Cour suprême : Le racisme du dirigeant d’Otzma Yehudit est « évident »
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Cour suprême : Le racisme du dirigeant d’Otzma Yehudit est « évident »

Lors de la session sur l'interdiction ou non de la liste extrémiste, l'avocat de Michael Ben-Ari dit que 99 % des Arabes seraient des ennemis ; Heurts entre Smotrich et la juge

  • Michael Ben-Ari du parti Otzma Yehudit assiste à une audience à la Cour suprême de Jérusalem, le 14 mars 2019, pour être autorisé à se présenter à un siège à la Knesset. (Crédit : GIL COHEN-MAGEN / AFP)
    Michael Ben-Ari du parti Otzma Yehudit assiste à une audience à la Cour suprême de Jérusalem, le 14 mars 2019, pour être autorisé à se présenter à un siège à la Knesset. (Crédit : GIL COHEN-MAGEN / AFP)
  • Itamar Ben Gvir (G), de Otzma Yehudit, se dispute avec le candidat arabe israélien Ata Abu Madighem après une audience à la Cour suprême à Jérusalem, le 14 mars 2019. (Photo par GIL COHEN-MAGEN / AFP)
    Itamar Ben Gvir (G), de Otzma Yehudit, se dispute avec le candidat arabe israélien Ata Abu Madighem après une audience à la Cour suprême à Jérusalem, le 14 mars 2019. (Photo par GIL COHEN-MAGEN / AFP)
  • Le député Bezalel Smotrich, du parti HaBayit HaYehudi, prend la parole lors d'une réunion de la Commission des affaires intérieures à la Knesset, le 1er janvier 2018. (Miriam Alster/Flash90)
    Le député Bezalel Smotrich, du parti HaBayit HaYehudi, prend la parole lors d'une réunion de la Commission des affaires intérieures à la Knesset, le 1er janvier 2018. (Miriam Alster/Flash90)
  • Michael Ben-Ari et Itamar Ben Gvir (à droite) du parti Otzma Yehudit assistent à une audience à la Cour suprême de Jérusalem, le 14 mars 2019. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)
    Michael Ben-Ari et Itamar Ben Gvir (à droite) du parti Otzma Yehudit assistent à une audience à la Cour suprême de Jérusalem, le 14 mars 2019. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

La Cour suprême a tenu jeudi une discussion animée sur la candidature de Michael Ben-Ari et Itamar Ben Gvir, membres du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, avec des représentants du ministère public qui ont demandé instamment que le premier soit disqualifié pour les prochaines élections.

M. Ben-Ari, chef du parti Otzma Yehudit – qui fait maintenant partie de l’Union des partis de droite – a fait l’objet de multiples appels visant à interdire sa candidature en vertu de l’article 7A de la Loi fondamentale : La Knesset, qui cite l’“incitation au racisme” comme l’une des trois actions qui disqualifient un candidat pour se présenter à la Knesset. Le procureur général Avichai Mandelblit a exhorté le tribunal à l’interdire, citant ses antécédents de racisme « grave et extrême ».

Ben Ari a insisté sur le fait qu’il n’est pas raciste et que les récents propos mis en lumière dans l’appel dont il fait l’objet ont été pris hors de leur contexte. Il dit qu’il est contre ceux qui sont déloyaux envers Israël en tant qu’État juif, et non contre tous les Arabes.

Lors de l’audience de jeudi, Aner Helman, du ministère public, a fait valoir que l’ancien député de l’Union nationale incitait au racisme depuis des années et que dans ses discours enregistrés tout au long de sa carrière, il ne faisait pas de distinction entre le grand public arabe et les ennemis de l’Etat. Il a dit que pour Ben-Ari, les Arabes « n’ont pas de visage, ils sont tous des traîtres, une cinquième colonne, et une nation de meurtriers ».

Helman a déclaré que ce ne sont pas seulement les paroles de Ben-Ari qui devraient l’empêcher de se présenter aux élections, mais aussi ses tactiques, telles que ses remarques enflammées peu après les attentats terroristes, dans les « moments difficiles où le sang de tout le monde est en ébullition ».

Ben-Ari, qui a été député du parti Union nationale en 2009-2012, est cinquième sur la liste de l’Union des partis de droite, une fusion d’Otzma Yehudit avec HaBayit HaYehudi et l’Union nationale. Ben Gvir est huitième sur la liste commune.

Michael Ben-Ari et Itamar Ben Gvir (à droite) du parti Otzma Yehudit assistent à une audience à la Cour suprême de Jérusalem, le 14 mars 2019. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Le 6 mars, la commission centrale électorale a rejeté de justesse, par 16 voix contre 15, les recours formulés contre la candidature d’Otzma Yehudit à la Knesset.

Le juge Uzi Fogelman a réprouvé Ben-Ari, soulignant un rassemblement qu’il a dirigé en 2018 dans la ville d’Afula, au nord du pays, contre un appel d’offres ouvert à tous ses habitants, y compris les Arabes israéliens. Ben-Ari avait affirmé lors de la manifestation que l’appel d’offres « a été ouvert à l’ennemi comme une forme d’égalité des droits ».

« Cette phrase est claire comme de l’eau de roche », a dit Fogelman. « Cela clarifie le lexique des termes utilisés par Ben-Ari. C’est ici que cette mascarade est révélée. Quel contexte de lutte nationale y a-t-il dans cette affaire concernant un citoyen qui veut vivre à Afula ? »

Les juges ont ensuite cité les propos de Ben-Ari à partir de mai 2018 : « Nous devons appeler les choses par leur nom – ils sont nos ennemis, ils veulent nous anéantir. Bien sûr, il y a des Arabes loyaux, mais ils représentent moins de 1 %. Malheureusement, l’écrasante majorité d’entre eux sont des partenaires à part entière de leurs frères à Gaza ».

