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Crimes dans la société arabe: le chef du Shin Bet déconseille d’impliquer son agence

Ronen Bar met en garde contre l'implication du service "dans toutes les problématiques complexes" alors que les politiciens cherchent son expertise face à la vague de violences

Ronen Bar, chef de l'agence de sécurité intérieure du Shin Bet, lors de la Cyber Week, à l'Université de Tel Aviv, le 27 juin 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Ronen Bar, chef de l'agence de sécurité intérieure du Shin Bet, lors de la Cyber Week, à l'Université de Tel Aviv, le 27 juin 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Ronen Bar, responsable du Shin Bet, a mis en garde les ministres contre une implication de son agence de sécurité dans des missions ne relevant pas de son mandat en déclarant que le visage du pays tout entier s’en trouverait changé, ont fait savoir les médias israéliens, jeudi.

« Un pays qui aurait tendance à impliquer le Shin Bet dans toutes les problématiques complexes se transformerait en un pays très différent », a dit Bar devant les membres d’un panel ministériel établi pour lutter contre les crimes violents endémiques au sein de la communauté arabe israélienne, des propos rapportés par Ynet.

Suite à la réunion de mercredi, le gouvernement a fait savoir que le Shin Bet aiderait la police dans ses opérations de lutte contre le crime lorsqu’elles sont liées aux élections municipales. Les crimes commis contre les institutions de l’État relèvent d’ores et déjà de la compétence de l’agence et il est difficile de dire si l’annonce qui a été faite signale un tournant significatif de ses activités.

En écho aux avertissements lancés par Bar, l’ancien ministre de la Justice Gideon Saar, qui siège aujourd’hui dans l’opposition, s’est également exprimé, jeudi, contre l’implication de l’agence dans le combat contre la criminalité.

« Je suis favorable à des solutions créatives », a expliqué Saar au cours d’un entretien accordé à la station Radio 103FM. « Mais le Shin Bet ne peut tout simplement pas remplacer la police ».

Saar a également averti qu’une telle initiative serait susceptible de détourner l’agence de son rôle principal, qui est de lutter contre le terrorisme. « Il y a ici deux organisations distinctes qui accomplissent un travail différent », a-t-il noté.

Saar a aussi critiqué le ministre d’extrême-droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, estimant qu’il n’était pas capable de diriger les forces de police à une période si difficile.

Le député Gideon Saar prenant la parole lors d’une audience de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, le 29 janvier 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« La police est en crise et malheureusement, c’est le plus incompétent qui a été nommé pour la sortir de cette crise. Un individu qui a été choisi et qui n’a aucune expérience, aucune connaissance, aucune capacité à diriger cette organisation et, à mon grand chagrin, nous assistons d’ores et déjà aux résultats », a-t-il déploré.

A LIRE – Gantz à Netanyahu : « Vous devez limoger Ben Gvir » 

Une vague meurtrière de crimes, dans les communautés arabes, continue à dépasser tous les records des dernières années et elle s’est dorénavant propagée à la politique locale.

Le Shin Bet a identifié 15 à 20 conseils régionaux arabes où des menaces ont été proférées par les gangs aux candidats, électeurs ou responsables publics en amont des élections municipales, a fait savoir la chaîne publique Kan.

L’une des victimes d’un quadruple homicide choquant, survenu mardi soir dans la ville d’Abu Snan, dans le nord du pays, était un candidat à la mairie. Cette fusillade était survenue vingt-quatre heures après le meurtre du directeur municipal de Tira. Depuis le début de l’année, 159 membres de la communauté arabe ont été tués lors de violences – un grand nombre de ces meurtres ayant été attribués par la police à la guerre qui oppose les grandes familles du crime. Ce chiffre est deux fois plus élevé que le nombre d’homicides qui avaient été commis dans la communauté l’année dernière, à la même période.

Netanyahu et Ben Gvir ont appelé le Shin Bet à s’impliquer dans la lutte contre les crimes violents – ce qui ne relève pas explicitement des compétences de l’agence même si elle est chargée, selon une loi adoptée en 2002, « de maintenir la sécurité de l’État et de maintenir l’ordre du régime démocratique et de ses institutions contre des menaces variées ».

Les menaces faites aux candidats aux élections municipales pourraient entrer dans le cadre de cette désignation.

Ben Gvir, qui est responsable de la police et qui est de plus en plus critiqué pour sa prise en charge de cette vague criminelle, demande également que la pratique de mise en détention administrative – qui permet d’emprisonner un suspect sans mise en examen préalable et sans autre forme de procès pendant des périodes parfois longues – soit utilisée.

Les responsables de la justice ont indiqué que l’utilisation d’un tel outil à l’encontre des citoyens entraînerait de graves difficultés au niveau juridique.

Le chef du parti Otzma Yehudit, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, dirigeant une réunion de faction à la Knesset, le 12 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La réunion de trois heures qui a rassemblé les membres de la sous-commission ministérielle de lutte contre le crime au sein de la communauté arabe israélienne a compris Bar et Ben Gvir.

Bar aurait indiqué, à cette occasion, que l’agence ne s’impliquerait qu’au cas par cas, lorsque c’est nécessaire. Le responsable du Shin Bet avait antérieurement fait part de sa réticence à l’idée que le service soit employé dans des dossiers criminels plutôt que dans des affaires terroristes ou sécuritaires.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirigeant une réunion du cabinet, au Bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 20 août 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/POOL/Flash90)

Des sources au sein du système judiciaire ont exprimé leur opposition à l’implication du Shin Bet dans la lutte contre les meurtres dans la communauté arabe, a fait savoir le site d’information Ynet qui a cité les propos tenus par un responsable qui n’a pas été identifié, disant que « le Shin Bet désapprouve cette idée de prendre part au quotidien à la surveillance et à la résolution des affaires criminelles dans le secteur arabe. Parce que l’agence se refuse à servir en tant que force de police dans le secteur arabe, et par crainte également que ses méthodes de travail ne soient exposées au grand jour ».

« Au lieu de mobiliser le Shin Bet pour qu’il aide la police, ce sont les capacités et les personnels professionnels de la police qui devraient être renforcés », a-t-il ajouté.

Au début du mois, Netanyahu avait indiqué que « des organisations criminelles hors de contrôle » étaient à l’origine des violences. Ben Gvir, dans un post qui a été publié mercredi sur Facebook, a déclaré que les gangs armés arabes étaient « des organisations terroristes » dotées « de budgets énormes et de centaines de milliers d’armes qui sont à leur disposition, avec notamment des millions de balles, des charges explosives et des lanceurs de grenade ».

Début juin, le Premier ministre avait dit être « déterminé à stopper cette chaîne de meurtres » et que ce défi ne pourrait être relevé qu’en renforçant les forces de police mais également en impliquant le Shin Bet.

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