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COP 27: Les experts israéliens de la transition climatique s’entourent des meilleurs

Le YK Center, du nom du professeur Yehuda Kahane, expert en assurance et gestion des risques, a organisé un sommet mondial sur le financement de la transition climatique

L’entrée principale de la COP27 de l’ONU sur le climat à Charm el-Cheikh, en Egypte, le 7 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)
L’entrée principale de la COP27 de l’ONU sur le climat à Charm el-Cheikh, en Egypte, le 7 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

CHARM EL-CHEIKH, Egypte — L’un des plus grands défis pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et permettre au monde de s’adapter aux conséquences du changement climatique est de savoir comment basculer des milliers de milliards de dollars investis dans des initiatives qui nuisent à la planète vers des initiatives de nature à prendre soin d’elle.

L’Agence internationale de l’énergie, basée à Paris, estime à 4 000 milliards de dollars le montant des investissements dans des projets et infrastructures d’énergie propre nécessaires chaque année, jusqu’en 2030, afin de respecter l’engagement pris à Paris, en 2015, de maintenir la hausse des températures à une moyenne de 1,5 degré Celsius, par rapport à l’époque préindustrielle.

Et 10 000 milliards de dollars par an seraient nécessaires pour mettre en œuvre les 17 objectifs de développement durable de l’ONU d’ici 2030-2035.

Ces objectifs comprennent notamment l’action climatique et l’amélioration de la société dans des domaines tels que la santé, l’éducation, l’égalité et l’accès à des ressources naturelles durables.

Les gouvernements seuls ne seront pas en mesure de fournir ces fonds.

Selon Moshe Bareket, directeur sortant de l’Autorité israélienne du marché des capitaux, des assurances et de l’épargne, les dépenses annuelles des gouvernements du monde entier ne se montent qu’à 30 000 milliards de dollars.

Le gros du travail devra donc être fait par les institutions financières, banques et caisses de retraite, d’épargne et d’assurance, qui investissent l’argent des ménages.

Depuis sept ans, les lauréats de l’Académie mondiale des arts et des sciences [WAAS, acronyme anglais] réfléchissent à la meilleure manière pour les gouvernements et le secteur privé de travailler ensemble pour rediriger ces fonds considérables.

Le trader Gregory Rowe, à gauche, avec ses collègues de la Bourse de New York, le 1er décembre 2021. (Crédit : AP Photo/Richard Drew)

Certains d’entre eux étaient présents, la semaine passée, au sommet mondial sur les solutions financières organisé lors de la conférence des Nations Unies sur le climat (COP27) à Charm el-Cheikh par le YK Center israélien, en collaboration avec le Centre mondial d’innovation des Nations Unies sur le changement climatique.

Parmi les participants, que ce soit en tant que conférenciers ou dans le public, on comptait plusieurs grands noms de la finance durable, parmi lesquels la Prof. Phoebe Koundouri, co-présidente du Réseau des Nations Unies pour le développement durable en Europe, l’ex-patron de British Petroleum (BP) devenu méga-investisseur en développement durable, Lord John Browne, l’ex-directeur général des finances de la Banque européenne d’investissement, René Karsenti et Simon Zadek, ex-codirecteur d’un groupe de travail des Nations Unies sur le financement numérique des objectifs de développement durable et président de l’Initiative pour le financement de la biodiversité.

La session a donné une idée des pistes ouvertes par les esprits les plus éclairés sur la question.

YKCenter porte le nom de son président, le professeur Yehuda Kahane, expert en assurance et gestion des risques qui s’est consacré ces dernières années à orienter les progrès vers la mise en œuvre des objectifs de développement durable des Nations Unies.

Malgré l’important accident vasculaire cérébral dont il a été victime il y a trois ans, qui le prive encore de la parole, Kahane, qui est membre du conseil exécutif de WAAS, a développé un cadre pour une obligation durable pour les gouvernements, qu’il a présenté à l’occasion de cet événement.

Moshe Bareket, le directeur sortant de l’Autorité israélienne du marché des capitaux, des assurances et de l’épargne, prend la parole lors d’un événement à la conférence des Nations Unies sur le climat COP27 à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 9 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Bareket s’appuie sur cette idée pour préconiser le remplacement de la comptabilité nationale conventionnelle par un budget national durable reflétant les coûts réels des émissions de gaz à effet de serre, connus sous le nom d’externalités.

La pollution, par exemple, nuit à l’environnement et à la santé publique, mais elle n’est pas valorisée et les pollueurs ne paient pas. C’est le gouvernement qui finance les hôpitaux qui traitent les personnes souffrant de maladies respiratoires liées à la pollution.

L’ensemble de l’économie – et le calcul des risques et récompenses – changerait rapidement si ces externalités négatives étaient mesurées, leurs coûts calculés et assumés par ceux qui les occasionnent, et si les gouvernements récompensaient l’activité économique positive par des garanties, mécanismes de partage des risques et incitations à augmenter les rendements, a proposé Bareket.

