Après sa défaite, Corbyn dit qu’il démissionnera avant les prochaines élections
Rechercher

Après sa défaite, Corbyn dit qu’il démissionnera avant les prochaines élections

Le chef d'extrême-gauche, mis en cause directement pour la défaite du Labour, résiste aux appels demandant sa démission et attribue ses résultats médiocres au Brexit et aux médias

Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste de l'opposition britannique, prend la parole lors de la déclaration de son siège aux élections générales de 2019 à Islington, Londres, le vendredi 13 décembre 2019. (Crédit : AP/Alberto Pezzali)
Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste de l'opposition britannique, prend la parole lors de la déclaration de son siège aux élections générales de 2019 à Islington, Londres, le vendredi 13 décembre 2019. (Crédit : AP/Alberto Pezzali)

Jeremy Corbyn résistait encore, vendredi matin, aux appels à sa démission immédiate du poste de chef du Labour, indiquant qu’il se retirerait avant le prochain scrutin qui serait organisé en Grande-Bretagne, face aux pressions immenses qui ont suivi les prédictions d’une défaite écrasante du parti de l’opposition face aux conservateurs.

« Je ne dirigerai pas le parti lors de la campagne pour les prochaines élections générales », a expliqué le socialiste après avoir remporté son siège pour un district du nord de Londres pour la dixième fois.

Ces propos ont été tenus alors que les appels à la démission immédiate de Corbyn se multiplient et que les critiques, au sein de la formation, clament que ce sont ses positionnements d’extrême-gauche, sa mauvaise gestion du Labour et son incapacité à prendre en charge la crise de l’antisémitisme qui ont détourné les électeurs.

Il a admis dans un discours que les résultats étaient « très décevants ».

Mais il n’est pas allé jusqu’à dire qu’il se retirerait immédiatement de son poste de numéro un de la formation travailliste, annonçant qu’il accompagnerait le parti à travers un « processus de réflexion » sur le revers électoral subi.

Corbyn a défendu son « programme d’espoir » et maintenu que le Labour avait été « extrêmement populaire » pendant la campagne. Mais il ajouté que son message avait été éclipsé par le Brexit.

« Le Brexit a tellement divisé et clivé le débat dans ce pays, il a primé sur tout ce qui relevait du débat politique habituel », a-t-il affirmé. « Je reconnais que cela a contribué aux résultats. »

Une enquête d’opinion diffusée juste après la fermeture des bureaux de vote a prédit sur les conservateurs de Boris Johnson obtiendraient 368 sièges à la Chambre des communes, qui en compte 650, et que le Labour n’en arracherait que 191 – le pire résultat obtenu par la formation depuis la Seconde guerre mondiale. Au cours du dernier scrutin de 2017, les conservateurs avaient gagné 318 sièges et le parti Travailliste 262.

« C’est Corbyn » a dit l’ex-ministre du cabinet du Labour Alan Johnson, interrogé sur les mauvais résultats. « Nous savions qu’il était incapable de diriger, nous savions qu’il était dépourvu de toutes les qualités nécessaires pour diriger un parti politique ».

Le 26 mars 2018, manifestation contre le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein de son parti devant le Parlement britannique, au centre de Londres. (AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

Les premiers résultats montrent l’importance de la chute du Labour alors que les conservateurs remportent un certain nombre de sièges dans des villes de la classe ouvrière du nord de Londres – un électorat qu’ils avaient dans le passé des difficultés à séduire.

Les conservateurs ont ainsi – de manière significative – gagné dans la cille de Workington, dans le nord de l’Angleterre, qui s’était trouvée entre les mains du parti Travailliste pendant presque tout le siècle dernier, ainsi quà Blythe Valley, pour la toute première fois.

La députée juive Ruth Smeeth, qui devrait perdre son siège face aux conservateurs, a vivement recommandé à Corbyn d’annoncer « sa démission en tant que leader du Labour dès aujourd’hui et de son propre gré. Cela fait de nombreux, nombreux mois qu’il aurait dû partir ».

