le faire venir en Israël s’enlise

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Lord Arthur James Balfour, secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni en 1917, et le texte de la déclaration qui porte son nom et soutient l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. (Crédit : Domaine public/Wikipédia)
Lord Arthur James Balfour, secrétaire aux Affaires étrangères du Royaume-Uni en 1917, et le texte de la déclaration qui porte son nom et soutient l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. (Crédit : Domaine public/Wikipédia)

Il a fallu des décennies pour faire aboutir la déclaration Balfour, qui a gravé le soutien de Londres à une patrie juive en Palestine. Faire venir le document lui-même en Israël pour la deuxième fois pourrait prendre encore plus longtemps.

Des projets pour apporter la déclaration Balfour à Tel Aviv pour sa deuxième exposition de l’histoire en Israël ont été annoncés par le gouvernement israélien il y a six ans et demi, mais ils ont été retardés par un amas de décombres de travaux de rénovation et d’incompréhensions bureaucratiques, et il ne semble pas possible qu’elle arrive à Tel Aviv avant encore au moins un an.

Le document, qui a été signé il y a 99 ans exactement le 2 novembre, devrait arriver en Israël en 2018. Cela sera juste à temps pour le 70e anniversaire du pays, mais un an après le centenaire de la déclaration en 2017.

Initialement, le gouvernement israélien pensait recevoir le document en 2015, à l’occasion de l’inauguration après rénovation du musée de l’Indépendance de Tel Aviv, où il devait être exposé avec le bureau de Lord Arthur Balfour.

Dans un communiqué publié en avril 2013, le bureau du Premier ministre avait annoncé que Tzvi Hauser, alors secrétaire du cabinet, « avait reçu un accord de principe de la British Library pour la copie originale de la déclaration Balfour. »

La British Library a cependant souligné qu’aucun accord de ce type n’avait jamais été garanti. En effet, Israël n’a jamais demandé officiellement un prêt, selon le porte-parole de l’institution, Ben Sanderson.

« Nous avons reçu une demande préliminaire du gouvernement israélien, quant aux conditions qui devront être remplies pour permettre un prêt de l’objet », a écrit Sanderson dans un courriel adressé au Times of Israel. « La Library a répondu à cette demande, en indiquant notre politique de prêt et les problèmes qui devaient être envisagés afin de faciliter le prêt de la Déclaration. Nous n’avons pas encore reçu de demande officielle de prêt. Toute décision sur le prêt de l’objet sera prise par le Conseil de la British Library. »

Une fois qu’une demande officielle de prêt est déposée, a ajouté Sanderson, « nous pourrons examiner correctement si l’institution qui fait la demande peut répondre aux exigences de notre politique de prêts. »

La déclaration Balfour, projetée sur la façade de l'ambassade israélienne à Londres, le 2 novembre 2016. (Crédit : autorisation)
La déclaration Balfour, projetée sur la façade de l’ambassade israélienne à Londres, le 2 novembre 2016. (Crédit : autorisation)

Reuven Pinski, le responsable israélien chargé des contacts avec la British Library, a reconnu que le gouvernement avait eu tort d’annoncer un « accord de principe » de la British Library. De fait, la Library a été agacée de ce communiqué de presse erroné, et a exprimé ce mécontentement auprès des autorités israéliennes, a-t-il admis.

« Aucun accord n’a été conclu ; c’était plus comme une réponse non officielle disant que si nous remplissions les conditions dans le futur, ils seraient d’accord pour nous la prêter », a déclaré mercredi au Times of Israel Pinski, qui dirigeait à l’époque la division du patrimoine au bureau du Premier ministre, (qui a depuis été intégrée au ministère de Jérusalem et du Patrimoine, dirigé par Zeev Elkin).

Annoncer un accord là où il n’y en avait pas n’a pas été la seule inexactitude du communiqué de 2013 des bureaux du Premier ministre. Il affirmait également que la future exposition serait la première fois que la déclaration Balfour serait présentée en Israël. En fait, la déclaration originale a été prêtée à la Knesset entre octobre 1987 et mai 1988, à l’occasion de son 70e anniversaire et du 40e anniversaire de l’Etat d’Israël.

La British Library a des règles strictes pour le prêt d’objets aux institutions étrangères, afin de garantir leur préservation, leur présentation et leur sécurité, a expliqué Pinski. « Nous devons montrer exactement où elle va être exposée, quels efforts sont faits pour la préserver, et quel type de sécurité il y aura dans les locaux. »

Par conséquent, Israël a décidé d’attendre que les rénovations en cours au musée de l’Indépendance soient terminées avant de déposer une demande de prêt officielle, a-t-il déclaré.

