COVID-19 : Quels sont les risques des activités courantes pendant les fêtes ?
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COVID-19 : Quels sont les risques des activités courantes pendant les fêtes ?

Les épidémiologistes se penchent sur la sécurité des participants aux prières, à l'écoute du shofar, aux repas de rupture de jeûne de Kippour, à ceux dans la soucca, entre autres

Un adolescent souffle dans un shofar qui a été équipé d'un masque facial en raison de la pandémie. (Nathan Jeffay/Times of Israel)
Un adolescent souffle dans un shofar qui a été équipé d'un masque facial en raison de la pandémie. (Nathan Jeffay/Times of Israel)

JTA – Lorsque Pessah est arrivé quelques semaines seulement après le début de la pandémie, il était clair que le seder en famille ou entre amis n’aurait pas lieu.

Cinq mois plus tard, alors que les Juifs de tout le pays se préparent aux grandes fêtes, il est devenu beaucoup plus difficile de calculer les risques. La pandémie semble maîtrisée dans certaines régions du pays mais fait toujours rage dans d’autres ; certaines personnes restent chez elles autant que possible tandis que d’autres choisissent de sortir en faisant attention ; et le coût des interruptions et du confinement commence à se faire sentir de manière plus aiguë.

Cela signifie que les questions relatives à la façon d’observer les fêtes ont des réponses plus obscures : est-il prudent de prendre le dîner de Rosh HaShana avec les grands-parents ? Qu’en est-il de notre repas de rupture du jeûne annuel de Yom Kippour avec les voisins ? Pouvons-nous encore aller de Soucca en Soucca ?

Nous nous sommes entretenus avec deux épidémiologistes qui ont conseillé les communautés juives pendant la pandémie sur les risques liés à ces traditions classiques des fêtes de fin d’année et autres. Voici ce qu’ils nous ont dit.

Offices à la demande

Alors que la plupart des synagogues non orthodoxes prévoient d’organiser des offices exclusivement par le biais d’Internet en livestream, certaines synagogues, dont de nombreuses orthodoxes, prévoient de se réunir pour des offices en personne, souvent réduits ou autrement adaptés pour minimiser le risque de contamination.

Parmi les moyens les plus importants pour assurer la sécurité de ces offices figurent le maintien de la distance entre les personnes, l’obligation de porter des masques, le dépistage de la maladie ou de l’exposition au virus et la garantie d’une bonne circulation de l’air.

Un office religieux en plein air avec distanciation sociale à la synagogue de Green Road dans la banlieue de Cleveland, en juin 2020. (Autorisation du rabbin Binyamin Blau/via JTA)

Eili Klein, professeur de médecine d’urgence à la Johns Hopkins Medical School de Baltimore, a déclaré qu’il ne participerait pas aux offices en public cette année. Mais pour ceux qui le feront, dit-il, il vaut mieux être à l’extérieur.

M. Klein a averti que les grandes tentes érigées par certaines synagogues pour assurer les offices à l’extérieur pouvaient comporter les mêmes risques que ceux organisés à l’intérieur. Il faut être sûr de ne pas se rassembler dans un endroit où la circulation de l’air n’est pas très bonne, a-t-il dit, et le milieu d’une grande tente peut facilement le devenir.

Le rabbin Dr Aaron Glatt, chef du service des maladies infectieuses et épidémiologiste hospitalier au Mount Sinai South Nassau à Long Island et rabbin assistant au Young Israel of Woodmere, une grande synagogue orthodoxe du comté de Nassau à Long Island, a déclaré qu’il serait à l’aise de prier dans un minyan à l’intérieur ou à l’extérieur « si cela est fait correctement ».

Des Juifs prient dans une synagogue de l’implantation d’Efrat, dans le Gush Etzion, en Cisjordanie, le 20 mai 2020. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Comment un office en intérieur peut-il être réalisé correctement ?