Ketan Patel, également membre du WAAS, a adopté une approche différente. Il a créé Force for Good, pour examiner l’avenir du capitalisme.

Cette initiative a analysé les activités des institutions financières représentant 170 000 milliards de dollars sur les 400 000 milliards de dollars d’actifs liquides bruts dans le monde et les a mesurées par rapport aux objectifs de développement durable de l’ONU.

Force for Good identifie actuellement une poignée de projets – six jusqu’à présent – qui, selon elle, sont susceptibles d’avoir un impact important sur la qualité de vie, en examinant leur évolutivité et en recherchant des sources de financement.

Ces projets vont des logements abordables à l’inclusion financière de masse, en passant par l’éducation – en particulier des enfants -, la biodiversité, la technologie et l’individu, et vont de pair avec un changement systémique de la tarification des activités économiques pour prendre pleinement en compte les externalités négatives.

De gauche à droite : Stefan Brunnhuber, Ketan Patel et Tal Ronen, président et cofondateur du YK Center, discutent du financement climatique lors de la conférence des Nations Unies sur le climat COP27 à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 9 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Stefan Brunnhuber, qui a également pris la parole lors de l’événement, dirige une initiative au WAAS appelée le TAO of Finance, qui préconise l’introduction d’une monnaie électronique qui s’ajouterait au système monétaire conventionnel et serait spécifiquement affectée au financement des objectifs de développement durable.

Massamba Thioye, chef de projet au Global Innovation Hub de la CCNUCC, a pour sa part présenté ses travaux sur une obligation verte liée aux crédits carbone.

Massamba Thioye (à gauche) et Yehuda Kahane lors de la conférence des Nations Unies sur le climat COP27 à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 9 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Les obligations vertes sont taxées de favoriser l’éco-blanchiment – en prétendant, de manière frauduleuse, financer des projets avec des impacts environnementaux positifs – et de générer des fonds pour des projets qui auraient été financés d’une manière ou d’une autre.

L’idée de Thioye, basée sur la blockchain et actuellement pilotée par des sociétés telles que Goldman Sachs, est de créer des portefeuilles obligataires de nouveaux projets verts (par exemple, dans le reboisement de masse) et de les rendre doublement attractifs pour les investisseurs en les liant à des crédits carbone.

Les crédits carbone sont des permis, échangés entre pays ou entreprises qui ont trouvé des moyens de réduire ou capturer et stocker les gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone et le méthane, et les pays ou entreprises qui ont besoin de compenser les émissions dont il leur est difficile de se débarrasser complètement, afin de réduire leur empreinte carbone.

Les gouvernements et entreprises qui achèteraient ces obligations pourraient en tirer deux avantages : contribuer à l’engagement de leur pays d’aider les pays en développement à s’adapter aux effets du changement climatique et compenser leurs propres émissions de carbone.

S’agissant du premier point, les dirigeants mondiaux se sont engagés, sans y être encore parvenus, à fournir 100 milliards de dollars par an en aide climatique aux pays du Sud.

Jeffrey Sachs, célèbre économiste américain et ex-directeur de l’Institut de la Terre à l’Université Columbia, a souligné le coût élevé des prêts pour les pays en développement.

Il a indiqué que, sur 82 pays à revenu faible ou faible et intermédiaire, 79 n’avaient pas de note d’investissement (indiquant la qualité de leur crédit), ce qui signifiait que les prêts étaient coûteux parce que les prêteurs les considéraient comme présentant un risque élevé.

Il a proposé que la Banque mondiale et les institutions régionales similaires utilisent leur note triple A pour emprunter massivement et ensuite prêter aux pays pauvres à des taux d’intérêt beaucoup plus bas.

Jeffrey Sachs. (Crédit : Mahmoud, CC BY 2.0, Wikimedia Commons).

Sachs a ajouté : « Le problème n’est pas de trouver de l’argent ou de savoir comment faire techniquement. Le problème, c’est le pouvoir et la décision de faire les choses. »

« Quand on pense que le monde produit pour 100 000 milliards de dollars par an, 4 000 milliards de dollars, ce n’est pas grand chose. »

L’atmosphère est devenue une « déchèterie gratuite », a-t-il poursuivi, parce que de nombreux politiciens dans des pays comme les États-Unis ne veulent pas contrarier les entreprises de combustibles fossiles comme Exxon, qui leur apportent des fonds.

Les États-Unis interdisent également les investissements et exportations de technologies vers la Chine, car ils ne veulent pas que les pays en développement réussissent, a-t-il accusé.

L’Occident, qui ne représente que 10 % de la population mondiale, veut continuer à décider pour les 90 % restants, a-t-il poursuivi.

« Le monde doit dire à l’Occident que les règles du jeu ont changé… En faisant payer pour les déchets, en établissant un plan d’investissement public, on fera passer le financement du développement de 100 milliards de dollars à mille milliards de dollars par an grâce aux organisations internationales qui seront créées. On aura alors plus de 20 % des habitants des pays en développement avec l’électricité et un accès au numérique. Ce n’est pas si difficile, une fois que la décision est prise », a-t-il conclu.

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