Rénovation de l’Indépendance

Suite à une décision prise en 2009 par le gouvernement, les travaux de restauration ont commencé en 2011 et se sont depuis étendus. Ce chamboulement majeur est un processus très compliqué, a déclaré Pinski, en partie parce que le bâtiment historique, situé au 6 boulevard Rothschild, où David Ben Gurion a proclamé l’indépendance de l’Etat d’Israël en 1948, n’a pas de fondation. Ceci implique des changements de zonage spéciaux et des autorisations de planification qui prennent des années pour être obtenus.

Le dernier permis nécessaire à l’avancement des travaux a été reçu cette semaine, a déclaré Pinski.

Ce bâtiment fait partie des cinq premières maisons qui ont été construites sur le sable de Tel Aviv en 1909, et par conséquent la rénovation se fait par étapes, a expliqué Nirit Shalev Khalifa, conservatrice principale du musée de l’Indépendance.

« En 2013, les travaux de rénovation et de préservation préliminaires ont été menés pour permettre le fonctionnement du bâtiment, qui accueille des milliers de visiteurs par mois, a-t-elle déclaré au Times of Israel. L’année prochaine, après une planification détaillée, la maison sera fermée pendant environ un an pour des travaux de réparation minutieux, notamment le creusement d’un sous-sol avec un auditorium et le renforcement des fondations. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au musée de l'Indépendance à Tel Aviv, le 1er mai 2014. (Crédit : GPO/Amos Ben Gershom)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au musée de l’Indépendance à Tel Aviv, le 1er mai 2014. (Crédit : GPO/Amos Ben Gershom)

Les rénovations devraient être terminées à temps pour le 70e anniversaire d’Israël en mai 2018. « Pour l’inauguration, nous espérons présenter tous les documents originaux, au premier rang desquels le Rouleau [la déclaration d’Indépendance originale], qui restera dans le bâtiment pour une exposition permanente, a déclaré Shalev Khalifa. Pendant de courtes périodes, des objets spéciaux venus de l’étranger, dont la déclaration [Balfour], seront exposés. Leur présentation nécessite des moyens de préservation particuliers, qui existeront dans le nouveau musée. »

Mais l’année prochaine, quand le monde marquera le centenaire de la déclaration Balfour avec une série de programmes et d’évènements – Israël prévoit notamment d’éditer un timbre pour l’occasion – le musée de l’Indépendance sera fermé.

Lord Balfour pendant l'inauguration de l'université hébraïque de Jérusalem, en avril 1925. (Crédit : Library of Congress)
Lord Balfour pendant l’inauguration de l’université hébraïque de Jérusalem, en avril 1925. (Crédit : Library of Congress)

La lettre elle-même, que Balfour a écrite au président de la communauté juive de Grande-Bretagne, Lord Walter Rothschild, affirmant pour la première fois le soutien de son gouvernement à la mise en place d’un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine mandataire, restera rangée en toute sécurité à Londres. (La famille Rothschild en a fait don au British Museum, qui l’a ensuite transférée à la British Library.)

« Il est regrettable que nous rations le 100e anniversaire, a déclaré Pinski, du ministère de Jérusalem et du Patrimoine. Mais il est bien préférable de présenter la déclaration Balfour à l’inauguration du musée de l’Indépendance. »

Bataille sur Balfour

Nonobstant l’emplacement physique du document pendant le centenaire, Israéliens et Palestiniens ont déjà lancé des campagnes rivales, interprétant chacune l’importance historique du document en fonction de leur narratif respectif.

D’importants responsables de Ramallah ont promis de poursuivre en justice le gouvernement britannique, et disent du mal du « célèbre » document, dans lequel la Grande-Bretagne a donné, « sans aucun droit, autorité ou consentement de quiconque, la terre de Palestine à un autre peuple », comme l’a déclaré en septembre aux Nations unies Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne.

Dans un éditorial publié mercredi par Newsweek, Saeb Erekat, chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a écrit que la déclaration était une « grave insulte à la justice mondiale », et a exhorté le Royaume-Uni à s’en excuser.

Le Hamas a suivi le mouvement, déclarant mercredi soir dans un communiqué que le droit des Palestiniens à la terre était « sacré et ne peut pas être effacé par la promesse vide d’un criminel à un autre. »

A Jérusalem, la déclaration Balfour est célébrée comme l’une « des premières déclarations par un acteur international majeur qui reconnaît le droit du peuple juif à l’autodétermination dans sa patrie historique », comme l’a déclaré dans un communiqué publié mercredi l’ambassade israélienne.

L’ambassadeur d’Israël à Londres, Mark Regev, a marqué mercredi l’occasion en lâchant 99 ballons, et en projetant le texte de la déclaration sur la façade de l’ambassade.

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