Smeeth a été à la tête du Jewish Labour Movement, qui avait rompu les liens avec Corbyn avant le scrutin, l’accusant l’antisémitisme.

« Nous sommes devenus le parti raciste, le parti malveillant en raison des agissements de notre leader et du manque d’actions de sa part », a-t-elle commenté.

David Lammy (2 à droite), membre du Parti travailliste britannique, se joint aux membres de la communauté juive qui manifestent contre le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du parti travailliste devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres le 26 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

Un député travailliste non-identifié qui devrait aussi perdre son siège a déclaré au Guardian que « le seul avantage de tout ça, c’est que Corbyn doit partir. Il peut maintenant prendre sa retraite – cette défaite est de son entière responsabilité. »

Jon Lansman, chef du mouvement Momentum au sein du Labour qui a fait partie des soutiens les plus fervents de Corbyn, a déclaré devant les caméras de ITV qu’il pensait que Corbyn ne « s’incrusterait pas plus que nécessaire » tout en soulignant que son départ ne devait pas être toutefois précipité.

« Noël n’est pas loin. Je ne pense pas que des décisions à ce sujet doivent obligatoirement être prises avant la nouvelle année », a-t-il dit.

Mais Lansman a maintenu que la focalisation, pendant le scrutin, sur le Brexit avait noyé le parti.

L’équipe de Corbyn a aussi mis en cause « l’épuisement du Brexit », affirmant que les électeurs avaient été gagnés par les promesses faites par Johnson de mettre un terme à des années de débat sur la sortie des Britanniques de l’Union européenne.

Mais les critiques de l’aile plus centriste des Travaillistes s’en sont pris au leader et le hashtag #Corbynout s’est rapidement propagé sur les réseaux sociaux.

« Cette élection a été en soi un référendum sur Corbyn », a estimé Andrew Adonis, ancien ministre sous les ordres de l’ex-Premier ministre travailliste Tony Blair.

Une source ayant conservé l’anonymat au sein du parti a dit que c’était Corbyn qui était responsable de ces performances médiocres.

« L’idée d’attribuer tout ça à la politique du Brexit n’a aucun fondement. Parlez aux candidats et ils vous diront que pour deux portes où nous avons frappé où notre positionnement sur le Brexit a été évoqué, il y a eu huit portes où on nous a dit qu’il y avait un problème avec Jeremy Corbyn. Son autorité a été inévitablement un problème et cela signifie que cela a été très dur d’aller jusqu’au programme », a dit la source.

« L’antisémitisme était un problème à Londres, au début de la campagne, mais il est devenu un problème dans le reste du pays au milieu de la campagne », a dit une source haut placée au Guardian. « Les gens n’ont pas compris pourquoi il ne s’excusait pas pour ce qui était en train de se passer ».

Corbyn a pris la tête le principal parti d’opposition britannique avec le désir de remodeler le pays sur une ligne socialiste, mais il semble avoir mené sa formation à sa pire défaite depuis 1935.

Pour ses soutiens, le septuagénaire avait donné une chance de mettre en oeuvre un agenda radical de gauche, secouant l’économie et mettant un terme à une décennie de coupure des dépenses publiques par les conservateurs.

Le chef du Parti travailliste d’opposition, Jeremy Corbyn, lors d’une visite au Whitby Leisure Centre à Whitby, dans le nord de l’Angleterre, dans le cadre de sa campagne électorale, le 1er décembre 2019. (Paul Ellis/AFP)

Mais le public, au sens plus large, n’a pas été séduit – une situation empirée par son refus de prendre position sur le Brexit et par les accusations d’antisémitisme et de sympathie affichée à l’égard de terroristes.

Barbu, ne buvant pas d’alcool, adorant faire des confitures, Corbyn a fait campagne pendant toute sa vie pour des causes socialistes et il a passé des années en marge du parti travailliste.