Pour le Dr Glatt, cela signifie qu’il faut dépister la maladie ou l’exposition au virus chez les participants, maintenir au moins un mètre de distance entre les personnes et garder des masques lorsqu’ils sont à l’intérieur.

Et il ne s’agit pas seulement de respecter les lignes directrices pendant que les offices ont lieu, a-t-il dit. La sécurité des offices en public dépend également du respect des règles de sécurité par les personnes dans leur vie en dehors de la synagogue.

« Si vous souhaitez fréquenter des lieux publics, ou participer à un minyan, vous devez prendre les directives au sérieux, ce qui signifie que vous devez porter un masque et vous distancier socialement le mieux possible en permanence », a déclaré M. Glatt.

Shofar en plein air

Écouter le shofar à Rosh HaShana et Yom Kippour est considéré comme un commandement sacré, c’est pourquoi certaines synagogues proposent des séances de shofar en plein air pour ceux qui ne souhaitent pas assister aux offices en public.

Le rabbin Jason Weiner a annoncé en juillet qu’il prévoyait de mettre un masque sur son shofar pendant les grandes fêtes de fin d’année, un choix que beaucoup d’autres font maintenant pour s’assurer qu’ils ne propagent pas le coronavirus en soufflant dans la corne de bélier. (Autorisation de Weiner/via JTA)

Klein et Glatt ont tous deux convenu qu’un petit office où serait sonné le shofar en plein air serait relativement sûr. Mais il est essentiel que les gens gardent leurs distances et portent des masques.

Certains ont suggéré de couvrir le shofar avec un masque pour éviter que le virus ne soit dispersé par le souffle. M. Glatt a suggéré que l’idéal serait de faire sonner le shofar par quelqu’un qui s’est déjà remis du COVID-19, mais il a déclaré qu’il est peu probable que le fait de sonner du shofar comme on le fait habituellement constitue un risque majeur.

« Vous pouvez le faire dans la rue, le faire à l’extérieur, avec un nombre déterminé de personnes qui viennent, de sorte que vous n’ayez pas plus de monde que prévu », a-t-il déclaré.

Klein pense que des réunions en plein air avec une distanciation sociale appropriée et des participants portant majoritairement des masques constitueraient un « environnement assez sûr », même dans le cas d’un rassemblement assez important.

« Le seul problème, dans ces situations, serait que si des personnes violent ces règles, faisant courir un risque à tout le monde », a-t-il déclaré.

Dîner de Rosh HaShana avec les grands-parents

Selon Klein et Glatt, il est risqué de se réunir avec des gens qui ne font pas partie de votre sphère immédiate. Mais il existe des moyens de se réunir en petits groupes en toute sécurité, en commençant par organiser la réunion à l’extérieur et que les invités de différents foyers restent éloignés les uns des autres.

« Il vaut mieux être en plein air qu’à l’intérieur », a déclaré M. Klein. « Cela réduit considérablement les risques. »

Klein et Glatt ont tous deux déclaré que le principal problème des grands repas était le rassemblement des gens, et non le partage de la nourriture.

« Il y a beaucoup de preuves que cela ne semble pas se propager par la nourriture », a déclaré M. Klein, ce qui signifie que le fait d’offrir de la nourriture pourrait être un moyen de célébrer la fête sans se réunir en groupe.

Illustration : Un gâteau de Rosh HaShana vegan. (Autorisation de Meshek Barzilay)

Glatt a dit qu’il resterait lui en famille et qu’il n’y aurait pas beaucoup d’invités.

« En supposant que les participants soient tous responsables, un repas en plein air est faisable », a-t-il déclaré.

Néanmoins, si vous vivez dans une région du pays où le virus est encore largement incontrôlé ou si une personne que vous avez invitée a pu être exposée au virus, il est préférable que chacun reste chez soi. Et les personnes qui peuvent être particulièrement vulnérables à la maladie, notamment les personnes âgées et celles souffrant d’autres affections, devraient éviter tout risque.

