Israël en guerre - Jour 143

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Dans « 60 Minutes », les leaders des manifestations dénoncent la menace « de l’intérieur »

Des réservistes décrivent la refonte judiciaire comme "une menace existentielle pour Israël" ; Levin rejette ces craintes "sans fondement"

Les dirigeants du groupe de protestation Brothers and Sisters in Arms contre la refonte judiciaire du gouvernement Netanyahu, de gauche à droite : Shira Eting, Ron Scherf et Omri Ronen dans une capture d'écran d'une séquence de '60 Minutes', diffusée le 17 septembre 2023. (Crédit : Capture d'écran/"60 Minutes" - utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur les droits d'auteur)
Les dirigeants du groupe de protestation Brothers and Sisters in Arms contre la refonte judiciaire du gouvernement Netanyahu, de gauche à droite : Shira Eting, Ron Scherf et Omri Ronen dans une capture d'écran d'une séquence de '60 Minutes', diffusée le 17 septembre 2023. (Crédit : Capture d'écran/"60 Minutes" - utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur les droits d'auteur)

Les dirigeants des Frères et Sœurs d’armes, un important groupe de protestation contre les efforts du gouvernement pour remanier en profondeur le système judiciaire, ont déclaré qu’ils n’auraient jamais cru qu’ils se retrouveraient dans une situation où ils se verraient obligés d’organiser des manifestations de masse hebdomadaires contre le gouvernement afin de défendre l’avenir d’Israël contre une menace « venant de l’intérieur ».

Au cours d’interviews filmées en juillet et diffusées dimanche soir dans le cadre de l’émission « 60 Minutes » de la chaîne CBS et alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu était sur le point de partir pour un voyage de six jours très attendu aux États-Unis, les dirigeants des mouvements de protestation ont déclaré que la coalition de Netanyahu et ses projets de refonte du système judiciaire et de limitation des pouvoirs de la Haute cour constituaient « une menace existentielle pour Israël ».

« Lorsqu’un régime, un gouvernement cherche à obtenir le pouvoir absolu, les gens ont peur. Et ceux qui descendent dans la rue aujourd’hui ont peur que le gouvernement se dote d’un pouvoir illimité sans aucun contrôle judiciaire », a déclaré Ron Scherf, qui, comme beaucoup d’autres membres du groupe, a servi ou sert actuellement dans l’armée.

Commandant de l’unité d’élite Sayeret Matkal, Ron Scherf a déclaré que lui et d’autres défendaient Israël depuis des années contre les nombreuses menaces extérieures, mais « qu’aujourd’hui, le danger vient de l’intérieur » et est « beaucoup » plus sérieux que n’importe quel ennemi extérieur. « C’est une menace existentielle pour Israël », a déclaré Scherf. Il a ajouté qu’il n’aurait jamais imaginé protester de la sorte, « pas même il y a neuf mois, pas même il y a trois mois, et nous n’aurions jamais cru que la situation se détériorerait si rapidement ».

Omri Ronen, un autre dirigeant du groupe Frères et Sœurs d’armes et ancien officier d’un commando d’élite, a déclaré que la Haute Cour était « notre dernière ligne de défense. Et c’est notre dernière protection. Elle doit être dotée de pouvoirs. Elle doit être indépendante. C’est pour cela que nous nous battons ». « Ce qui s’est passé en Hongrie et en Pologne ne se produira pas ici », a promis Ronen, en référence à ces pays aux démocraties illibérales.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse, Sara, s’arrêtent à embarquer dans un avion pour les États-Unis aux premières heures de la journée de lundi, le 18 septembre 2023. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Shira Eting, ancienne pilote d’hélicoptère de combat, a déclaré à « 60 Minutes » que « toutes les démocraties qui se sont transformées en dictatures avaient fait l’objet d’élections démocratiques. C’est ainsi que les démocraties se transforment en dictatures ».

« Ce n’est pas comme si l’on se réveillait un jour et que l’on disait : ‘OK, maintenant nous sommes une dictature’. C’est une multitude de petites choses qui finiront par changer le visage d’Israël. Les gens ont du mal à croire que cela puisse arriver dans leur pays, ils demandent : « Est-ce que cela peut arriver ici ? Ils n’y croient pas et préfèrent penser qu’il s’agit simplement de gars qui crient dans les rues. Mais nous sommes en plein dedans », a déclaré Scherf.

Selon Ronen, les manifestants « ne plaisantent pas » et « font vraiment tout pour arrêter [cela] et nous y parviendrons ».

