De la nudité et des néons au Festival d’Israël à Jérusalem
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De la nudité et des néons au Festival d’Israël à Jérusalem

Le directeur Eyal Sher affirme que l’évènement de 56 ans, qui se déroule entre le 1er et le 18 juin, n’est pas approuvé par le gouvernement, même s’il reçoit des fonds publics

Extrait de la vidéo annonçant l'édition 2017 du Festival d'Israël. (Crédit : capture d'écran)
Extrait de la vidéo annonçant l'édition 2017 du Festival d'Israël. (Crédit : capture d'écran)

JTA – Le Festival d’Israël est ce qui rapproche le plus d’un évènement artistique national dans l’Etat juif.

Le directeur, Eyal Sher, souligne cependant qu’il n’est pas approuvé par le gouvernement. Comme preuve, il indique les performances prévues pour le festival annuel, qui est en à sa 56e année, avec de la danse, de la musique et du théâtre, venues d’Israël et du monde entier. Le festival se déroulera du 1er au 18 juin à Jérusalem.

« Regardez les spectacles que nous avons faits venir, a dit Sher à JTA. Ils sont remplis de nudité et de violence, et de sujets que les gens voient et dont ils disent ‘oh mon Dieu. Vous pouvez vraiment faire ça à Jérusalem ?’. »

Même s’il a reçu des financements publics pour le festival, Sher a souligné que personne ne lui avait jamais dit quoi faire depuis trois ans, quand il a pris la direction du festival. Pourtant, a-t-il ajouté, les tentatives du gouvernement de droite pour influencer l’expression culturelle ont redonné aux organisateurs une raison d’être.

« Nous sommes un peu plus protecteurs de notre travail, et nous voyons peut-être un peu plus de valeur à ce que nous faisons », a-t-il dit.

Selon Sher, le Festival d’Israël ne cherche pas à mettre en lumière le nationalisme juif, ou une quelconque identité particulière. L’objectif est plutôt de célébrer l’expérience humaine, dans ses formes singulières, et parfois déviantes. Voici un aperçu de ce qui sera proposé cette année au festival.

Des informations supplémentaires sur les spectacles et le programme sont disponibles sur internet.

Un portrait d’un artiste avec des yeux de néon

Les festivaliers seront accueillis au théâtre de Jérusalem, où la plupart des spectacles auront lieu, par un auto-portrait de près de six mètres de haut de l’artiste israélien touche-à-tout Yochai Matos. Des néons émanent des yeux du portrait, étourdissant ceux qui y posent les yeux, d’où son titre, « Lumière dans mes yeux ».

Selon les documents promotionnels envoyés par le festival, le portrait « examine la relation entre la grandiose salle du théâtre et l’art contemporain transitoire. »

Vous parlez de mettre l’individu au premier plan !

Le royaume des ados, à la japonaise

La folie japonaise des idoles de la pop arrive à Jérusalem ! Le groupe Miss Revolutionary Idol Berserker, œuvre de la réalisatrice et chorégraphe japonaise Toco Nikaido, sera visible dans une foule soigneusement chorégraphiée de vidéos, de musiques pop, de confettis et de bâtons lumineux dans le théâtre de Jérusalem.

« C’est comme s’injecter un mélange de ‘High School Musical’, d’une télé-réalité japonaise extrême, d’un clip pop mielleux et d’une scène des ‘Misérables’, le tout accompagné d’un groupe d’enfants de moins de cinq ans hyperactifs qui se battent pour de la nourriture, avec le volume à fond », selon le Guardian.

En se concentrant sur la stimulation technologique et la satisfaction superficielle, Nikaido célèbre et suggère sauvagement le monde des adolescentes japonaises et de la réalité contemporaine. Aimez ça ou pas, prévient-elle, les jeunes femmes puissantes prennent le pouvoir. Des imperméables seront fournis pour protéger les clients de l’eau, du tofu et des algues qui voleront.

Une sculpture vivante

L’artiste français Olivier de Sagazan est si désespéré d’apporter la vie à sa sculpture qu’il grimpe dedans, se couvrant d’argile. Pendant que le public regarde sa performance, appelée « Transfiguration », il perd son identité et devient une œuvre d’art en perpétuelle évolution.

« Sagazan plonge dans ce cauchemar de changement de forme et dans la pensée qui nous convient, ou avoir certaines idées », a dit Itzik Giuli, le directeur artistique du Festival d’Israël. « La société occidentale essaie de nous contrôler. Mais nous voyons qu’il existe un besoin profond de transformation, de transfiguration et de transcendance. »

A la fin, Sagazan sort de l’argile, ayant l’air d’un homme neuf et libéré.

Job : l’opéra

Vous connaissez l’histoire biblique. Maintenant, regardez « Job », l’opéra israélien original.

Sasson Gabay, en bas, et Keren Hadar, dans les rôles de Job et de son épouse dans l'opéra "Job". (Crédit : Festival d'Israël)
Sasson Gabay, en bas, et Keren Hadar, dans les rôles de Job et de son épouse dans l’opéra « Job ». (Crédit : Festival d’Israël)

L’épouse de Job a souvent mauvaise presse. En effet, elle doute de son vertueux mari alors que Dieu le teste par des calamités à répétition. Mais le réalisateur Yossi Yzraely lui donne une voix, en hébreu.

La soprano Keren Hadar joue l’épouse, et l’acteur Sasson Gabbay interprète Job. Le célèbre compositeur Joseph Bardanashvili fournit l’oratorio.

Que va-t-elle faire avec cette épée ?

Dans « Et que vais-je faire avec cette épée ? », l’artiste espagnole Angelica Liddell se saisit de deux attaques qui ont eu lieu à Paris : l’histoire d’un étudiant japonais qui tue et mange son camarade de classe en 1981, et les attentats terroristes de novembre 2015 au Bataclan.

« Angelica Liddell explore l’inexplicable et l’indicible dans son travail, elle a écrit Les Trois Coups. Cette artiste hybride et perturbante, sorte de sorcière, revient avec un spectacle à la frontière de la cérémonie, une invitation à en finir avec tout ce qui est bien et tout ce qui est mal en l’espace de cinq heures. »

La pièce en espagnol, japonais et français, avec des sous-titres en hébreu, est remplie de nudité et de violence, et rappelle au public que les horreurs de la nature humaine traversent toutes les cultures, tout comme la capacité à la décence.

Un homme avec des regrets

Le maître du théâtre américain Robert Wilson propose un regard avant-gardiste sur la pièce « La dernière bande », écrite en 1958 par l’auteur irlandais Samuel Beckett, qu’il met en scène et joue.

En se préparant à enregistrer ses réflexions annuelles pour son anniversaire, Krapp, le seul personnage de la pièce, âgé de 69 ans, rencontre une version bien plus jeune de lui-même, et doit repenser à ses trois dernières décennies.

« Krapp est obligé d’interroger ce qu’il sait de lui-même, explique Giuli. Les spectateurs commencent à réaliser que les souvenirs forgent une grande partie de notre identité. »

En revenant sur les 69 ans d’histoire de leur pays, les Israéliens pourraient très bien se reconnaître dans Krapp. La pièce sera jouée en anglais, avec des sous-titres en hébreu.

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