Pèlerinage à Ouman

La plupart des Juifs n’ont pas la tradition de se rendre en Ukraine pour les grandes fêtes, mais chaque année, des dizaines de milliers de Juifs orthodoxes appartenant à la communauté hassidique de Breslev s’y rendent pour un pèlerinage de Rosh HaShana sur la tombe de Rabbi Nahman.

La semaine dernière, l’Ukraine a décrété que les étrangers ne pourraient pas entrer dans le pays avant la fin du mois de septembre, en partie pour dissuader les pèlerins (certains sont déjà arrivés dans le pays). Mais certains députés en Israël et aux États-Unis font pression pour qu’un petit nombre de pèlerins soient admis.

« Faut-il aller à Ouman ? », était l’un des éléments de la dernière mise en garde de Glatt aux membres de sa communauté. Sa réponse : « Non. Absolument pas. (…) Ouman pourrait être le pire événement de super-diffusion du COVID-19 au monde. »

Photo d’illustration : Des hommes ultra-orthodoxes prient dans les rues d’Ouman, en Ukraine, pendant la fête juive de Rosh HaShana, le 4 septembre 2013. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Jeûner à Yom Kippour – et rompre le jeûne

Il n’y a aucune raison de ne pas jeûner à Yom Kippour pendant une pandémie si vous êtes capable de le faire par ailleurs, a déclaré M. Glatt. Mais le calcul serait différent pour quelqu’un qui a le virus, comme pour toute personne ayant des conditions médicales particulières.

« Il n’y a aucune preuve que le jeûne soit un problème pour quelqu’un qui n’a pas le COVID », a-t-il déclaré. « Si quelqu’un a le COVID, il devrait en discuter avec son médecin. »

Lorsqu’il s’agit de partager un repas de rupture du jeûne de Yom Kippour avec des amis ou des voisins, les mêmes conseils s’appliquent que pour un dîner de Rosh HaShana : il est préférable d’organiser le repas à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur, il faut garder une certaine distance et limiter au maximum les groupes de personnes qui ne vivent pas ensemble.

Cela peut être plus difficile pour la rupture du jeûne, qui est souvent organisée sous forme de buffet. Le danger d’un buffet est moins de partager les ustensiles – bien qu’offrir du désinfectant pour les mains ne soit probablement pas une mauvaise idée – mais dans la manière dont les convives sont incités à se rapprocher les uns des autres. Si vous organisez une réception, vous devriez probablement réfléchir à la manière dont vos invités auront accès à la nourriture.

Les visites dans la soucca

Pour certaines communautés, les visites dans les cabanes, qui consiste à en visiter plusieurs et à manger quelque chose dans chacune d’entre elles (souvent celles des enfants ou de proches), est un rituel classique de la fête de Souccot.

Une femme décorant une soucca à l’hôtel Inbal de Jérusalem, le 7 octobre 2014. (Yonatan Sindel / Flash90)

Les souccot semblent parfaitement conçues pour la pandémie car elles ne sont pas fermées. Néanmoins, comme de nombreuses d’entre elles sont de petite taille et que les visites en leur sein impliquent souvent de nombreuses personnes, Klein et Glatt ont déclaré que l’activité devrait être sérieusement modifiée pour être sécurisée.

« Toute activité qui comporte un brassage avec un grand groupe de personnes, soit de manière successive, soit de manière groupée, n’est pas une activité sans danger », a déclaré M. Klein.

Klein a suggéré de réduire au minimum le temps passé à l’intérieur de la soucca afin que les gens ne soient pas entassés dans de petits espaces pendant de longues périodes. Si cela n’est pas possible, il faut éviter de passer d’une soucca à une autre.

« Ce n’est pas grave si les enfants n’iront pas d’une soucca à l’autre », a déclaré M. Glatt. « C’est une chose amusante, mais parfois nous ne faisons pas de choses amusantes à cause de l’obligation de pikoua’h nefesh [sauver une vie]. »

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