Corbyn, et l’antisémitisme autour de lui, répudiés par la victoire de Johnson
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Analyse

Corbyn, et l’antisémitisme autour de lui, répudiés par la victoire de Johnson

La responsabilité d'une défaite si écrasante ne peut être attribuée qu'au chef Travailliste lui-même - largement considéré comme un antisémite, objet de méfiance de l'électorat

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Jeremy Corbyn, le chef du parti Travailliste britannique de l'opposition  prononce un discours lors d'un meeting de campagne consacré au Brexit à Harlow en Angleterre, le mardi 5 novembre 2019. Les Britanniques vont voter le 12 décembre. (AP Photo/Matt Dunham)
Jeremy Corbyn, le chef du parti Travailliste britannique de l'opposition prononce un discours lors d'un meeting de campagne consacré au Brexit à Harlow en Angleterre, le mardi 5 novembre 2019. Les Britanniques vont voter le 12 décembre. (AP Photo/Matt Dunham)

Aux environs de 1 heure 30, dans la nuit de jeudi à vendredi, lorsque les résultats électoraux des circonscriptions de Workington et de Darlington ont été annoncés, pratiquement l’un après l’autre, il a été clairement établi que les résultats d’un sondage de sortie des urnes diffusée à la télévision et qui prédisait un raz-de-marée en faveur des conservateurs étaient justes.

Ces deux circonscriptions britanniques, qui votaient pour les Travaillistes depuis des décennies, abandonnaient ainsi la formation dirigée par Jeremy Corbyn et se rangeaient dorénavant aux côtés de Boris Johnson.

La nuit passant, les résultats n’ont cessé de confirmer l’ampleur de la cuisante défaite de Corbyn face à ce que Johnson a qualifié vendredi, pour sa part, de victoire « géniale » et « historique ». Dévasté, Corbyn a rapidement annoncé, non sa démission immédiate, mais qu’il ne prendrait pas la tête du parti « dans une future élection ».

Une victoire de cette envergure peut être attribuée à de nombreux facteurs. Et dans la mesure où le scrutin s’est focalisé sur la promesse de Johnson de mettre en oeuvre le Brexit et de sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne, le résultat souligne un profond soutien à ce positionnement – que Johnson avait décrit comme un engagement puissant à « réaliser le Brexit ». Mais il signale également un rejet personnel de Corbyn.

La vaste majorité des Juifs britanniques a célébré avec prudence les chiffres de sortie des urnes et ils ont éprouvé un soulagement croissant tout au long de la nuit. Le danger représenté par un dirigeant britannique qui serait un opposant de toute une vie à Israël, un leader de parti ayant permis à l’antisémitisme de prospérer au Labour, était dorénavant écarté.

Si le parti travailliste n’avait été vaincu que de peu, certains partisans de Corbyn auraient pu chercher à blâmer la communauté juive pour cet échec, qu’ils ont accusé de grossir le problème de la haine anti-juive au sein de la formation. Et en effet, Ken Livingstone, ancien maire de Londres appartenant aux rangs travaillistes, qui a insisté sur le fait qu’Hitler était initialement sioniste et qui avait qualifié la crise de l’antisémitisme dans le parti de « mensonges et de calomnies », a tenté de le faire – disant avec sarcasme que « le vote juif n’a pas été très utile ».

Mais même les soutiens les plus fervents de Corbyn savent que la responsabilité d’une défaite si large ne peut qu’être attribuée qu’au dirigeant du parti lui-même.

Johnson figure parmi les politiciens les plus charismatiques, mais pas des plus crédibles. De manière notoire, avant le référendum de 2016 sur le Brexit, il avait écrit deux tribunes – une en faveur de la sortie de l’Europe et une en faveur du maintien au sein de l’Europe – et publié la version qui, selon lui, servait le mieux ses intérêts politiques. Il avait réussi brièvement à suspendre les activités du Parlement, au début de l’année, pour tenter de faire adopter de force sa version du Brexit, seulement pour s’entendre dire de manière humiliante par la plus haute cour de Grande-Bretagne que ses agissements étaient illégaux.

Il avait mis en place une campagne peu subtile focalisée sur le Brexit, remplie d’assertions financières douteuses.

Il s’était également emparé du téléphone d’un journaliste avant de le mettre dans sa poche plutôt que de regarder la photographie qui lui était montrée d’un jeune garçon étendu sur le sol d’un hôpital dans une Grande-Bretagne dont les services de santé rencontrent de multiples difficultés, et il avait disparu dans une chambre froide pour éviter une demande d’entretien non-désirée.

Qu’il ait remporté ces élections de manière aussi spectaculaire, dans une Grande-Bretagne aussi divisée sur la question du Brexit, souligne qu’au moins une partie de l’électorat a voté pour les conservateurs parce qu’au-delà de tout le reste, elle craignait – et rejetait – la perspective d’un Premier ministre Corbyn.

Un grand nombre des promesses faites par Corbyn de s’attaquer aux inégalités, notamment en ré-allouant des ressources nationales à des causes aussi déterminantes que les services de santé et d’éducation nationaux, ont touché une corde sensible – mais même de nombreux électeurs partageant ses points de vue ne sont pas parvenus à lui faire entièrement confiance.

Horrifié par l’évidence d’un antisémitisme galopant au sein du parti Travailliste et du vide des promesses faites par Corbyn de s’attaquer à ce problème, le Grand rabbin britannique Ephraim Mirvis, généralement plutôt discret, avait pris la peine – un fait sans précédent – d’écrire une tribune qui s’efforçait de convaincre les Britanniques de ne pas voter pour le Labour.

A l’évidence, Mirvis a agi ainsi parce qu’il savait qu’il ne pourrait pas ne pas s’en vouloir un jour s’il ne faisait pas tout ce qui est en son pouvoir pour écarter le spectre d’une victoire de Corbyn.

La défaite de Corbyn donne dorénavant au Labour, qui était dans le passé le parti traditionnel des Juifs de la classe ouvrière, l’opportunité de refaire de la formation une force politique acceptable et crédible. Ce qui dépendra de la capacité des soutiens de Corbyn à survivre à ce dernier – reste à savoir si un grand nombre de radicaux qui ont afflué au Labour à sa suite conserveront leurs positions ou s’ils retourneront dorénavant à la marge.

Dans un entretien diffusé vendredi matin sur Sky News, la présentatrice, Kay Burley, a débattu des raisons de la défaite du Labour avec le député et président travailliste Ian Lavery. Interrompant ses tentatives d’expliquer la défaite, Burley lui a demandé tout de go si était elle imputable à la conviction des électeurs que « votre dirigeant est un antisémite et, en résultat, qu’on ne lui fait pas confiance en ce qui concerne la sécurité et la sûreté de la nation ».

Lavery a essayé de répondre, démentant cette affirmation, mais Sky a dû couper la retransmission et orienter ses caméras ailleurs : Boris Johnson prononçait son discours de victoire.

Ce n’est pas l’indignation des Juifs face à l’antisémitisme au Labour qui est au cœur de cette victoire. Mais comme l’a souligné Burley, de Sky, l’un des facteurs a été la révulsion d’un grand nombre d’électeurs britanniques face à l’antisémitisme et leur compréhension de ce que cette haine disait de Corbyn et du type de gouvernement dont il aurait pris la tête.

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