Cour suprême : Esther Hayut veut une enquête sur la juge qui a raillé Berland
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Cour suprême : Esther Hayut veut une enquête sur la juge qui a raillé Berland

Quand l'avocat du rabbin a fait part de ses craintes concernant sa santé, Sharon Lary-Bavly a suggéré qu'il prenne des Mentos - qu'il aurait délivré comme "médicament magique"

Le rabbin Eliezer Berland arrive pour une audience au tribunal de première instance de Jérusalem, le 13 février 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le rabbin Eliezer Berland arrive pour une audience au tribunal de première instance de Jérusalem, le 13 février 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

La présidente de la Cour suprême, Esther Hayut, a ordonné l’ouverture d’une enquête sur une magistrate qui s’était moquée d’un rabbin condamné pour agressions sexuelles et aujourd’hui accusé d’avoir escroqué des malades en phase terminale, une arnaque qui lui aurait rapporté des millions de shekels, notamment par le biais de la délivrance de faux médicaments.

La cour des magistrats de Jérusalem a prolongé, jeudi, la détention d’Eliezer Berland de huit jours. Le rabbin avait été arrêté dans le cadre d’une vaste fraude impliquant des paiements en liquidités en échange de la promesse de guérisons miraculeuses.

La juge Sharon Lary-Bavly a écrit dans sa décision que Berland avait « exploité avec cynisme » ses victimes présumées en leur donnant, entre autres, « des Mentos sous couvert de médicaments ».

Au cours des délibérations, l’avocat de Berland, Amit Hadad, avait soulevé la question de la mauvaise santé de son client pour justifier le fait qu’il ne soit pas maintenu en détention.

La magistrate Sharon Lary-Bavly. (Crédit : Tribunaux israéliens)

Lary-Bavly avait riposté : « Donnez-lui un Mentos. »

Cette raillerie avait été largement saluée sur les réseaux sociaux mais elle a entraîné la réprobation de la présidente de la Cour suprême, qui a réclamé l’ouverture d’une enquête sur le comportement de Lary-Bavly, dimanche. La magistrate de Jérusalem sera convoquée pour une audience, ont indiqué les médias.

Berland, condamné pour agressions sexuelles, avait été arrêté pour fraude après le dépôt de centaines de plaintes contre lui, l’accusant d’avoir vendu des prières et des « médicaments magiques » à des membres de sa communauté malades ou handicapés – et notamment en promettant à des familles de personnes paralysées que l’être cher serait bientôt en mesure de marcher et aux familles de détenus condamnés que ces derniers seraient libérés de prison.

Il avait été appréhendé dimanche dernier dans le quartier Mea Sharim de Jérusalem, aux côtés de son épouse et d’autres hauts-responsables de sa secte ultra-orthodoxe de Shuvu Bonim. Cette arrestation avait donné lieu à des affrontements entre les fidèles du rabbin et la police.

Des partisans du rabbin Eliezer Berland protestent devant le tribunal de première instance de Jérusalem contre son arrestation pour suspicion d’escroquerie, le 13 février 2020. (Autorisation)

Lors du raid qui avait suivi l’arrestation, des dizaines de boîtes de poudres et des pilules avaient été retrouvées au domicile du rabbin. Elles étaient délivrées aux malades comme étant des « médicaments magiques ». Des tests initiaux réalisés en laboratoire avaient révélé qu’ils étaient constitués de médicaments anti-douleur en vente libre et de bonbons, notamment de Mentos, avaient fait savoir les officiels.

Dans une déclaration devant le tribunal, la police avait expliqué qu’une enquête sous couverture sur Berland, entamée quelques mois auparavant, avait ouvert une boîte de Pandore qui avait finalement permis à 200 témoins de se manifester.

Berland avait nié les accusations lancées à son encontre lors de l’audience de dimanche dernier, clamant qu’il n’avait offert que des bénédictions et des services de guérison lorsque cela lui avait été demandé et ce pour des sommes bien inférieures à celles avancées par la police. La cour avait à ce moment-là requis le placement en détention des suspects impliqués pour cinq jours.

Berland fait l’objet d’un véritable culte parmi les milliers de membres de son groupe – une branche de la secte hassidique de Breslev. Il avait fui Israël en 2013, accusé d’agressions sexuelles à l’encontre de plusieurs femmes parmi ses disciples.

Après avoir échappé aux forces de l’ordre pendant trois ans et parcouru différents pays, Berland avait été condamné, au mois de novembre 2016, à 18 mois de prison pour deux chefs d’inculpation d’attentat à la pudeur et pour un chef d’inculpation d’agression sexuelle dans le cadre d’un arrangement judiciaire qui comprenait alors sept mois de prison ferme.

Il avait été libéré pour raison de santé cinq mois plus tard.

Il avait depuis repris ses activités en tant que chef spirituel de la communauté Shuvu Bonim.

L’avocat israélien Amit Hadad pendant une audience à la cour de district de Tel Aviv, le 5 février 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’avocat Hadad, qui fait également partie de l’équipe assurant la défense du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans ses mises en examen pour corruption, avait fait savoir, jeudi, devant les caméras de la Douzième chaîne qu’il s’était emparé du dossier de Berland par sympathie pour le rabbin, notant son mauvais état de santé et la manière dont il avait été traité depuis son arrestation.

Berland, 82 ans, s’est fait poser une endoprothèse mercredi, menotté, à son lit du centre médical Shaare Zedek de Jérusalem. Immédiatement après l’intervention, il a été pris en charge à l’hôpital de la prison Ayalon, dans le centre du pays.

« Ils prennent un homme de 82 ans, atteint d’un cancer, auquel il ne reste qu’un seul rein ; ils ignorent son état de santé et maintenant ils demandent à prolonger son arrestation ? Il n’y survivra pas », avait-il estimé.

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