Le représentant légal de Ben-Ari, Itzhak Bam, a répondu que son client n’avait « aucun problème » avec les Aarabes israéliens qui sont fidèles à l’Etat d’Israël en tant qu’Etat du peuple juif.

Interrogé par le juge Yitzhak Amit sur la question de savoir si 99 % des Arabes israéliens sont considérés comme des « ennemis » s’ils ne s’identifient pas à ce point de vue, l’avocat de Ben-Ari a confirmé : « C’est la logique ». Il a ajouté qu’il était difficile de connaître le nombre aujourd’hui car « quiconque exprime ces opinions est ostracisé, condamné ».

Le député Bezalel Smotrich, du parti HaBayit HaYehudi, prend la parole lors d’une réunion de la Commission des affaires intérieures à la Knesset, le 1er janvier 2018. (Miriam Alster/Flash90)

À un moment donné, Bezalel Smotrich, le n°2 de l’Union des partis de droite, a interrompu l’audience, ce qui a donné lieu à un échange très inhabituel avec la juge en chef de la Cour suprême, Esther Hayut.

Mme Hayut a dit à Smotrich de se comporter selon les normes du tribunal, et d’ajouter « nous ne sommes pas à la Knesset ».

Smotrich a répondu en disant qu’il considérait cette remarque comme un « manque de respect pour la Knesset » et a ajouté : « Je respecte la Cour et je vous demande de respecter la Knesset et ses représentants. Nous vous respectons et nous représentons l’autorité dirigeante et je vous demande de ne pas nous manquer de respect ».

Hayut lui répliqua qu’il « ne devait pas couper la parole ni crier. La Knesset connaît des interpellations et c’est normal, mais ici ce n’est pas la coutume ». Elle a précisé que sa remarque sur la Knesset ne faisait référence qu’à la différence de règles entre le Parlement et la Cour et qu’elle ne voulait pas manquer de respect.

« Merci pour la précision », dit alors Smotrich.

La juge en chef de la Cour suprême Esther Hayut lors d’une audience à la Cour suprême de Jérusalem, le 14 janvier 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Je ne vous dois pas d’éclaircissement », répondit Hayut.

Smotrich est un farouche opposant de la Cour suprême et a exprimé à plusieurs reprises son soutien à la limitation de son pouvoir, notamment en promouvant une loi qui restreint sa capacité à abroger les lois adoptées par la Knesset.

En ce qui concerne Ben Gvir, Mandelblit n’a pas incité le tribunal à le disqualifier et le ministère public a déclaré jeudi qu’il s’agissait d’un cas « limite », contrairement à Ben-Ari.

La cour a également discuté de la candidature du parti Raam-Balad, que la commission centrale électorale a décidé la semaine dernière d’interdire pour son soutien présumé à la résistance violente. Raam-Balad est l’une des deux principales alliances arabes en lice aux élections générales du 9 avril.

Sa candidature avait été contestée par le parti de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Likud, en vertu de lois disqualifiant ceux qui contestent la définition d’Israël comme un État juif et démocratique ou qui soutiennent une opposition armée à ce pays.

Raam-Balad a fait appel de son interdiction devant la Cour suprême. La décision de la commission de l’empêcher de se présenter allait à l’encontre d’une recommandation du procureur général Avichai Mandelblit, qui a déclaré que les preuves présentées contre le parti étaient anciennes et qu’une précédente tentative de disqualification avait été rejetée devant les tribunaux.

Après quatre heures d’audiences distinctes sur chaque requête, le collège de neuf juges s’est retiré sans rendre aucune décision.

Une fois la discussion terminée, Ben Gvir a été filmé en train de se disputer avec Ata Abu Madighem, candidat de Raam-Balad à la Knesset, à l’extérieur de la salle d’audience, en lui criant : « Terroriste, si vous n’êtes pas loyal, vous devriez être expulsé ».

Abu Madighem a répondu en criant : « Vous êtes une crapule, une ordure ».

Itamar Ben Gvir (G), de Otzma Yehudit, se dispute avec le candidat arabe israélien Ata Abu Madighem après une audience à la Cour suprême à Jérusalem, le 14 mars 2019. (Photo par GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Les dirigeants d’Otzma Yehudit se sont eux-mêmes décrits comme de fiers disciples de feu le rabbin Meir Kahane, qui prônait l’expulsion de force des Arabes d’Israël et de Cisjordanie et a proposé une loi interdisant les relations sexuelles inter-ethniques. Le parti Kach de Kahane a été déclaré illégal par les autorités israéliennes.

Otzma Yehudit dit aujourd’hui qu’il est pour encourager l’émigration des non-juifs d’Israël et expulser les Palestiniens et les Arabes israéliens qui refusent de déclarer leur loyauté envers Israël et acceptent un statut inférieur dans un État juif plus étendu, dont la souveraineté s’étend sur l’ensemble du territoire de la Cisjordanie.

Ben Gvir est l’un des nombreux dirigeants d’Otzma Yehudit qui a une photo du meurtrier de masse Baruch Goldstein accrochée à un mur de sa maison. Goldstein a tué 29 fidèles musulmans et en a blessé 125 autres lors d’une fusillade sur le lieu saint du Tombeau des Patriarches à Hébron en 1994.

L’union du parti avec HaBayit HaYehudi a été orchestrée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu le mois dernier afin d’éviter de perdre des voix de droite si les partis individuels ne franchissaient pas le seuil de 3,25 % fixé par la Knesset. Cependant, la perspective qu’Otzma Yehudit obtienne un siège à la Knesset a attiré les critiques des législateurs israéliens et des principales organisations juives dans le monde.

L’AFP a contribué à cet article.

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