Mais il s’était mis en avant lors des élections à la tête du parti en 2015 pour garantir qu’une voix de gauche serait représentée et il a créé la surprise en l’emportant, propulsé au pouvoir par le soutien du terrain.

Ses jeunes partisans habitant les plus grands centres urbains de l’Angleterre lui ont voué une adoration allant jusqu’au culte – un élément qu’il avait su utiliser lors des élections de 2017 de manière concluante.

Il avait organisé d’importants rassemblements dans tout le pays et, cette année-là, plus de 100 000 personnes avaient scandé son nom alors qu’il prenait la parole au festival de Glastonbury.

Le chef du parti travailliste d’opposition britannique, Jeremy Corbyn, brandit le programme de son parti alors qu’il s’adresse à une foule à l’extérieur d’une salle de campagne électorale générale à Swansea, dans le sud du Pays de Galles, le 7 décembre 2019. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Mais il avait perdu de son pouvoir d’attraction aux yeux d’un grand nombre de jeunes pro-européens en raison de son positionnement ambivalent sur le Brexit – qui avait échoué à convaincre le grand public.

Il s’est présenté lors de cette élection comme le leader d’opposition le plus impopulaire à concourir dans un vote britannique.

Corbyn avait entraîné des problèmes à Johnson en clamant qu’il complotait la vente des services nationaux de santé dans le cadre d’un accord commercial post-Brexit « toxique » avec le président américain Donald Trump.

Ses mises en garde sur l’impact de longues années d’austérité avaient également aidé à changer le débat, les conservateurs promettant plus de fonds alloués aux services publics.

Mais avec le Brexit, il a été accusé d’une absence d’autorité et de prévoyance sur l’une des questions les plus déterminantes.

Il y avait déjà eu une rébellion concernant son leadership après le référendum, au mois de juin 2016, consacré à la sortie de l’Union européenne, en raison de sa performance terne en faveur d’un maintien au sein de l’Union pendant la campagne officielle.

Eurosceptique pendant toute sa vie, il avait ensuite accepté la politique Travailliste d’appel à un second référendum, disant que lui-même conserverait une position de neutralité.

Corbyn est originaire d’un milieu socialiste – ses parents s’étaient rencontrés en faisant de l’activisme en Grande-Bretagne pendant la guerre civile espagnole.

Il admet lui-même n’avoir pas été « un étudiant académiquement brillant ». Il avait travaillé dans des syndicats avant d’être élu à la Chambre des communes en 1983.

Les conservateurs ont accusé Corbyn de n’offrir que davantage d’incertitudes concernant le Brexit et ils ont comparé le leader d’extrême gauche à un théoricien du complot désespéré.

Ils ont également clamé qu’il représentait un risque sécuritaire.

Corbyn a toujours critiqué les interventions militaires britanniques et américaines et il est accusé d’avoir sympathisé avec des organisations terroristes interdites, de l’IRA au Hamas.

Ils ont également pointé du doigt les accusations d’antisémitisme qui ont fleuri au sein du mouvement sous sa direction.

Jeremy Corbyn (deuxième à partir de la gauche) tenant une couronne lors d’une visite aux martyrs de Palestine, en Tunisie, en octobre 2014. (Crédit : page Facebook de l’ambassade palestinienne en Tunisie)

Le grand-rabbin britannique a suggéré que l’antisémitisme était un « nouveau poison » au sein du parti, qui a été encouragé « depuis le plus haut de la hiérarchie ».

Corbyn n’est pas parvenu à atténuer la polémique au cours d’une interview télévisée accordée à la BBC, échouant de manière répétée à présenter ses excuses à la communauté juive du pays.

Il avait également montré qu’il pouvait être à la fois irascible et évasif lorsqu’il était mis en difficulté, comme cela avait le cas, en 2018, quand il avait été interrogé sur le dépôt d’une gerbe pour les terroristes palestiniens, quatre ans auparavant.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...