Complots d’ultradroite: renvoi en correctionnelle requis pour Rémy Daillet et son groupuscule
D'après les investigations, les mis en cause cherchaient à renverser des institutions républicaines, via l'action armée contre différentes cibles, entre responsables politiques, personnalités juives...
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Usine à vaccins contre le Covid ou « personnalités juives » ciblées: le parquet national antiterroriste (Pnat) requiert le renvoi devant le tribunal correctionnel de Rémy Daillet, figure complotiste, pour son rôle central présumé dans un dossier protéiforme entre projets d’ultradroite pour déstabiliser l’Etat et enlèvement d’une enfant, Mia, en 2021.
Le Pnat demande également le renvoi en correctionnelle de 14 autres personnes, dont la mère de la petite Mia, brièvement enlevée avant d’être retrouvée saine et sauve au printemps 2021, selon des réquisitions dont l’AFP a eu connaissance jeudi, confirmant une information du Monde.
Dans ce dossier tentaculaire, on croise parmi les cibles évoquées Édouard Philippe, Premier ministre au temps de la crise sanitaire ou des personnalités de confession juive comme Jacques Attali, qu’il faudrait ainsi « enlever » pour « filmer leurs aveux », selon les échanges entre certains mis en cause. Un centre de vaccination contre le Covid à faire « sauter » est aussi évoqué, tout comme « faire péter » une église où se dérouleraient des « séances sataniques »…
Tous les regards des protagonistes convergent vers Rémy Daillet, 59 ans aujourd’hui, présenté comme l’inspirateur de ce groupuscule. Parmi ses suiveurs, on le décrit devant les enquêteurs comme un « fou furieux » qui a tout de même su séduire. Mais son projet de « renversement du pouvoir », au départ « pacifique », a indéniablement évolué vers quelque chose de plus violent, finissent par admettre certains durant les investigations.
Via sa chaîne YouTube – depuis fermée – l’homme élancé cultivant une allure de dandy diffusait des vidéos, certaines vues plusieurs centaines de milliers de fois, dénonçant pèle-mêle les vaccins, la 5G, l’Europe, les « chemtrails » (épandages aériens) ou encore les « placements abusifs d’enfants ».
Depuis la Malaisie
Un des volets du dossier concerne d’ailleurs un enfant. La petite Mia, huit ans à l’époque, résidait chez sa grand-mère dans les Vosges quand elle avait été enlevée le 13 avril 2021 par plusieurs hommes à la demande de sa mère, qui n’en avait plus la garde et n’avait plus le droit de la voir seule.
La mère et la fillette avaient été retrouvées saines et sauves cinq jours plus tard dans un squat en Suisse.
Accusé d’avoir incité cet enlèvement à distance, Rémy Daillet avait été arrêté fin mai 2021 sur l’île touristique malaisienne de Langkawi où il résidait avec sa compagne et ses enfants: la Malaisie les avait expulsés vers la France car leurs visas avaient expiré. Écroué en juin 2021, il a été remis en liberté sous contrôle judiciaire deux ans plus tard.
Cet enlèvement n’était qu’une des facettes d’un plan d’actions violentes, selon les enquêteurs, préparées par un groupuscule d’ultradroite.
D’après les investigations, les mis en cause cherchaient à renverser des institutions républicaines, via l’action armée contre différentes cibles, entre responsables politiques, personnalités juives, centres de vaccination contre le Covid ou encore antennes 5G.
Grenades, arbalètes
Dans le détail, cinq personnes sont accusées par le Pnat d’avoir participé à un groupement en vue d’un projet terroriste, six à l’enlèvement de la fillette, et quatre sur ces deux terrains, dont Rémy Daillet.
Rémy Daillet a agrégé autour de ses idées, selon les enquêteurs, des profils divers, allant du sans emploi à l’ancien militaire ou au musicien. Chez l’un d’entre eux, on retrouvera un petit arsenal, entre grenades, revolvers, arbalètes et poignards. Il est question aussi d’intercepter un stock de Famas (fusil d’assaut militaire) voué à la destruction pour se doter en armes. Des renseignements sur des explosifs ont aussi été retrouvés sur des supports numériques.
L’information judiciaire avait été ouverte en mai 2021 après de premières interpellations liées à un groupuscule à l’idéologie néonazie, « Honneur et nation », soupçonné d’un projet d’action violente, baptisé « Projet Alsace », qui aurait notamment visé une loge maçonnique en Moselle.
L’enquête s’était ensuite élargie, mettant au jour un « Projet Azur », nom donné au « coup d’État » qui aurait été envisagé. Les protagonistes auraient ainsi évoqué des sites stratégiques ou encore des services de police de la capitale. Des messages retrouvés parlent encore de « 200 a 300 soldats » pour « en finir » avec Emmanuel Macron.
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