Cela fait maintenant 37 semaines consécutives que le gouvernement de Netanyahu est confronté à des manifestations de masse contre la refonte du système judiciaire et à l’opposition farouche de nombreux pans de la société. Les avertissements de ses alliés, notamment des États-Unis, ont été largement ignorés.

Le gouvernement a attaqué à plusieurs reprises ce mouvement de protestation sans précédent, dans lequel sont réunis des réservistes militaires, des pilotes, des universitaires, des avocats, des chefs d’entreprise et des responsables de la technologie. Dans sa dernière attaque, Netanyahu a accusé les manifestants de « joindre leurs forces à l’OLP et à l’Iran » dans le cadre de leurs activités, qu’il a qualifiées d’anti-israéliennes.

S’adressant aux journalistes avant d’embarquer pour les États-Unis tôt lundi, Netanyahu a en effet déclaré : « Les organisateurs des manifestations ont beaucoup de ressources et sont soutenus financièrement. Ils ont rendu normal le blocage des routes, normal le refus de servir dans l’armée et dans les forces de réserve, et ils diffament Israël devant le monde entier ».

Netanyahu a été accueilli à l’aéroport par des centaines de manifestants. Des milliers de personnes se sont également rassemblées dans tout le pays dimanche soir pour protester contre la coalition.

Des manifestants anti-refonte judiciaire protestent à l’aéroport international Ben-Gurion à Tel Aviv, le 17 septembre 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Dans un extrait de 13 minutes, le ministre de la Justice Yariv Levin, principal architecte du remaniement judiciaire, a qualifié les inquiétudes et les craintes des opposants au remaniement judiciaire comme étant « sans fondement ».

« Aucune démocratie ne saurait accepter qu’un gouvernement, un gouvernement élu disposant d’une majorité au Parlement, ne puisse pas adopter un projet de loi ou faire quoi que ce soit parce qu’il y a des manifestations, parce que certaines personnes s’y opposent », a déclaré Levin lors de l’émission « 60 minutes ».

Le ministre de la Justice a défendu la tentative de la coalition de remanier le système judiciaire en profondeur et de limiter considérablement l’indépendance de ses pouvoirs. « La situation en Israël est que la Cour suprême est au-dessus du gouvernement, au-dessus du parlement, et même au-dessus de la volonté du peuple. Ce que je veux faire, c’est rééquilibrer cette situation, » a-t-il fait valoir.

« Le système judiciaire est complètement contrôlé par un groupe, une élite… et plus de la moitié de la population israélienne a le sentiment que le système judiciaire est en quelque sorte contre elle », a-t-il ajouté.

Les partisans de la refonte jugent que des lois appropriées sont nécessaires pour limiter les pouvoirs d’un système judiciaire qui, selon eux, n’a pas de limites et est trop activiste.

Les opposants aux projets de la coalition soutiennent que le paquet législatif modifiera fondamentalement le système démocratique israélien en privant le pouvoir judiciaire de sa capacité à contrôler la coalition au pouvoir.

La semaine dernière, la Cour suprême a tenu une audience très médiatisée sur les recours déposés contre la première, et jusqu’à présent la seule, loi importante du programme de refonte judiciaire du gouvernement – la loi sur le caractère raisonnable, qui interdit aux tribunaux d’annuler les décisions du cabinet et des ministres au motif qu’elles sont « déraisonnables ».

La présidente de la Cour suprême, Esther Hayut, et 14 autres juges, durant l’audience des recours déposés contre la loi du « caractère raisonnable » au tribunal de Jérusalem, le 12 septembre 2023. (Crédit : Debbie Hill/Pool/AFP)

Un panel sans précédent composé des 15 juges a présidé la session longue de 13 heures et communiquera sa décision à une date ultérieure.

Cette semaine, alors que Netanyahu effectue un voyage aux États-Unis et dont le format est loin d’être à la hauteur de ses attentes et, surtout, sans invitation à la Maison Blanche, des manifestants ont promis de suivre le Premier ministre tout au long de sa série de réunions avec des dirigeants du monde entier à l’Assemblée générale des Nations unies, dont une rencontre avec le président des États-Unis, Joe Biden.

« L’accusé est reparti pour raconter des histoires à l’ONU, et Kaplan Force sera là aussi », a déclaré le groupe de protestation Kaplan Force dans un communiqué, en faisant référence au procès pour corruption du Premier ministre. « La semaine prochaine, l’Assemblée générale des Nations unies se tiendra à New York et la manifestation est organisée pour rappeler au monde qu’Israël ne deviendra pas une dictature ».

Luke Tress et Lazar Berman ont contribué à cet article.

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